La mobilisation lycéenne, un déclic politique pour des jeunes avant la présidentielle
Il y a encore deux semaines, Chayma (prénom modifié), 18 ans, n'était "pas sûre" de vouloir voter à l'élection présidentielle de 2027, certaine que cela ne servirait à rien. Mais la mobilisation lycéenne dans tout le pays l'a fait changer d'avis.
"On est de plus en plus nombreux", observe la jeune femme ébahie, rencontrée par l'AFP en marge du blocage de son lycée lundi à Lille, alors qu'elle tentait de se rendre en cours.
"Quand je vois ça, je me dis qu'un vote en plus ça peut faire la différence", pense désormais cette étudiante en première année de BTS SAM (support à l'action managériale).
"À un âge où l'on commence à se forger des opinions politiques et une vision du monde, connaître un mouvement lycéen (...) marque une étape dans la politisation", rappelle Camille Peugny, sociologue et professeur à l'université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines.
Cela permet aux jeunes de rencontrer des élus ou des représentants syndicaux, de voir des médias parler de sujets "qui les concernent" et d'avoir "une occasion de parler politique" entre eux ou en famille, poursuit le chercheur.
Plus de 25% des 18-24 ans inscrits sur les listes électorales n'ont voté à aucun des deux tours de la dernière élection présidentielle en 2022, contre 17,4% pour l'ensemble de la population française concernée, selon l'Insee.
À quelques mois du nouveau scrutin, Chayma et son amie Noélie, 22 ans, ont déjà fait leur choix.
Comme la majorité des jeunes interrogés par l'AFP, elles voteront pour Jean-Luc Mélenchon, convaincues que le candidat de LFI défendra leurs principales préoccupations: l'éducation, la sécurité, l'emploi, le pouvoir d'achat ou encore les droits des femmes qui portent le voile.
La mobilisation "donne des idées"
Cheick, qui aura 18 ans en mars, n'est quant à lui pas encore "sûr" du bulletin qu'il mettra dans l'urne. Mais la mobilisation lycéenne nationale, qui est partie de son établissement à Créteil (Val-de-Marne), lui "donne des idées".
"Avant je ne m'intéressais pas (...), je ne connaissais même pas les dates de votes", confie à l'AFP le jeune homme, qui "essaye" désormais de s'informer sur les réseaux sociaux et, parfois, en regardant le JT de 20H00.
Si certains jeunes semblent se familiariser avec la politique sur les blocages des lycéens, la plupart des élèves mobilisés sont souvent ceux qui ont "déjà préalablement des opinions", nuance Vincent Tiberj, chercheur en sociologie électorale et professeur à Science Po Bordeaux.
Nina, en terminale générale à Bordeaux, explique par exemple avoir été déjà "sensibilisée" à la politique via ses parents. "Je m'y suis d'autant plus intéressée l'an passé car je savais que l'échéance de l'élection présidentielle approchait", confie cette lycéenne croisée mardi dans une manifestation.
À Rennes, Romain, qui fêtera ses 18 ans pendant l'entre-deux-tours, déclare aussi qu'il était "déjà politisé à la base" et qu'il votera "écolo".
À l'inverse, les blocages et le sentiment de chaos "confortent" Simon dans son positionnement politique "plutôt à droite".
Les revendications des lycéens "ont des fondements, elles peuvent être entendues, mais pas comme ça, en cassant tout", estime cet étudiant de 18 ans en prépa commerce dans un lycée privé de Lille, qui préfèrerait "plus de sécurité, resserrer plus les vis".
Pas d'"effet massif"
Mais le chercheur Camille Peugny ne croit, pour l'instant, ni à une "surmobilisation de la droite" en 2027 en réaction à la mobilisation lycéenne, ni à un "effet massif" sur la participation des primo-votants pour les candidats de gauche.
La "traduction dans les urnes" d'un tel mouvement social est une question "complexe", prévient-il.
La vigueur des protestations "n'est pas l'assurance que (ces jeunes) deviendront des électeurs systématiques", abonde Vincent Tiberj.
"Ça ne veut pas dire qu'ils ne sont pas intéressés par ce qui arrive dans la société (...). Mais ça veut juste dire que le vote, comme canal principal d'expression citoyenne, ce n'est plus vraiment leur truc", résume-t-il.
À Strasbourg, Maël Ceherigui, étudiant en classe préparatoire littéraire, confie avoir "énormément de mal" à se projeter pour l'élection présidentielle.
"Je sens bien que c'est très important", reconnaît le jeune homme, tout juste majeur. Mais "je ne me reconnais vraiment nulle part, dans aucun parti politique".
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