Taux : nouvelle secousses sur la dette française
Pas de répit !
La pression reste forte sur la dette française. Les obligations d'État reculent et les rendements se tendent (ils évoluent en sens inverse) : le taux de l'OAT à 10 ans grimpe de 2,6 points de base à 4,959% au lendemain de sa plus forte progression quotidienne en près d'un mois. L'écart de rendement (le fameux "spread") entre la France et l'Allemagne progresse de 7,1 pb à 154,6 points de base, au plus haut depuis le 2 octobre. Cet écart avait atteint un pic de 159 points de base plus tôt ce mois-ci, sous l'effet de pressions politiques et budgétaires accrues, poussant de nombreux investisseurs à liquider leurs positions sur la dette française.
Une vague d'attaques visant des bâtiments publics, des commerces et des restaurants a secoué la France au cours du week-end, alors que la colère de la population face à la hausse des prix se manifestait dans la rue. Avec une dette publique supérieure au produit intérieur brut du pays et l'un des déficits budgétaires les plus élevés de la zone euro, le gouvernement ne peut pas accroître ses dépenses pour satisfaire les électeurs.
Ces nouvelles tensions sur le marché obligataire interviennent avant le vote sur le projet de loi de finances prévu dans le courant de la journée. "Bien que n'étant pas déterminant pour le processus global, le vote d'aujourd'hui sur les recettes du projet de loi de finances (français) revêt une importance accrue en tant que signal à court terme", note Jamie Searle, stratégiste taux européens chez Citi. "Les investisseurs s'interrogent sur la capacité du pays à conjuguer apaisement social et redressement budgétaire", ajoute Antoine Fraysse-Soulier, responsable de l'analyse des marchés pour eToro.
"Les marchés obligataires disposent désormais d'un choix bien plus vaste quant à l'allocation de leurs capitaux ; si vous n'avez pas confiance dans le gouvernement, l'entreprise ou le secteur auquel vous prêtez de l'argent, vous exigez tout simplement une rémunération plus élevée", explique à 'Bloomberg' Karen Ward, stratégiste en chef pour la zone EMEA chez JP Morgan Asset Management. "Ce que nous observons en France, c'est le marché obligataire exerçant son pouvoir, fort de la possibilité d'orienter ses investissements ailleurs".
Pour le BlackRock Investment Institute, la récente vague de ventes massives d'obligations souveraines françaises rappelle qu'une concurrence accrue pour les capitaux expose les emprunteurs à une surveillance plus étroite, dans un monde où les rendements sont élevés. Si les marchés obligataires mondiaux sont sous pression, la France apparaît comme un maillon faible. "La vague de ventes sur les obligations françaises illustre la manière dont la concurrence pour les capitaux remodèle les marchés obligataires, dans un contexte de réajustement mondial des taux", écrivent les stratèges de BlackRock dans une note reprise par 'Bloomberg'. Il devient " de plus en plus important de comprendre ce qui pousse les rendements à la hausse et si les investisseurs sont correctement rémunérés pour les risques encourus".
Malgré les fortes secousses actuelles, les membres de la BCE semblent peu enclins à intervenir, préférant laisser les forces du marché pousser la France à engager les réformes structurelles nécessaires à l'assainissement de ses finances publiques. Plus tôt ce mardi, Olli Rehn, membre du Conseil des gouverneurs de la BCE, a déclaré que tous les pays de la zone euro, France incluse, doivent maîtriser leurs déficits publics afin de garantir la soutenabilité de leur dette.
Cette dynamique explique les tensions actuelles sur les marchés, a souligné Jens Nordvig, président et cofondateur de Vanda, lors d'une intervention sur 'Bloomberg TV'. La montée des partis politiques extrêmes en France et en Allemagne assombrit également les perspectives quant à la capacité du bloc à gérer de futures crises, a-t-il ajouté. "La volonté, au sein du reste de la zone euro, de soutenir réellement la France ou d'autres pays va considérablement diminuer", estime le spécialiste, qui prévoit un élargissement accru des écarts de rendement pour la France. "Cette cohésion, cette coopération politique indispensable au bon fonctionnement des mécanismes de sauvetage financier, est mise à rude épreuve".
Les informations et conseils rédigés par la rédaction de Boursier.com sont réalisés à partir des meilleures sources, même si la société Boursier.com ne peut en garantir l'exhaustivité ni la fiabilité. Ces contenus n'ont aucune valeur contractuelle et ne constituent en aucun cas une offre de vente ou une sollicitation d'achat de valeurs mobilières ou d'instruments financiers. La responsabilité de la société Boursier.com et/ou de ses dirigeants et salariés ne saurait être engagée en cas d'erreur, d'omission ou d'investissement inopportun.
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote