Wall Street : toujours de gros doutes sur l'IA
Les "banques de l'IA", Nvidia et AMD, corrigent, tandis que les traditionnelles Bank of New York et US Bancorp, résistent. L'inflation se confirme quant à elle...
Wall Street souffre encore ce jeudi, alors que les opérateurs prennent note de nouvelles statistiques militant pour un durcissement monétaire (solide consommation et poussée de l'inflation) et que les inquiétudes persistent concernant le financement de l'IA. Le Nasdaq trébuche de 0,49% supplémentaire à 26.562 pts, après sa lourde correction de la veille avec le compartiment de l'intelligence artificielle. Le S&P 500 rend 0,04% à 7.716 pts. Le Dow Jones gagne en revanche 0,82% à 52.044 pts.
Pour Ted Mortonson, stratège spécialisé dans le secteur technologique chez Baird, cité par Yahoo Finance : "Je pense que les marchés commencent à se lasser de la 'Banque Nvidia', de la 'Banque AMD' et de la 'Banque Broadcom'".
Après les prix à la consommation de septembre hier (+0,3% hors alimentaire et énergie d'un mois sur l'autre ou +2,6% sur un an), ce sont les prix à la production du même mois qui déçoivent ce jeudi. L'indice des prix à la production a augmenté de 1,3% d'un mois sur l'autre (consensus 0,5%) et flambé de 6,3% sur un an (5,3% de consensus). Hors alimentation et énergie, l'indice des prix à la production grimpe de 0,7% d'un mois sur l'autre et 5% sur un an, contre respectivement 0,3% et 4,4% de consensus.
Les ventes de détail aux États-Unis pour le mois de septembre 2026 se sont affichées en croissance de 0,8% d'un mois sur l'autre contre un consensus FactSet de 0,3%. Hors automobile, elles ressortent en augmentation de 0,9% contre 0,6% de consensus. Enfin, hors automobile et essence, la hausse est de 0,25%, en ligne avec les anticipations des économistes.
L'indice manufacturier régional de la Fed de Philadelphie pour le mois d'octobre 2026 s'est établi à 20,9 contre un consensus FactSet de 30. Il était de 37,8 un mois auparavant. L'indicateur signale donc une expansion beaucoup moins vigoureuse de l'activité manufacturière dans la région considérée en octobre.
Bonne surprise en revanche du côté de l'indice manufacturier dit 'Empire State' de la Fed de New York pour octobre, à 25,5 contre un consensus FactSet de 10, alors que l'indicateur se situait à 7,6 un mois avant. Cet indice signale donc une accélération de la croissance en octobre.
Les inscriptions au chômage sont encore une fois restées quasi stables la semaine passée aux États-Unis. Le Département américain au Travail vient en effet d'annoncer, pour la semaine close au 10 octobre, que les inscriptions au chômage se sont élevées à 199.000, en hausse de 1.000 par rapport au niveau révisé de la semaine antérieure. Le consensus était exactement positionné à ce niveau.
La probabilité de statu quo monétaire le 28 octobre à l'issue de la prochaine réunion FOMC revient vers les 73% selon l'outil CME FedWatch. Le même outil montre 66% de probabilité de hausse des taux d'un quart de point d'ici la fin de l'année et même près de 23% de probabilité d'une augmentation de 50 points de base.
L'inflation américaine a fait grimper hier les taux des obligations souveraines. Le 10 ans américain a bondi jusqu'à 5,32%. Il retombe à 5,07% ce jour, cédant 12 points de base. Le rendement du '30 ans', qui avait atteint plus de 5,6% hier dans la journée, perd 11 points de base ce jour et revient à 5,41%.
Du côté du pétrole, les prix évoluent de manière plus erratique. Le baril de brut WTI pour novembre prend 1,8% à 96,8$, tandis que des responsables iraniens ont indiqué à Reuters qu'ils déployaient de nouvelles tactiques pour cibler des navires, cherchant ainsi à maintenir les cours du brut à un niveau élevé et à peser sur les élections de mi-mandat aux États-Unis.
