Taux : l'OAT flirte à nouveau avec les 5%, le spread au plus haut depuis 2011
La situation se tend clairement...
L'accalmie aura été de très courte durée. Le rendement de l'OAT à dix ans se tend à nouveau fortement en cette fin de semaine et flirte à nouveau avec les 5%, sur fond d'inquiétudes croissantes concernant les finances publiques françaises. Au plus haut depuis 2002, le coût de la dette nationale à 10 ans atteint 4,980% (+6,5 pb). Le taux de l'OAT de référence a commencé son ascension il y a de longues semaines avant d'accélérer ces derniers jours : il vient d'enregistrer sa pire performance trimestrielle depuis la création de la monnaie unique.
Le "spread", ou écart de rendement, entre les obligations allemandes et françaises à 10 ans continue également à se creuser. Il grimpe de 17,3 points de base à 158 pb, au plus haut depuis la crise de la dette de la zone euro en 2011, époque où les difficultés budgétaires de la Grèce avaient provoqué une panique des marchés, contraignant finalement la Banque centrale européenne à intervenir pour soutenir l'euro. Cet indicateur, très scruté par les marchés, permet de mesurer la prime exigée par les investisseurs pour détenir la dette française par rapport à celle de l'Allemagne.
Si le marché obligataire connaît des turbulences à l'échelle mondiale, aggravées par les anticipations d'une politique monétaire plus restrictive face à l'inflation, la dette souveraine française est particulièrement touchée par les inquiétudes quant à la capacité de Paris à réduire ses dépenses et à assainir les finances publiques. La présentation, jeudi, d'un budget prévoyant 43 milliards de nouvelles coupes budgétaires pour 2027 n'a pas vraiment rassuré les investisseurs. Loin de là.
Le projet repose sur des hypothèses économiques jugées trop optimistes par le Haut Conseil des finances publiques. Il est loin d'être certain qu'un compromis puisse être trouvé sur le projet de budget, ajoute Moody's, soulignant que quel que soit le vainqueur de l'élection présidentielle et le Premier ministre nommé en 2027, ils resteront confrontés aux mêmes difficultés pour entériner un effort de consolidation budgétaire pluriannuel.
"La perception du risque lié à la dette française se dégrade", a déclaré cette semaine Marie Jacot, directrice générale d'Edmond de Rothschild Asset Management France, sur 'Bloomberg TV'. "Le marché commence à sanctionner la France et son niveau d'endettement, ce qu'il n'avait pas nécessairement fait par le passé". Selon Anne-Laure Kiechel, DG de Global Sovereign Advisory, un écart de rendement entre la France et l'Allemagne proche de 175 ou 180 points de base pourrait marquer le seuil " à partir duquel la BCE pourrait commencer à agir".
Les problèmes intérieurs viennent s'ajouter aux tensions extérieures liées à la hausse des prix de l'énergie et aux anticipations de nouvelles hausses des taux directeurs des Banques centrales, alimentant un malaise croissant au sein de la population française. La question de la dette a grimpé en flèche dans la liste des préoccupations des Français, les marchés obligataires font la une de l'actualité et les responsables gouvernementaux avertissent que la charge de la dette du pays dépasse désormais les dépenses consacrées à la défense ou à l'éducation.
Malgré les doutes des marchés et de la population, le gouvernement veut y croire. "Réduire l'écart entre la France et ses principaux partenaires européens est une question de crédibilité, une question de confiance", a déclaré jeudi le ministre des Finances, Roland Lescure. "Nous en sommes capables". Selon Florence Barjou, directrice des investissements chez Crédit Agricole Assurances citée par 'Bloomberg', la faiblesse de la croissance et l'instabilité politique ne sont pas nouvelles, mais la situation a atteint un stade où le marché obligataire français est perçu comme celui du "pire pays de la zone euro".
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