Wall Street : extrême volatilité après la purge
Alors que les anticipations de baisse des taux retombent et que les valorisations de l'IA inquiètent
Wall Street se redresse après une ouverture en très forte baisse, mais la volatilité reste extrême, alors que les investisseurs doutent désormais de la baisse des taux jusqu'alors donnée pour sûre du mois de décembre, et que les valorisations des leaders de l'intelligence artificielle suscitent par ailleurs les débats à moins d'une semaine désormais de la publication financière de Nvidia. Le S&P 500 repasse timidement dans le vert, en hausse de 0,05% à 6.741 pts, alors qu'il perdait plus de 1% il y a quelques instants. Le Nasdaq remonte de 0,42% à 22.965 pts après un plongeon sous les 22.500 pts en tout début de journée. Le Dow Jones régresse en revanche toujours de 0,64% à 47.153 pts.
L'accord mettant fin au blocage des services gouvernementaux aux États-Unis est quant à lui désormais entré en vigueur après son adoption par la Chambre des représentants et sa promulgation rapide par Donald Trump. Il met ainsi un terme à cette paralysie historique de 43 jours. Le vote a été adopté par 222 voix contre 209. Les affaires reprennent donc outre-Atlantique après ce blocage, avec un versement prévu des arriérés de salaire aux fonctionnaires fédéraux et le maintien des services publics jusqu'au 30 janvier. Il financera également certains programmes fédéraux, tels que les ministères de l'Agriculture et des Anciens Combattants, pour l'ensemble de l'exercice budgétaire, et limitera le pouvoir de Trump de licencier des fonctionnaires fédéraux. Le Sénat avait conclu cet accord durant le week-end et l'avait approuvé lundi par 60 voix contre 40. L'attention se porte désormais sur les conséquences économiques. Le Bureau du budget du Congrès (CBO) avait estimé en octobre qu'une paralysie de six semaines diminuerait la croissance du PIB du quatrième trimestre de 1,5 point de pourcentage avant un rebond de l'économie début 2026.
L'assouplissement monétaire de décembre de la Fed, qui semblait acquis il y a quelques semaines encore pour un quart de point, est quant à lui désormais remis en question. Selon l'outil CME FedWatch, les prévisions sont désormais équilibrées entre la probabilité de cet assouplissement d'un quart de point (49,6%) et celle d'un statu quo (50,4%) qui laisserait les taux inchangés entre 3,75% et 4% le 10 décembre. Les inquiétudes persistent en effet concernant l'inflation persistante, tandis que l'économie montre quant à elle des signes de faiblesse, en particulier sur le marché de l'emploi, mais reste dans l'ensemble relativement résiliente.
Le président de la Fed de Minneapolis, Neel Kashkari, a déclaré hier ne pas avoir soutenu la dernière baisse des taux d'intérêt décidée par la banque centrale américaine. Il n'a pas non plus tranché quant à la stratégie à adopter en décembre, alors que "les observations et les données dont nous disposons témoignent d'une résilience sous-jacente de l'activité économique, plus importante que je ne l'avais anticipé". Dans un entretien avec Bloomberg News, il estime que ce contexte plaidait en faveur d'un statu quo lors de la réunion monétaire d'octobre. Depuis, les données disponibles suggèrent selon lui une poursuite de la tendance. Concernant la décision du 10 décembre, Kashkari explique qu'"en fonction de l'évolution des données, je peux argumenter en faveur d'une baisse, ou en faveur du maintien des taux, et nous verrons bien".
Il rejoint selon Bloomberg "de nombreux responsables de la Fed qui, ces derniers jours, ont exprimé leur scepticisme quant à la nécessité d'une nouvelle baisse en décembre, voire s'y sont opposés". Mary Daly, présidente de la Fed de San Francisco, a ainsi également exprimé hier son incertitude quant à la décision à prendre lors de cette réunion. "Il est prématuré d'affirmer catégoriquement qu'il n'y aura pas de baisse des taux ou qu'il y en aura certainement une", a indiqué Daly lors d'un événement à Dublin, ajoutant que l'orientation de la politique monétaire semblait neutre. Susan Collins, présidente de la Fed de Boston, a déclaré plus tôt cette semaine que les taux d'intérêt devraient rester à leur niveau actuel pendant un certain temps afin de trouver un équilibre entre l'inflation, qui à 3% reste supérieure à l'objectif, et la faiblesse des embauches. D'autres responsables, par le passé plus favorables à une baisse des taux, comme Austan Goolsbee de la Fed de Chicago, ont exprimé des sentiments similaires. Ils rejoignent selon Bloomberg l'aile la plus restrictive de la Fed, qui comprend des décideurs tels que Jeff Schmid de Kansas City, Beth Hammack de la Fed de Cleveland et Lorie Logan de la Fed de Dallas, tous ayant mis en garde contre une nouvelle baisse des taux. Il reste difficile de savoir s'ils parviendront à convaincre suffisamment de membres votants du Comité FOMC, étant donné que plusieurs décideurs politiques sont encore davantage préoccupés par la faiblesse du marché du travail.