Mais cet enlisement géopolitique désormais habituel passe au second plan depuis hier, puisque les opérateurs se soucient surtout de la santé financière de certains acteurs fragiles de l'IA, notamment CoreWeave ou Oracle. CoreWeave, qui bâtit des centres de données dédiés à l'IA, a levé 35 milliards de dollars de dette, selon un décompte arrêté fin juin, montant jugé désormais trop lourd pour les investisseurs, qui exigent des primes de plus en plus élevées pour détenir ces créances.
Toujours dans l'IA, Anthropic, qui prépare sa méga-IPO, a présenté ses éléments financiers du troisième trimestre à un panier d'investisseurs institutionnels hier. Selon le Financial Times,le groupe se dit rentable sur une base ajustée et afficherait sur le trimestre clos des revenus de 16,8 milliards de dollars, contre 11,5 milliards un trimestre auparavant. Les revenus d'Anthropic ont grimpé de près de 50% d'un trimestre sur l'autre, mais le rythme de cette croissance est tout de même moins élevé que celui observé plus tôt cette année et serait même quelque peu inférieur aux anticipations.
Austan Goolsbee, président de la Fed de Chicago, soutient que l'essor de l'IA ne se contente pas de stimuler la croissance économique : il accapare activement des ressources au détriment d'autres secteurs traditionnels. "On ne peut pas simplement observer le reste de l'économie et en déduire que c'est ainsi qu'elle se porterait en l'absence du développement de l'IA", a déclaré Goolsbee lors d'un entretien avec Yahoo Finance. "Si, jusqu'à récemment, je ne pensais pas que l'IA provoquait une surchauffe de l'économie dans son ensemble, c'est en partie parce qu'elle évince, de manière assez préoccupante, d'autres secteurs".
Notons aussi que Beth Hammack, présidente de la Fed de Cleveland, et surtout Kevin Warsh, patron de la banque centrale américaine, s'expriment ce soir.
TSMC, Charles Schwab, Prologis, Bank of New York Mellon, US Bancorp, PNC Financial, Marsh, Interactive Brokers, Infosys, ManpowerGroup et JB Hunt, publient leurs résultats financiers trimestriels ce jeudi. Regions Financial, Citizens Financial, M&T Bank, Truist et The Travelers Companies, annoncent demain.
Les valeurs
TSMC (-2,9%), géant taïwanais des puces sous contrat, reste en berne avec le secteur de l'IA. Le groupe a publié pour son 3e trimestre des revenus de 46,7 milliards de dollars américains (environ 1.494 milliards de nouveaux dollars de Taïwan) en croissance de plus de 41% en glissement annuel et supérieurs aux attentes, pour un bénéfice par action de 4,60$ en hausse de près de 60% et lui aussi au-dessus des prévisions des analystes. En séquentiel, d'un trimestre sur l'autre, le bénéfice et les revenus augmentent encore de respectivement 8% et 17,6%. Le bénéfice net trimestriel atteint un record de près de 24 milliards de dollars américains (763 milliards de nouveaux dollars de Taïwan ou +69%). Il s'agit du sixième trimestre consécutif de bénéfice record pour le groupe.
La marge opérationnelle du 3e trimestre atteint 58,7%, dépassant le haut de fourchette de la guidance du groupe qui était de 58%, alors que les résultats restent dopés par le boom de l'IA. La marge brute a été de 66,4% sur le trimestre et la marge nette de 51,1%.
CoreWeave a décroché de 15,5% hier soir à Wall Street et cède encore 5,7% ce jeudi, constituant l'une des principales victimes de la purge sur les valeurs d'IA. Parmi les principaux 'néoclouds' - ces fournisseurs de cloud d'un autre genre, spécialistes du GPU-as-a-service et du calcul haute performance pour l'IA -, IREN Limited a chuté de 12,2% hier et Nebius de 10,1%. IREN abandonne 8,4% de plus ce jour et Nebius 7,2%.
