Le RN parle de "couper le robinet" à l'Ukraine, ses adversaires l'accusent de "servir la Russie"
"Soutien" de Poutine, "parti de l'étranger"... la proposition d'un cadre RN de "couper le robinet" des aides à l'Ukraine a suscité un feu nourri de critiques de candidats au centre et à gauche, Marine Le Pen fustigeant en réponse un "bilan piteux" de la macronie à l'international.
Tout est parti d'une réponse jeudi soir du vice-président du Rassemblement national, Louis Aliot.
Interrogé sur BFMTV sur la possibilité de "couper le robinet" des aides au gouvernement de Kiev, le maire de Perpignan reprend l'expression à son compte : "On coupe le robinet".
Et l'élu d'extrême droite de développer : "le système de santé, le système éducatif, l'ensemble de l'économie, tout le monde est à l'os et on trouve de l'argent pour aller encore financer des armes (...) mais qui paye tout ça ?"
L'occasion pour les candidats à la présidentielle d'envoyer quelques salves sur Marine Le Pen, aujourd'hui en tête dans les sondages : "Couper le robinet à l'Ukraine, c'est servir la Russie", martèle Edouard Philippe (Horizons) sur X.
Le candidat de centre-droit, pour l'heure parmi les mieux placés pour affronter la leader du RN au second tour, s'est ensuite fendu d'une deuxième volée : "vous pouvez réécrire vos discours sur la Russie, vous ne ferez oublier à personne vos liens avec la Russie".
Autre ancien Premier ministre et concurrent d'Edouard Philippe au centre, Gabriel Attal a lui qualifié le RN de "parti de l'étranger" : "Couper le robinet à l'Ukraine (...) C'est laisser Vladimir Poutine gagner.(...) c'est montrer au monde que la parole et le soutien de la France ne valent rien", a insisté le patron de Renaissance.
Entre-temps la cheffe de file du RN avait sèchement répondu à Edouard Philippe : "votre bilan international est aussi piteux que vos résultats en matière économique et budgétaire". Et elle l'avait accusé de "colport(er) des calomnies qui avilissent le débat public".
Sans manquer de rappeler que Vladimir Poutine avait été "reçu en grande pompe au château de Versailles puis au fort de Brégançon", quand Edouard Philippe était à Matignon sous le premier quinquennat Macron, et que l'ancien Premier ministre avait lui-même accueilli son homologue Dmitri Medvedev, en juin 2019, au Havre.
Le Pen réplique, Bardella nuance
Elle-même reçue au Kremlin en 2017, et épinglée par ses adversaires pour des positions jugées conciliantes avec Vladimir Poutine ainsi que pour un prêt contracté auprès d'une banque russe dans les années 2010, la députée du Pas-de-Calais a martelé qu'elle plaidait "depuis l'agression russe contre l'Ukraine" pour "une grande conférence pour la paix" afin d'aboutir à "un règlement diplomatique" du conflit.
Reste que le patron du parti, Jordan Bardella, a semblé soucieux de nuancer la proposition, lors d'un déplacement au Royaume-Uni vendredi au côté de son allié anti-européen Nigel Farage.
En cas d'arrivée au pouvoir du Rassemblement national, "la France continuera évidemment d'honorer ses engagements internationaux, les engagements qu'elle a pris, mais (...) nous ne nous interdisons rien dans le futur, à l'avenir", a-t-il affirmé.
"Et je vous rappelle que la France est ruinée sur le plan financier", a ajouté l'eurodéputé en conférence de presse à Birmingham, estimant que "les Américains ont au moins eu la finesse d'esprit de songer à garantir (leur aide) sur l'exploitation de terres rares".
La déclaration de Louis Aliot a aussi fait réagir à gauche.
"Le RN n'a jamais changé. Il préfèrera toujours Poutine à la résistance du peuple ukrainien", a commenté sur X Olivier Faure, patron du PS et candidat à la présidentielle. "Le parti de la capitulation ne doit pas prendre le pouvoir en 2027", a lancé son rival dans la primaire de la gauche Raphaël Glucksmann (Place publique, sur X).
La gauche au sens large n'est toutefois pas alignée sur la question de la guerre en Ukraine, le candidat Insoumis Jean-Luc Mélenchon plaidant par exemple pour tenir les engagements de la France, mais jugeant "très imprudent d'accepter que l'Ukraine fasse des tirs en profondeur sur le territoire de la Russie".
"La Russie doit sortir d'Ukraine", mais le but à terme doit aussi être de "ramener la Russie dans la famille européenne", a encore estimé le leader insoumis en mai dernier.
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