Patrick Bruel, mis en examen dans plusieurs dossiers de violences sexuelles, annule sa tournée
Patrick Bruel jette l'éponge : accusé de violences sexuelles par des dizaines de femmes et mis en examen notamment pour viol, l'ex-idole des années 90 a renoncé mardi à la tournée qu'il devait entamer début octobre tout en continuant à clamer son innocence.
"Si j'ai voulu jusqu'ici maintenir (la tournée, NDLR), ce n'était ni un défi, ni une provocation", écrit sur Instagram le chanteur de 67 ans. "Mais je constate qu'aujourd'hui, cette tournée est devenue autre chose. Elle est devenue l'incarnation d'un débat qui la dépasse", ajoute-t-il, en faisant part de sa "décision d'annuler ces concerts".
Depuis plusieurs semaines, des responsables politiques, des maires et des associations féministes appelaient le chanteur à renoncer à se produire sur scène alors que des dizaines de femmes l'accusent désormais d'agressions sexuelles.
Plaintes et accusations ne cessent de s'accumuler depuis l'enquête de Mediapart parue en mars qui s'était fondée sur le témoignage de huit femmes couvrant une période allant de 1991 à 2019.
A ce stade, Patrick Bruel a été mis en examen dans quatre dossiers, notamment pour viol et tentatives de viol, et a été placé sous le statut, plus favorable, de témoin assisté dans quatre autres dossiers, dont un viol à Dinard (Ille-et-Vilaine) en 2012 et un autre à l'Isle-sur-la-Sorgue (Vaucluse).
Dans son message sur Instagram, le chanteur justifie l'annulation de sa tournée par un souci "d'apaisement" mais assure que cette décision "ne signifie en aucun cas qu'(il) renonce à (se) défendre".
"Je ne laisserai par dire certaines choses sans les contester pour une raison simple : elles sont fausses", écrit celui qui a toujours contesté les accusations portées contre lui. "Je me battrai pour que mon innocence soit reconnue", ajoute-t-il, tout en assurant "prendre au sérieux ce qui est dit".
Le chanteur s'adresse également aux quelque "150.000 personnes" qui attendaient, selon lui, sa tournée de 35 dates qui devait célébrer le 35e anniversaire d'"Alors Regarde", son deuxième opus et le plus grand succès de sa carrière, avec plus de trois millions d'exemplaires vendus.
"Une tournée, ce n'est jamais seulement un artiste. Ce sont près d'une centaine de personnes. Des femmes et des hommes qui travaillent depuis des mois (...) Et puis et surtout vous", détaille-t-il. "Plus de 150.000 personnes qui attendiez avec tant d'impatience ce rendez-vous".
- Tournée "indécente" -
En mai-juin, à mesure que l'étau judiciaire se resserrait sur lui, plusieurs de ses concerts avaient été annulés en France mais aussi à Montréal, au Canada, et Patrick Bruel avait lui-même renoncé à monter sur la scène des festivals de l'été où il était programmé.
Les dernières représentations de la pièce dans laquelle il se produisait à Paris avaient elles aussi été annulées après des perturbations par des militantes féministes.
Placé en garde à vue et mis en examen début juin, le chanteur n'avait pas été écroué et était astreint à un contrôle judiciaire qui ne lui interdisait pas de se produire sur scène.
Après l'annonce de sa décision de renoncer à sa tournée, le collectif féministe NousToutes a salué une "énorme mobilisation féministe", estimant que cette tournée était "indécente, une insulte envers les victimes".
Le maire de Chartres, Ladislas Vergne, qui avait déclaré que le chanteur n'était pas le bienvenu dans sa ville, a lui aussi salué l'annulation de la tournée. "Nous avions demandé que la parole des victimes de violences sexistes et sexuelles soit valorisée et que la justice puisse effectuer son travail. Avec l'annulation de cette date, c'est désormais chose faite", a-t-il déclaré à l'AFP.
Aurore Bergé, la ministre chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes, qui avait appelé Patrick Bruel à renoncer à sa tournée, a, elle, dit "prendre acte" de la décision. "Ecouter et respecter la parole des victimes est notre responsabilité. Le faire dans le cadre de l'Etat de droit notre exigence", a-t-elle ajouté dans une réaction transmise à l'AFP.
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