A l'autre bout du spectre, les gouverneurs Stephen Miran, Christopher Waller et Michelle Bowman ont plaidé en faveur de baisses de taux plus ou moins agressives. Miran, nommé par Trump, a déclaré que l'inflation avait été meilleure que prévu, appuyant ainsi l'argument en faveur d'une baisse des taux.
Le président américain Donald Trump s'apprêterait quant à lui selon Bloomberg à annoncer d'importantes baisses de tarifs douaniers pour lutter contre la flambée des prix alimentaires, avec une série de nouveaux accords commerciaux - notamment des accords-cadres avec l'Argentine, le Guatemala, le Salvador et l'Équateur -, afin de répondre aux inquiétudes des électeurs concernant le coût de la vie. L'initiative ferait suite aux victoires électorales des Démocrates la semaine dernière dans plusieurs scrutins locaux et étatiques clés, où les candidats ont mis l'accent sur la question de l'accessibilité financière. Les accords commerciaux avec les pays d'Amérique latine, dévoilés jeudi, prévoient une réduction des droits de douane et des barrières sur des produits alimentaires courants comme le boeuf, les bananes et le café, dans le but de faire baisser le prix des produits alimentaires, source de frustration pour les Américains depuis des années.
Trump et d'autres hauts responsables de son administration ont aussi évoqué des exemptions tarifaires plus larges, susceptibles de réduire les droits de douane sur une large gamme de produits alimentaires courants. Lors d'interviews accordées en début de semaine à Fox News, le président américain s'est engagé à abaisser certains droits de douane sur le café, tandis que le secrétaire au Trésor, Scott Bessent, a laissé entendre que les importations de fruits bénéficieraient d'un allègement. Le New York Times a rapporté hier que Trump préparait des modifications des droits de douane réciproques, qui devraient inclure des exemptions pour le boeuf et les agrumes, et aller au-delà d'un précédent décret présidentiel. Dans ce dernier, le président avait chargé son administration d'identifier les produits alimentaires non cultivés aux États-Unis susceptibles de bénéficier d'exemptions.
L'administration Trump serait ainsi déterminée à mettre en oeuvre une stratégie commerciale et tarifaire souple, nuancée et multidimensionnelle, pour reprendre les termes du porte-parole de la Maison Blanche Kush Desai, qui a précisé que les changements potentiels dépendraient à la fois des produits identifiés par les décrets présidentiels et des accords commerciaux en cours de conclusion "avec certains de nos plus importants alliés de l'hémisphère occidental".
L'accord le plus important annoncé hier était probablement selon Bloomberg celui conclu avec l'Argentine, apportant un nouveau soutien de Washington au président Javier Milei dans ses efforts pour ouvrir son économie. "Les pays ouvriront leurs marchés respectifs sur des produits clés", a déclaré la Maison Blanche. L'Argentine accorderait un accès préférentiel à son marché pour les exportations américaines, notamment certains médicaments, produits chimiques, machines, produits informatiques et dispositifs médicaux. Les accords annoncés avec le Guatemala, le Salvador et l'Équateur visaient à réduire les droits de douane sur des exportations essentielles comme les bananes et le café, qui ne sont en grande partie pas produits aux États-Unis, note Bloomberg.
De leur côté, les États-Unis lèveront également les droits de douane réciproques sur certaines ressources naturelles indisponibles et certains articles non brevetés destinés à des applications pharmaceutiques.
Les accords-cadres devraient être finalisés d'ici deux semaines selon Bloomberg et devraient exempter des produits spécifiques plutôt que de réduire les droits de douane réciproques existants. L'agence cite un haut responsable de l'administration Trump s'exprimant sous couvert d'anonymat. La Maison Blanche compte sur les détaillants et les grossistes pour répercuter ces avantages sur les consommateurs américains.
