Entretien avec Antoine Doutriaux, DG du Groupe Plastivaloire
Il est prématuré d'indiquer une échéance pour retrouver une marge brute 'normalisée', mais nos fondamentaux restent solides
Boursier.com : Vous abaissez votre cible de marge EBITDA de " autour de 9% " à une fourchette 8,5-9% en invoquant la pression inflationniste sur les matières premières. Quelle est votre visibilité réelle sur la répercussion de ces hausses à vos clients automobiles, et dans quel délai estimez-vous retrouver une marge brute normalisée au second semestre ?
A.D. : Nous avons des clauses d'indexation contractuelles de répercussion de ces hausses de prix avec nos clients, mais les applications peuvent être progressives dans le temps. Dans certains cas nous pouvons être également amenés à mener des négociations bilatérales. Il existe donc toujours un décalage entre la hausse du coût des matières et son intégration dans nos prix de vente. Les discussions ont été engagées et notre objectif est de répercuter ces hausses le plus rapidement possible. L'ajustement prudent de notre objectif de marge annuelle d'EBITDA entre 8,5% et 9% intègre précisément cet effet de phasage, qui est temporaire. Compte tenu des incertitudes sur le plan géopolitique, il est prématuré d'indiquer une échéance pour retrouver une marge brute " normalisée ". Nos fondamentaux restent solides : la marge brute a atteint 50,8% du chiffre d'affaires au premier semestre, en progression de 1,6 point sur un an.
Boursier.com : Vos prises de commandes sur 8 mois atteignent 532 MEUR, soit plus du double de la période comparable (259 MEUR). Au-delà de l'effet de rattrapage, comment garantissez-vous que ces nouveaux programmes soient exécutés à des niveaux de rentabilité supérieurs aux contrats existants, alors que vos covenants bancaires exigent un EBITDA minimum croissant jusqu'à 75 MEUR en 2031-2032 ?
A.D. : Nous sommes satisfaits de notre prise de commandes sur les 8 premiers mois, déjà supérieure au niveau atteint l'exercice précédent, ce qui démontre notre compétitivité et la confiance que les grands donneurs d'ordre nous accordent. Nous avons entrepris depuis plusieurs exercices différentes actions de rationalisation afin de renforcer le profil du Groupe, ce qui contribue à faire remonter durablement notre niveau de marge normatif. Ces nouveaux programmes seront donc exécutés par un Groupe structurellement plus rentable.
Boursier.com : L'accord prolonge la dette jusqu'en 2033-2034 mais introduit une clause d'excess cash-flow qui redistribue 50% de votre free cash-flow aux banques. En pratique, quelle liberté stratégique vous reste-t-il pour investir, notamment si les nouveaux programmes nécessitent plus de capex ou de besoin en fonds de roulement ? En outre, les actionnaires sont les premiers pénalisés, tout dividende étant suspendu...
A.D. : Nous avons signé un bon accord avec nos partenaires financiers. Il était important pour nous d'étaler le remboursement de notre dette sur plusieurs années afin de justement avoir des marges de manoeuvres financières accrues notamment en termes d'investissements. La clause d'excess cash-flow prévoit qu'une fois un niveau de génération de cash atteint qui intègre par nature les investissements réalisés, l'excédent sera réparti équitablement entre le Groupe et les banques au-delà d'une certaine limite fixée par l'accord. Enfin, bien que le versement de dividende reste suspendu jusqu'au remboursement complet de l'ensemble de la dette, les actionnaires vont bénéficier avant tout du redressement progressif du Groupe et de son désendettement. Le dividende ne constitue qu'une partie du rendement de l'actionnaire et je suis convaincu que la diminution progressive du profil de risque de notre Groupe bénéficiera à nos investisseurs dans la durée.
Boursier.com : Le segment Industries représente désormais 14% du CA avec un recul de -32% sur le semestre. Considérez-vous ce décrochage comme conjoncturel, ou faut-il s'attendre à un recentrage plus structurel du groupe autour de l'automobile ?
A.D. : Le recul enregistré ce semestre traduit à la fois une conjoncture moins favorable pour ce type de production et quelques évolutions structurelles, avec un basculement progressif de notre portefeuille de clients grands comptes vers des clients avec des volumes plus réduits. Nous ne renonçons pas à notre stratégie de diversification hors de l'automobile et nous considérons toujours les marchés Industries comme un axe de développement pertinent. Nous adaptons notre stratégie afin de prendre en compte les nouvelles réalités du marché et nous avons d'ores-et-déjà identifié plusieurs segments à adresser en priorité.
Boursier.com : La structure bilantielle reste tendue malgré le free cash-flow positif. Quel est le ratio cible à horizon 2027-2028, et quels leviers activez-vous prioritairement pour y parvenir ?
A.D. : Notre endettement net s'est réduit de près de 28 MEUR depuis le 31 mars 2025 et nous sommes engagés sur la voie du désendettement aux côtés de nos partenaires financiers. Nous disposons également d'une trésorerie disponible supérieure à 100 millions d'euros, ce qui nous donne une marge de manoeuvre appréciable pour répondre à nos engagements. Enfin, l'amélioration progressive de notre performance opérationnelle contribuera à augmenter notre free cash-flow et donc à réduire notre endettement et à renforcer notre structure bilantielle.
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