Wall Street freiné par les chiffres affolants de l'inflation
Mais le Nasdaq se maintient dans le vert avant la rencontre Trump-Xi
Wall Street, attendu en forte hausse quelques heures avant l'ouverture, s'affiche désormais incertain en début de séance, plombé par les très mauvais chiffres de l'indice des prix à la production - au plus haut depuis mars 2022. La tendance était auparavant nettement positive, dans l'attente des développements autour de la visite de Trump - et de sa délégation de chefs d'entreprises - à Pékin. Le Dow Jones fléchit maintenant de 0,41% à 49.557 pts, alors que le S&P 500 évolue très proche de l'équilibre, à 7.403 pts (+0,03%). Le Nasdaq se maintient en revanche en progression de 0,36% à 26.183 pts. Les cours du pétrole repassent dans le vert, le baril de brut WTI prenant 0,9% à 103,1$, alors que la situation reste pourtant au point mort en Iran.
Trump a déploré la dernière proposition de Téhéran visant à mettre un terme au conflit, réagissant sur son réseau Truth Social et qualifiant la réponse iranienne de "totalement inacceptable". Téhéran a rejeté les demandes américaines de démantèlement de ses installations nucléaires et a refusé de suspendre l'enrichissement d'uranium pendant 20 ans. Dans sa contre-proposition de plusieurs pages, l'Iran propose la fin de la guerre et la réouverture progressive du détroit d'Ormuz, ainsi que la levée du blocus américain des navires iraniens. S'adressant aux journalistes avant-hier dans le Bureau ovale, Trump a qualifié la réponse iranienne à sa proposition de "foutaise". L'Iran a répondu à la proposition américaine de la semaine dernière en exigeant la levée du blocus naval imposé par Washington et un allègement des sanctions, tout en conservant un certain contrôle sur le trafic dans le détroit d'Ormuz, selon une source de Bloomberg proche du dossier. Téhéran a également insisté pour que tout accord entraîne la fin immédiate des combats, y compris au Liban, où Israël mène une guerre parallèle contre le groupe militant Hezbollah.
La semaine sera aussi marquée par la visite de Trump en Chine du 13 au 15 mai, visite durant laquelle le président américain entendrait faire pression sur son homologue chinois Xi Jinping concernant l'Iran. Trump devrait interroger Xi sur sa politique à l'égard de l'Iran et finaliser les détails d'un nouveau conseil de commerce lors de leur rencontre cette semaine à Pékin, ont indiqué à Bloomberg de hauts responsables américains, quelques heures avant que la Chine ne confirme la visite d'État.
Trump et Xi doivent s'entretenir jeudi et vendredi à Pékin, alors qu'ils tentent de surmonter de profonds désaccords sur le commerce et la guerre israélo-américaine contre l'Iran, dont la Chine est le principal acheteur de pétrole et un allié diplomatique clé, résume l'agence. Dans le cadre des derniers préparatifs du premier voyage présidentiel américain en Chine depuis près de dix ans, le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, rencontrera son homologue chinois, He Lifeng, mercredi à Séoul pour des discussions de dernière minute, précise Bloomberg, citant les deux parties.
Les revenus que la Chine verse à l'Iran, ainsi que les exportations potentielles d'armes, figureront parmi les sujets abordés lors du sommet, a déclaré selon Bloomberg l'un des responsables américains, sous couvert d'anonymat pour évoquer les préparatifs sensibles du sommet.
La guerre contre l'Iran, qui dure depuis trois mois, a exacerbé les tensions entre les deux plus grandes économies mondiales, alors même qu'elles s'efforcent de stabiliser leurs relations et de maintenir une trêve commerciale fragile, analyse l'agence. Les États-Unis ont sanctionné plusieurs entreprises chinoises pour avoir acheté du pétrole iranien ou fourni des images satellites à la République islamique, tandis que l'administration Trump subit une pression croissante pour mettre fin à un conflit qui a déclenché une crise énergétique historique.
Un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères cité par Bloomberg a déclaré que les deux dirigeants échangeraient leurs points de vue sur les questions majeures concernant les relations sino-américaines, ainsi que la paix et le développement dans le monde. Signe de coopération, la Chine a annoncé avoir démantelé un réseau transfrontalier de trafic de drogue lors d'une opération conjointe avec les États-Unis.
La question de Taïwan devrait également être abordée, mais aucun changement de la politique américaine à l'égard de l'île autonome n'est attendu, a déclaré un responsable américain repris par Bloomberg. Pékin a mis en garde les États-Unis contre les ventes d'armes à Taïwan, qu'elle considère comme faisant partie intégrante de son territoire, et a demandé à l'administration Trump de déclarer officiellement qu'elle s'opposait à l'indépendance de Taïwan... Les préoccupations américaines concernant l'IA et la possibilité d'ouvrir un nouveau canal de communication avec la Chine sur ce sujet seront également abordées.
Les patrons qui accompagnent Trump représentent principalement des entreprises cherchant à résoudre leurs problèmes commerciaux avec la Chine, comme Nvidia. Selon des responsables américains cités par Reuters, le géant des puces d'IA a eu des difficultés à obtenir les autorisations réglementaires nécessaires pour vendre ses puissantes puces d'intelligence artificielle H200 en Chine. "Je demanderai au président Xi, un dirigeant d'une distinction extraordinaire, d'ouvrir la Chine afin que ces brillants esprits puissent accomplir leur magie", a lancé Trump sur Truth Social, faisant référence à la délégation comprenant Jensen Huang - patron de Nvidia. "Ce sera ma toute première demande". Trump aurait demandé à Huang à la dernière minute de se joindre au voyage, a déclaré une source de Reuters proche du dossier. Le dirigeant de Nvidia ne figurait en effet pas sur la liste initiale des dirigeants participant au voyage, fournie cette semaine par la Maison Blanche.
"CNBC a rapporté à tort que le grand Jensen Huang, de Nvidia, n'avait pas été invité à l'incroyable rassemblement des plus grands chefs d'entreprise du monde, qui se rendent fièrement en Chine. En réalité, Jensen est actuellement à bord d'Air Force One et, à moins que je ne lui demande de quitter le pays, ce qui est fort improbable, l'information de CNBC est erronée, ou, comme on dit en politique, il s'agit de FAKE NEWS ! C'est un honneur d'accueillir Jensen Huang, Elon Musk, Tim Apple, Larry Fink, Stephen Schwarzmann, Kelly Ortberg (Boeing), Brian Sikes (Cargill), Jane Fraser (Citi), Larry Culp (GE Aerospace), David Solomon (Goldman Sachs), Sanjay Mehrotra (Micron), Cristiano Amon (Qualcomm) et bien d'autres encore, en Chine, où je demanderai au président Xi Jinping, un dirigeant d'une distinction exceptionnelle, d'ouvrir la Chine afin que ces brillants esprits puissent déployer leur talent et contribuer à hisser la République populaire de Chine à un niveau encore supérieur !", a lancé Trump sur Truth Social.
Sur le front économique hier, l'indice américain des prix à la consommation du mois d'avril 2026 s'est affiché en hausse de 0,6% d'un mois sur l'autre et de 3,8% sur un an, en ligne avec les anticipations des économistes de la place. Hors alimentaire et énergie, l'IPC d'avril a progressé de 0,4% par rapport à mars et de 2,8% sur un an, ce qui ressort légèrement plus élevé que prévu, le consensus se situant à 0,3% et 2,7%, d'un mois sur l'autre et sur un an.
Ce mercredi, l'indice américain des prix à la production du mois d'avril 2026 s'est affiché en très forte progression de 1,4% d'un mois sur l'autre et de 6% sur un an ! Le consensus FactSet est atomisé, puisqu'il se situait à +0,7% par rapport à mars et +5% sur un an. Hors alimentaire et énergie, les chiffres sont également éloquents, avec une inflation des prix à la production de 1% d'un mois sur l'autre et de 5,2% sur un an (respectivement +0,3% et +4,3% de consensus FactSet). Un mois plus tôt, en données révisées, l'indice des prix à la production affichait une hausse de 0,7% d'un mois sur l'autre ou de 0,2% hors alimentaire et énergie.
Les réserves de brut aux Etats-Unis ont nettement reculé la semaine passée. D'après le Département américain à l'Energie, les stocks domestiques de brut, hors réserve stratégique, ont diminué de 4,3 millions de barils sur la semaine close le 8 mai, à 452,9 millions de barils. Les stocks d'essence ont chuté de 4,1 millions de barils, tandis que les stocks de produits distillés ont progressé légèrement de 0,2 mb.
Demain, inscriptions hebdomadaires au chômage, ventes de détail, prix à l'import et stocks des entreprises seront au programme. Enfin, vendredi, les marchés observeront l'indice manufacturier Empire State de la Fed de New York ainsi que la production industrielle.
