Block invente le plan social généré par l'IA
(Zonebourse.com) - L'entreprise de Jack Dorsey va tailler dans ses effectifs parce que les outils IA vont remplacer des milliers d'emplois. Le dirigeant pense que ce mouvement est inexorable, ce qui alimente les scénarios les plus extrêmes qui circulent actuellement sur le marché. Mais jusqu'à présent, les licenciements imputés à l'IA sont restés relativement minoritaires.
Block, entreprise américaine spécialisée dans les paiements numériques, vient d'annoncer la suppression de 40% de ses effectifs, soit 4 000 postes. Son CEO, Jack Dorsey, justifie cette décision par la volonté de bâtir une entreprise "plus petite, plus rapide et plus intelligente". Il affirme que les nouveaux modèles d'IA lancés fin 2025 permettraient une productivité supérieure de 40% à celle des développeurs humains.
Block opère actuellement via deux entités, Square et CashApp. Une restructuration visant à les regrouper en une organisation unifiée est en cours. L'entreprise affiche des résultats en baisse pour l'année 2025. Le chiffre d'affaires est en légère hausse mais le résultat net a été divisé par deux et le bénéfice par action aussi. Pourtant, l'action flambait de près de 20% hors séance dans la nuit de jeudi à vendredi à la suite de l'annonce. Les investisseurs voient le verre à moitié plein : les coûts vont baisser, ce qui renforcera la rentabilité de l'entreprise.
Une IA réellement plus productive ?
Selon une étude du cabinet Oxford Economics, la croissance de la productivité dans les entreprises est faible et volatile depuis l'apparition des LLM. En mai 2025, le CEO de Klarna avait annoncé la suppression de 700 postes pour les remplacer par l'intelligence artificielle (Teleperformance en avait d'ailleurs fait les frais en bourse). Klarna, en revanche, avait été encensée. Mais la dégradation de la qualité du service client s'était rapidement faite sentir, ce qui avait poussé la fintech à faire machine arrière.
Si l'IA remplace réellement les postes pour améliorer le rendement, les chiffres récents ne montrent pas d'accélération notable. Comme pour chaque transition technologique, la mise en place des solutions ne suffit pas. Les sociétés mettent du temps à tester et intégrer les outils dans leurs modes de fonctionnement. Sur les 11 premiers mois de 2025, l'IA a été citée dans 55 000 suppressions de postes aux Etats-Unis, représentant uniquement 4,5% des pertes d'emploi. A titre de comparaison, entre 1,5 et 1,7 millions d'Américains perdent chaque mois leur emploi, toutes raisons confondues, souligne Oxford Economics.
Emploi en chute chez les jeunes diplômés
Récemment le taux d'emploi des jeunes diplômés a chuté. La raison communément admise est que la révolution IA remplace les postes de juniors qui effectuaient des tâches simples et automatisables. Toutefois, cette évolution pourrait relever davantage d'un phénomène conjoncturel que d'un changement structurel lié à l'intelligence artificielle.
A chaque période de transition, le taux de chômage a bondi pour se stabiliser par la suite. Depuis 1990, le taux d'emploi des jeunes diplômés a chuté à des niveaux parfois plus bas que ceux observés aujourd'hui. Sur le continent européen, la part des 25-29 ans diplômés de l'université a grimpé de 39% en 2019 à 43% en 2024. La difficulté pour les jeunes diplômés à trouver un premier emploi s'explique plus par la hausse de la concurrence sur un marché du travail déjà ralenti que par l'arrivée des LLMs.
L'IA comme argument séduisant
Mais les choses peuvent encore changer. Après tout, les solutions IA s'améliorent à un rythme inouï. Chez Block, Dorsey est persuadé que l'Histoire est en marche et que "d'ici un an, la majorité des entreprises arriveront à la même conclusion [que Block] et feront des changements structurels similaires."
Cela préfigure-t-il une apocalypse pour l'emploi, comme le prophétisait la dystopie publiée par Citrini Research en début de semaine ? Personne n'a encore de réponse claire à cette question. Les auteurs de Citrini reconnaissent eux-mêmes que le rapport qui a fait tant de bruit il y a quelques jours est "un scénario, pas une prédiction".
Reste un point clé : que l'IA soit une révolution réelle ou un alibi commode pour tailler dans les effectifs, les anticipations peuvent suffire à transformer l'économie. Certaines prophéties sont autoréalisatrices.
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source : AOF
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