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Les droits des travailleurs dans le monde en "crise systémique", s'alarme la Confédération syndicale internationale

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Le quartier d'affaires de La Défense, près de Paris, le 8 novembre 2024
Le quartier d'affaires de La Défense, près de Paris, le 8 novembre 2024 ( Kiran RIDLEY, Kiran RIDLEY / AFP/Archives )

Arrestations, violences, surveillance numérique... Les droits des travailleurs dans le monde se détériorent, alerte lundi la Confédération syndicale internationale (CSI), y compris dans de "grandes démocraties" comme les États-Unis ou la France, "signe que la crise est devenue systémique".

"Jadis considérés comme stables, des pays comme les États-Unis et la France contribuent désormais à une recrudescence mondiale de la répression, exposant l'attaque systémique portée à la démocratie et aux droits au travail", alerte l'organisation dans la treizième édition de son indice CSI des droits dans le monde.

Ainsi, "les États-Unis rejoignent la liste des pays à surveiller alors que les attaques portées aux libertés des travailleurs accélèrent l'érosion de la démocratie". En cause, "des restrictions de la négociation collective et le recours à la force contre les travailleurs".

Quant à la France, elle connaît "son plus mauvais classement, signe d'un déclin prolongé des droits des travailleurs, notamment caractérisé par une répression des militants syndicaux et des restrictions imposées aux manifestations".

De façon générale, le nombre de pays qui refusent aux travailleurs l'accès à la justice, les placent en détention ou recourent à la violence, aux atteintes à la liberté d'expression ou de réunion, est en hausse dans le monde, selon cette enquête.

"L'édition 2026 de l'indice CSI des droits dans le monde révèle que la crise des droits des travailleurs ne se limite plus à quelques cas marginaux – elle est désormais au coeur même des démocraties", a commenté Luc Triangle, secrétaire général de la CSI.

Des ouvriers du bâtiment à Cold Springs, dans le Nevada (États-Unis), le 28 juin 2023
Des ouvriers du bâtiment à Cold Springs, dans le Nevada (États-Unis), le 28 juin 2023 ( Andri Tambunan / AFP/Archives )

Il dénonce ainsi "une attaque coordonnée contre la démocratie – un coup d'État des milliardaires, soutenu par des dirigeants politiques; les travailleurs sont dépouillés de leurs droits et réduits au silence, et les économies sont manipulées au profit d'une poignée de puissants".

"Chute spectaculaire" de l'Argentine"

La CSI fait état de "trois tendances structurelles": des dirigeants syndicaux de premier plan "pris pour cibles", victimes d'arrestations, de violences ou de poursuites en justice ; la surveillance numérique qui permet de "contrôler et de mettre au pas le personnel, de faire taire les travailleurs et d'empêcher la mobilisation syndicale" ; et les gouvernements qui "écartent les syndicats et les consultent de moins en moins" lors de l'introduction de nouvelles lois sur le travail ou de réformes de la législation du travail.

La CSI, qui réalise cette étude depuis 2014, classe 151 pays sur la base de 97 indicateurs s'appuyant sur des conventions de l'Organisation internationale du Travail (OIT) et sa jurisprudence.

Les notes des pays européens et américains "ont atteint leur pire niveau depuis la première édition de l'indice en 2014, signe que la crise est devenue systémique". Par ailleurs, "la montée de l'extrême droite en Europe se traduit de plus en plus par de l'hostilité envers les syndicats et leurs membres".

Parmi les autres pays dont la situation se dégrade figure l'Argentine, désormais parmi les "pires pays au monde pour les travailleurs, après une chute spectaculaire de son classement (...) en seulement deux ans – l'une des baisses les plus marquées jamais enregistrées dans l'indice".

Manifestation organisée par les syndicats argentins à Buenos Aires, l'Argentine figurant parmi les
Manifestation organisée par les syndicats argentins à Buenos Aires, l'Argentine figurant parmi les "pires pays au monde pour les travailleurs", le 30 avril 2026 ( Juan Mabromata / AFP/Archives )

Au pouvoir depuis fin 2023, le président ultralibéral argentin Javier Milei a notamment engagé un "protocole" de lutte contre le "désordre absolu" des manifestations avec blocage de routes, en augmentant les pouvoirs des forces de l'ordre et s'engageant à faire "payer les organisateurs".

Selon le CSI, "l’attaque que mène Milei contre les droits et les protections des travailleurs a provoqué un recul des droits au travail qui fait écho à certains des chapitres les plus sombres de l’histoire du pays", allusion à la dictature militaire des années 1970.

Le Panama fait lui aussi son entrée dans la liste des dix pires pays au monde pour les droits des travailleurs et des travailleuses, aux côtés du Bélarus, de l'Égypte, de l'Équateur, de l'Eswatini, du Myanmar, du Nigeria, de la Tunisie et de la Turquie.

Huit pays figurent en revanche parmi les "bons élèves", où le CSI n'a observé que des "violations sporadiques des droits" syndicaux, tous en Europe (Allemagne, Danemark, Islande...), hormis l'Uruguay.

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