Les États-Unis et la Suisse seraient également parvenus "pour l'essentiel" à un accord commercial visant à abaisser les droits de douane sur les produits suisses de 39 à 15%, et la Maison Blanche prévoit d'en révéler les détails dans la journée, selon le représentant américain au commerce, Jamieson Greer. L'accord en cours de finalisation apporterait selon Bloomberg un soulagement attendu de longue date à la Suisse, frappée par le taux d'imposition le plus élevé jamais imposé par l'administration Trump à un pays développé. En contrepartie, la Suisse se serait engagée à investir 200 milliards de dollars aux États-Unis durant le mandat de Trump, dont 70 milliards dès l'année prochaine, dans des secteurs tels que l'industrie pharmaceutique et la production d'or, a indiqué Greer. La Suisse se serait aussi engagée à acquérir davantage d'avions commerciaux de Boeing. "Nous sommes parvenus à un accord avec la Suisse. Nous publierons donc les détails aujourd'hui sur le site web de la Maison Blanche", a déclaré Greer sur CNBC.
Sur le front économique, l'indice des prix à la production d'octobre et les ventes de détail, qui devaient être annoncés ce vendredi, ont été reportés. Du côté de la Fed, Jeffrey Schmid, Lorie Logan et Raphael Bostic de la Fed, interviennent aujourd'hui. Schmid, patron de la Fed de Kansas City, s'est montré très dubitatif ce jour au sujet de la baisse des taux, jugeant qu'elle pourrait faire plus pour relancer l'inflation que pour aider le marché de l'emploi. Il craint des effets durables des assouplissements monétaires sur l'inflation.
Sur le Nymex, le baril de brut WTI prend 2,7% à 60,3$. L'once d'or fin trébuche de 2,4% à 4.072$. L'indice dollar grappille 0,1% face à un panier de devises. Le bitcoin corrige vers les 96.000$.
Les valeurs
Applied Materials, (-1,1%), spécialiste américain de la conception, la fabrication et la commercialisation d'équipements destinés à la production de circuits intégrés et de composants semi-conducteurs, a affiché au 4e trimestre fiscal une performance financière supérieure aux attentes, avec un bénéfice par action de 2,17$ et des revenus de 6,80 milliards de dollars (-3%). Les revenus annuels ont atteint un record de 28,4 milliards de dollars, en croissance de 4%, pour un bénéfice ajusté par action de 9,42$ en hausse de 9%. Malgré les challenges liés à la Chine et aux contrôles aux exportations, le groupe se montre confiant concernant l'année 2026. Pour son premier trimestre fiscal 2026, le groupe envisage un bpa ajusté de 2,18$ (plus ou moins 20 cents) et des revenus de 6,85 milliards de dollars (plus ou moins 500 millions), ce qui dépasserait les attentes.
"Alors que l'adoption de l'IA stimule des investissements considérables dans les semi-conducteurs avancés et les équipements de fabrication de plaquettes, Applied Materials a enregistré sa sixième année consécutive de croissance au cours de l'exercice 2025", a déclaré Gary Dickerson, CEO du groupe. "Nous sommes idéalement positionnés aux points d'inflexion technologiques les plus importants dans les segments de marché à la croissance la plus rapide, ce qui nous permet de consolider notre leadership dans les domaines de la logique de pointe, de la DRAM et du packaging avancé, à mesure que les technologies de nouvelle génération atteindront leur production en volume au cours des prochaines années".
Amazon (-0,1%) et Microsoft (+0,7%) soutiennent une proposition de loi visant à restreindre davantage la capacité du fabricant de puces Nvidia (+0,5%) à exporter des puces vers la Chine, a rapporté le Wall Street Journal jeudi, citant des sources proches du dossier. Cette proposition de loi connue sous le nom de GAIN AI Act est également soutenue par la startup Anthropic, précise le journal. La loi GAIN (Garantie d'accès et d'innovation pour l'intelligence artificielle nationale) introduite dans le cadre de la loi d'autorisation de la défense nationale, stipule que les fabricants de puces d'IA doivent privilégier les commandes nationales de processeurs avancés avant de les livrer à l'étranger, rappelle pour sa part Reuters.
Microsoft s'est publiquement prononcé en faveur de cette législation, tandis que des responsables de la division cloud d'Amazon ont confié à des collaborateurs du Sénat qu'ils la soutenaient également, selon le WSJ. Meta et Google (Alphabet) n'ont quant à eux pas pris position sur la loi, pas plus que le président Trump, note le journal. Des responsables de la Maison Blanche, dont David Sacks, responsable de l'IA, ont indiqué au sénateur Jim Banks, auteur de la loi GAIN, que l'impact de cette politique serait limité, le département du Commerce réglementant déjà les exportations de puces...