Les responsables de la Fed seront nombreux à s'exprimer durant la semaine, alors que les anticipations de hausse de taux montent en puissance ces derniers jours. Selon l'outil CME FedWatch, la probabilité de statu quo monétaire le 17 juin à l'issue de la prochaine réunion FOMC se situe à 98,5%, et la probabilité que les taux demeurent inchangés jusqu'à la fin de l'année atteint 62,5%. Le même outil montre une 'proba' de 31,5% désormais que la Fed relève ses taux d'un quart de point d'ici la fin de l'année, face au risque d'inflation... Susan Collins, Neel Kashkari ou Lorie Logan de la Fed interviennent ce jour, alors que Beth Hammack, John Williams et Michael Barr prennent la parole demain.
Kevin Warsh a obtenu quant à lui la confirmation du Sénat pour son poste au Conseil des gouverneurs de la Fed, ce qui le rapproche un peu plus de la direction de la banque centrale américaine. Il doit prendre la succession de Jerome Powell à la présidence de la Fed d'ici quelques jours. Le Sénat américain a donc approuvé hier, par 51 voix contre 45, la nomination de Warsh au Conseil des gouverneurs. Il s'agit de la première étape d'un processus en deux temps qui doit faire du candidat désigné de Trump le prochain président de la banque centrale. Le vote de confirmation crucial est attendu ce mercredi, deux jours seulement avant l'expiration du mandat de Powell.
En ce qui concerne les entreprises cotées à Wall Street, Cisco tiendra la vedette après bourse ce soir avec ses derniers comptes. Alibaba, Nebius et Tower Semiconductor annoncent également ce mercredi. Applied Materials dévoilera ses derniers chiffres après bourse demain soir.
Du côté des grands stratèges de la place, les révisions en hausse d'objectifs sur le S&P 500 se poursuivent à mesure que l'indice historique bat ses records. Morgan Stanley vient de porter sa cible à 8.000 pts pour la fin de l'année, contre 7.800 pts auparavant.
Les valeurs
Nvidia (+1,8%). Jensen Huang prendra donc part à la visite de Trump en Chine, ce qui constitue une relative surprise puisque le dirigeant n'était pas dans la liste initiale dévoilée. Huang a été aperçu montant à bord d'Air Force One lors d'une escale de ravitaillement en Alaska. Trump est attendu à Pékin pour des rencontres avec Xi. Outre le commerce, les discussions porteront sur de nombreux sujets épineux, de la guerre en Iran aux armes nucléaires en passant par les ventes d'armes américaines à Taïwan. La question des restrictions sur les puces d'IA avancée demeure quant à elle essentielle pour le groupe de Huang.
Anthropic, la startup d'IA dirigée par Dario Amodei, aurait, selon le Wall Street Journal, reçu des offres d'investissements valorisant le groupe plus de 900 milliards de dollars. Ainsi, la jeune pousse serait devenue le nouveau leader du secteur, dépassant OpenAI et ChatGPT - du moins dans la course à la valorisation. Les deux startups sont des clients majeurs de Nvidia.
Alibaba (+6,8%), le géant chinois du commerce en ligne, vient de publier pour son 4e trimestre fiscal 2026 clos en mars des revenus de 243,4 milliards de yuans (environ 35,3 milliards de dollars), en augmentation de 3% en glissement annuel. Hors chiffre d'affaires des activités cédées de Sun Art et d'Intime, le chiffre d'affaires à périmètre comparable aurait progressé de 11%. La perte d'exploitation s'est élevée à 848 millions de yuans (123 M$), contre un bénéfice d'exploitation de 28,5 milliards sur le même trimestre de 2025.
L'EBITA ajusté a en effet chuté de 84% à 5,1 milliards de yuans (740 M$), principalement du fait des investissements dans les activités technologiques, le commerce rapide et l'expérience utilisateur. Le bénéfice net attribuable aux actionnaires ordinaires a été de 25,5 milliards de yuans, dopé par les investissements equity, mais le bénéfice net ajusté, plus représentatif, s'est totalement effondré à 86 millions de yuans (12 M$), soit 0,62 yuan (0,09$) par ADS. Les résultats ressortent donc inférieurs aux attentes.
Nebius (+15,9%), le groupe néocloud néerlandais coté au Nasdaq, a publié pour son premier trimestre 2026 des revenus de 399 millions de dollars, multipliés par près de huit en comparaison de l'an dernier. L'Ebitda ajusté est passé dans le vert à 129,5 M$ contre -53,7 M$ un an avant, mais la perte nette ajustée s'est creusée à 100,3 M$ contre 83,6 M$ un an plus tôt. La guidance de capacités à fin 2026 est relevée à plus de 4 GW. Nebius se dit en bonne voie pour réaliser des revenus 2026 de 3 à 3,4 milliards de dollars et un ARR de 7-9 milliards de dollars. La marge d'Ebitda ajusté 2026 est attendue voisine des 40%. La position de cash en fin de premier trimestre atteint 9,3 milliards de dollars.
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