Taux : le 10 ans américain au plus haut depuis 2007
A plus de 5% !
Du jamais vu depuis 2007 ! Le rendement des bons du Trésor américain à 10 ans a atteint son niveau le plus élevé en près de vingt ans, marquant une nouvelle étape dans la chute brutale des marchés obligataires mondiaux, alimentée par la flambée des prix de l'énergie, l'augmentation de la dette et l'inflation. Le rendement de l'obligation mondiale de référence gagne encore près de 3 points de base ce matin, à 5,014%. La barre des 5%, dont le marché s'est nettement approché en fin de semaine dernière, constitue un seuil psychologique étroitement surveillé qui, selon les analystes, pourrait avoir des répercussions sur l'économie américaine et menacer la tendance haussière sur les actions, en réduisant l'attrait relatif des titres américains.
Ce recul des obligations accroît les enjeux à l'approche de la décision de la Réserve fédérale sur les taux d'intérêt, prévue demain soir : les investisseurs anticipent presque à 100% désormais un relèvement des coûts d'emprunt à court terme, une première depuis juillet 2023. Si la Fed ne relève pas ses taux, ou si son président, Kevin Warsh, signale un resserrement monétaire moins marqué dans les mois à venir que ce qu'anticipent les marchés monétaires, les investisseurs obligataires pourraient exiger des rendements encore plus élevés pour se prémunir contre les risques inflationnistes.
"Il serait très difficile pour la Fed de laisser les taux inchangés cette semaine sans nuire à sa crédibilité dans la lutte contre l'inflation ", explique à 'Bloomberg' Vail Hartman, stratégiste chez BMO Capital Markets. "Le marché est vulnérable non seulement à un maintien inattendu des taux, mais aussi à une hausse accompagnée d'un discours accommodant, suggérant une approche plus patiente lors de la publication du "dot plot" ou de la conférence de presse".
Les rendements obligataires augmentent à l'échelle mondiale depuis que les États-Unis et Israël ont lancé une offensive contre l'Iran fin février, perturbant l'approvisionnement en pétrole et en gaz du Moyen-Orient. Ce phénomène s'ajoute à d'autres facteurs, tels que l'endettement massif des entreprises pour financer les investissements dans l'intelligence artificielle ; un phénomène qui se traduit par une inondation des marchés de la dette tout en stimulant une économie américaine déjà résiliente. Cette situation survient également alors que le volume de dette émise par les gouvernements continue de croître, tant pour refinancer les obligations arrivant à échéance que pour financer les dépenses budgétaires déficitaires. Les Banques centrales ne rachètent plus massivement les obligations d'État dans le cadre de leurs programmes d'assouplissement quantitatif, et la demande des autres acheteurs traditionnels s'essouffle, ce qui accroît la dépendance à l'égard d'investisseurs plus sensibles aux variations de prix.
"La marge de baisse des rendements à long terme est quelque peu limitée, dans la mesure où nous ne constatons aucun signe de faiblesse de l'économie réelle et où la dynamique de l'offre sur le marché des bons du Trésor diffère considérablement de celle de 2007", souligne Phoebe White, responsable de la stratégie sur les taux américains chez UBS Group. "La demande structurelle pour les bons du Trésor américains, notamment de la part des investisseurs institutionnels étrangers, est nettement plus faible".
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