Apple (+0,4%) donne des signes encourageants en vue de la cruciale saison des fêtes. En Chine, les ventes d'iPhone ont progressé de 22% par rapport à l'année précédente au cours du premier mois suivant le lancement de la gamme iPhone 17, selon une étude relayée par Reuters. La nouvelle gamme a représenté la majeure partie des ventes de smartphones Apple en Chine depuis son lancement le 19 septembre. La série 17 a ainsi représenté près des quatre cinquièmes des unités vendues aux consommateurs, d'après les données de Counterpoint. Les ventes d'iPhone en Chine avaient pour comparaison reculé de 5% au cours du premier mois suivant le lancement de la gamme iPhone 16 l'an dernier. Le lancement de l'iPhone 17 a attiré des centaines de personnes au magasin phare d'Apple à Pékin le jour de sa sortie, rappelle Reuters.
Alphabet (-0,5%). Bruxelles intensifie sa pression sur Google. Le géant américain a soumis à la Commission européenne une série de mesures destinées à assouplir l'utilisation de ses technologies publicitaires, dans l'espoir d'éviter le scénario d'une scission de ses activités adtech. Cette proposition intervient après la décision de l'exécutif européen qui, en septembre, a infligé au groupe une amende de 2,95 milliards d'euros pour avoir favorisé ses propres services de publicité en ligne au détriment de solutions concurrentes. Google a indiqué avoir transmis son plan à la Commission européenne, précisant que celui-ci s'inspire largement de la proposition formulée dans le cadre de l'enquête ouverte par le département de la Justice américain sur les mêmes questions. "Notre proposition répond pleinement à la décision de la CE sans une rupture disruptive qui nuirait aux milliers d'éditeurs et d'annonceurs européens qui utilisent les outils de Google pour développer leur activité", a assuré le groupe.
Walmart (-1,4%) a annoncé que son conseil d'administration avait élu John Furner, 51 ans, pour succéder à Doug McMillon, 59 ans, au poste de directeur général de Walmart Inc., à compter du 1er février 2026. M. Furner a également été élu au conseil d'administration, avec prise d'effet immédiate. M. McMillon prendra sa retraite le 31 janvier 2026, mais restera membre du conseil d'administration jusqu'à la prochaine assemblée générale annuelle des actionnaires afin d'assurer une transition harmonieuse. Depuis 2019, Furner occupait le poste de directeur général de Walmart États-Unis, supervisant le plus important segment opérationnel de l'entreprise et ses plus de 4.600 magasins. Il a débuté sa carrière chez Walmart en 1993 comme employé et a occupé des postes de direction dans les domaines du merchandising, des opérations et de l'approvisionnement. Il a vécu et travaillé dans plusieurs pays et a également été directeur général de Sam's Club États-Unis.
Merck (+0,4%), le laboratoire américain, et Cidara Therapeutics (+105% !), société de biotechnologie développant des thérapies conjuguées médicament-Fc (DFC), ont annoncé aujourd'hui la signature d'un accord définitif en vertu duquel Merck, par l'intermédiaire d'une filiale, acquerra Cidara pour 221,50$ par action en numéraire, pour une valeur totale de transaction d'environ 9,2 milliards de dollars. "Nous poursuivons la mise en oeuvre de notre stratégie de développement commercial axée sur la science, en enrichissant notre portefeuille de produits avec le CD388, un antiviral à action prolongée potentiellement novateur, conçu pour prévenir la grippe chez les personnes présentant un risque élevé de complications", a déclaré Robert M. Davis, PDG de Merck.
American Bitcoin (+5,1%), groupe soutenu par deux des fils de Donald Trump a pourtant plus que quintuplé ses revenus au 3e trimestre à 64 millions de dollars. Le groupe détenait plus de 4.000 BTC au début du mois de novembre. Le bénéfice net trimestriel s'est établi à 3,5 millions de dollars contre une perte de 0,6 million pour la période comparable, l'an dernier.
Strategy (-2,1%), dont la stratégie consiste sommairement à acheter du Bitcoin en vue d'une détention supposée perpétuelle, creuse ses pertes sur des rumeurs de cessions de BTC. Michael Saylor, le président et fondateur de l'affaire, a démenti ce jour ces bruits de couloir, affirmant qu'au contraire, Strategy poursuivrait et accélèrerait ses achats de BTC, tandis que la reine des cryptomonnaies vient d'enfoncer les 100.000$. La firme Arkham de "crypto-intelligence" affirme pourtant que ses données indiquent que la détention de BTC de Strategy a chuté à 437.000 coins contre 484.000 précédemment, soit une baisse de 47.000. Saylor a donc réfuté les accusations sur CNBC, expliquant que le groupe achetait toujours et qu'il annoncerait ses prochains achats lundi. En outre, Saylor table toujours sur un rallye du bitcoin à partir des niveaux actuels...
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