Après une vague de financement effrénée, les opérateurs semblent craindre un événement potentiel de crédit. La vague de ventes sur les obligations d'entreprise de CoreWeave, amplifiée par des publications alarmistes sur les réseaux sociaux, a provoqué hier une chute marquée du cours de l'action du spécialiste de l'IA autrefois actif dans le minage de cryptomonnaies - mais très agile au niveau du 'business model'. Ce mouvement de vente sur le marché obligataire témoigne des inquiétudes des investisseurs en crédit face à l'alourdissement de la dette du fournisseur d'infrastructures pour l'IA et à ses futurs coûts d'emprunt, indique Forbes. Le DG de CoreWeave, Mike Intrator, confronté à cette chute des prix des actions et des obligations de l'entreprise, a déclaré selon Bloomberg que le marché agissait de manière "irrationnelle" et qu'il restait confiant dans l'entreprise de cloud IA.
Les obligations de CoreWeave ont chuté à des niveaux qui indiquent généralement une situation de détresse selon Bloomberg, dans un mouvement rapide qui a attiré, note l'agence, l'attention des leaders de la Silicon Valley, dont Chamath Palihapitiya et Elon Musk. Dans une note destinée à rassurer ses employés face à l'attention portée par le marché, et dont Reuters a pris connaissance, le DG de CoreWeave a souligné l'importance du carnet de commandes.
Tesla cède encore 1,7% à Wall Street et SpaceX 3,5%. Une fusion entre les deux entreprises d'Elon Musk pourrait être annoncée avant l'assemblée générale annuelle du concepteur de véhicules électriques, ont indiqué les analystes de Barclays, repris notamment par Bloomberg. Une assemblée qui devrait se tenir au plus tard le 6 décembre. Barclays laisse donc entendre que l'annonce de ce rapprochement potentiel majeur entre les deux groupes pourrait avoir lieu très prochainement. Musk avait encore souligné récemment les complémentarités entre ses deux groupes, mais reste évidemment évasif sur le sujet.
Notons que le nouveau Tesla Roadster sera présenté ce soir au Texas et donc cette nuit en France à l'occasion d'un événement en plein air à Waco, au Texas, à suivre sur le compte X de Tesla. Des capacités... de lévitation à court rayon pourraient même être mise en avant avec l'aide d'options 'made in SpaceX' intégrant de petits propulseurs à gaz froid autour du véhicule.
Après un report de deux semaines, l'événement consacré au Roadster est donc enfin en vue si l'on en croit le compte à rebours ajouté sur le site web dédié au véhicule, indiquant cette présentation du 15 octobre à 19h55 au Texas, deux semaines après la date initialement prévue du 1er octobre. Tesla a expliqué que ce report était dû aux conditions météorologiques sur le site de démonstration : le centre de développement et d'essais de fusées de SpaceX à Waco, au Texas. Des conditions météorologiques orageuses auraient probablement compromis la capacité supposée du Roadster... à planer. 'The Information' rapportait il y a peu que la présentation pourrait bien inclure une démonstration d'une version en édition limitée équipée de propulseurs à gaz froid développés en collaboration avec SpaceX, avec potentiellement une phase de vol.
Nvidia (-2,1%) a annoncé hier que les leaders du secteur des semi-conducteurs adoptaient les bibliothèques Nvidia CUDA-X, notamment la nouvelle bibliothèque Nvidia cuPotential. Celle-ci permet aux développeurs de créer des agents d'IA capables de simuler les interactions entre atomes et molécules, afin de faire progresser les usines pilotées par l'IA. Ces usines de semi-conducteurs utilisent l'IA pour optimiser les processus, résoudre les problèmes de production et améliorer l'efficacité. Face à la demande croissante de puces avancées, elles doivent augmenter leur production tout en gérant des processus de fabrication de plus en plus complexes... Le titre Nvidia corrige avec le secteur. AMD abandonne 4,4% et Broadcom 1,6%, alors que Micron recule de 1,3%.
Bank of New York Mellon (stable) a dépassé les anticipations de marché pour son 3e trimestre fiscal, affichant sur la période des revenus de 5,68 milliards de dollars en croissance de 12% en glissement annuel (et quasiment stables en séquentiel), pour un bénéfice ajusté par action de 2,37$ en augmentation de 24% sur un an. Les revenus de commissions ont été de 4,08 milliards de dollars, contre 3,64 milliards un an plus tôt. Le revenu net d'intérêt a atteint 1,42 milliard contre 1,24 milliard sur la période comparable de l'an dernier.
