L’Oréal se réveille à la veille d’un rendez-vous décisif
À quelques jours de la publication de son chiffre d’affaires du 3ème trimestre, prévue le 22 octobre après la clôture, l’Oréal a débordé un niveau de résistance majeure.
Depuis le 1er janvier, l'action gagne environ 12 %, et la capitalisation du leader mondial des cosmétiques avoisine 215 Md€.
Ce parcours tranche avec la fin d'année 2025, qui avait déçu. Le luxe et la Chine avaient alors pesé sur la croissance, et le statut de valeur défensive du groupe avait été remis en cause. Le semestre publié fin juillet a largement rassuré. L'Oréal a réalisé 23,77 Md€ de chiffre d'affaires, en hausse de 6,8 % à données comparables. La croissance du 2ème trimestre est restée solide, à 6,3 % en comparable ajusté. Le groupe a surtout dégagé une marge d'exploitation record de 21,3 %, en progression de 20 points de base. Il a pourtant augmenté ses dépenses publicitaires et promotionnelles, qui atteignent 32,6 % des ventes. Le bénéfice net par action hors éléments non récurrents s'élève à 7,40 euros, en hausse de 4,8 %.
Le détail par division montre une dynamique plus équilibrée qu'il y a un an. Les Produits professionnels (+11,6 %) et la Beauté dermatologique (+10,6 %) tirent l'ensemble. Le Luxe se redresse à +5,1 %, tandis que les Produits grand public progressent plus modérément (+4,3 %). Sur le plan géographique, la zone SAPMENA-SSA, qui regroupe l'Asie du Sud, le Moyen-Orient et l'Afrique, reste le moteur le plus puissant avec une croissance de 13,8 %. L'Amérique du Nord (+6,7 %) et l'Europe (+6,1 %) affichent une belle régularité. L'Asie du Nord progresse de 4,6 % et confirme une stabilisation sans franche reprise.
C'est précisément ce que le marché scrutera jeudi prochain. Les investisseurs voudront vérifier que la demande ne s'essouffle pas en Asie du Nord et que le Luxe poursuit son redressement. Ils regarderont aussi si la croissance comparable tient le rythme d'environ 6 % affiché au 1er semestre. Lors des résultats semestriels, le directeur général Nicolas Hieronimus s'est dit confiant pour la seconde partie de l'année. Il a réaffirmé l'objectif d'une nouvelle année de croissance des ventes et d'amélioration de la rentabilité en 2026. Les effets de change, très pénalisants au premier semestre (−2,8 %), devraient en outre nettement s'atténuer.
Le dossier n'est pas exempt de zones d'ombre. Début octobre, plusieurs médias, dont le Wall Street Journal repris par Reuters, ont indiqué que le groupe avait mandaté des conseils. Leur mission serait d'isoler les risques juridiques liés au talc et à d'autres produits chimiques aux États-Unis. Le sujet reste pour l'heure circonscrit, mais il pourrait alimenter la volatilité si de nouvelles procédures venaient à se matérialiser.
Fin septembre, L'Oréal a par ailleurs levé 2 Md€ sur le marché obligataire en 3 tranches. Cette opération témoigne de la confiance des créanciers dans sa signature. Son endettement net s'établissait à 12,7 Md€ fin juin.
Reste la question de la valorisation. Le titre se paie près de 28 fois les bénéfices attendus pour 2026, pour un rendement estimé d'environ 2 %. Cette prime est historique pour le groupe, mais elle laisse peu de marge à la déception. L'objectif de cours moyen des analystes, autour de 420 euros, ne laisse entrevoir qu'un potentiel limité d'environ 4 %. Dans ce contexte, la publication du 22 octobre fera office de juge de paix. Une confirmation de la trajectoire pourrait permettre au titre de confirmer la réactivation haussière de long terme. À l'inverse, le moindre trou d'air en Chine ou dans le Luxe exposerait une action déjà bien valorisée à des prises de bénéfices.
Graphiquement, après un long parcours baissier entamé en juin 2024, le titre a rebondi à partir de novembre 2024 sur son support majeur à 309. La hausse entamée depuis a permis à L'Oréal de se stabiliser dans un large trading range borné entre 342,30 et 398. Or, depuis sa dernière accélération baissière de mars 2026 et le rebond entamé une nouvelle fois sur ce support, le géant des cosmétiques s'est stabilisé au-delà de la médiane du large range situé à 372,80. Cette accumulation en partie haute de la plage de congestion, signe d'intérêt des opérateurs, a débouché sur une accélération haussière au cours du mois d'octobre et permis de déborder la résistance majeure à 398. Le mouvement est puissant, mais compte tenu de la publication de jeudi, la préservation de ce support à 398 et donc la réactivation de la tendance haussière de long terme devra être confirmée.
Si c'est le cas, la cible du mouvement permettrait de dupliquer le trading range précédent pour cibler 453,70, soit un nouveau sommet historique pour le titre.
En cas de clôture mensuelle sous 398, le signal serait invalidé.
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