US Bancorp (+2,4%) a publié pour son 3e trimestre fiscal des revenus de 7,97 milliards de dollars, en croissance de près de 9% en glissement annuel mais légèrement inférieurs au consensus de place, pour un bénéfice par action de 1,34$, en hausse de 10%, en ligne avec les anticipations des analystes. Le revenu net d'intérêt a représenté 4,5 milliards de dollars, en augmentation de 5,6%. Le bénéfice net part du groupe a été de 2,2 milliards de dollars, contre 2,18 milliards un trimestre avant et 2 milliards un an plus tôt, à la même période. Le ratio CET1 standardisé est assez stable à 10,8% à fin septembre. La banque met aussi en avant l'augmentation des dépôts totaux moyens de 2,9% sur un an et la hausse des prêts totaux moyens de 8%.
PNC Financial Services (+0,9%) a fait état, pour le troisième trimestre, d'un chiffre d'affaires inférieur aux prévisions des analystes, à 6,56 milliards de dollars (+11%), tandis que la banque a mieux réussi à maîtriser ses dépenses que ce qui était attendu. Les charges hors intérêts, qui s'élèvent à 3,75 milliards de dollars, sont ressorties en dessous de l'estimation du consensus. Le bénéfice ajusté par action bat le consensus, à 5,09$. Si les prêts aux entreprises ont progressé au sein de l'établissement basé à Pittsburgh, suite notamment à l'acquisition de FirstBank, les coûts de financement ont également augmenté. La marge nette d'intérêt de PNC a progressé de 2,4% par rapport au deuxième trimestre et de 15% sur un an, pour atteindre 4,21 milliards de dollars.
Charles Schwab (-4%) a publié pour son 3e trimestre des revenus marginalement inférieurs aux attentes à 7,17 milliards de dollars, en croissance de 17%. Le bénéfice ajusté par action, de 1,69$, a progressé de 29% en glissement annuel et dépasse quant à lui les attentes. Le bénéfice net, de 2,91 milliards de dollars, progresse de 23% en comparaison de l'an dernier. Le total des actifs clients a augmenté de 15% sur un an pour atteindre 13.330 milliards de dollars. Les nouveaux actifs nets 'core' se sont élevés à 190,4 milliards de dollars, en hausse de 38%. 1,2 million de nouveaux comptes de courtage ont été ouverts, portant le nombre total de comptes clients à 48,6 millions.
Anthropic, le laboratoire d'IA connu pour ses modèles Claude, a révélé hier à des investisseurs institutionnels ses résultats financiers du 3e trimestre, durant une réunion privée. Le groupe se dit rentable sur une base ajustée et afficherait sur le trimestre clos des revenus de 16,8 milliards de dollars, contre 11,5 milliards un trimestre auparavant, indique le Financial Times, citant des personnes familières de la question. Ainsi, le FT précise que les revenus d'Anthropic ont grimpé de près de 50% d'un trimestre sur l'autre, mais que le rythme de cette croissance est tout de même moins élevé que celui observé plus tôt cette année et serait même quelque peu inférieur aux anticipations.
Les informations fournies ne semblent donc pas avoir l'effet escompté à l'approche de l'introduction en bourse espérée plus tard cette année sur une valorisation record d'environ 2.000 milliards de dollars. Le groupe dirigé par Dario Amodei avait réuni hier des investisseurs dans ses bureaux de San Francisco pour une journée entière de présentations, selon le FT. Il s'agissait de convaincre les investisseurs avant l'IPO attendue dès le mois prochain.
Parmi les métriques les plus saillantes, le groupe dit être positif en termes de cash flow et affirme dégager 1,7$ de revenu pour chaque dollar dépensé en puissance de calcul sur le troisième trimestre. Le FT est hélas pointilleux et relève que le laboratoire d'intelligence artificielle affiche un rythme de croissance plus lent en comparaison du début de l'année. En outre, les revenus annualisés devraient ressortir inférieurs à la marque fatidique des 100 milliards de dollars, alors même que plusieurs sources, dont le New York Times, avaient tout récemment affirmé que le groupe franchirait ce cap cette année.
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