Quand les rumeurs fiscales risquent de faire prendre de mauvaises décisions
(Zonebourse.com) - Les assureurs britanniques s'inquiètent des réactions possibles des épargnants face aux rumeurs de réformes. Une bonne occasion de rappeler qu'il n'est jamais bon d'agir dans la précipitation.
L'incertitude fiscale est l'ennemie de l'investisseur. Ainsi pourrait être résumé l'avis de nombreux professionnels du patrimoine. Elle peut inciter à un certain immobilisme et même dans certains cas faire prendre de mauvaises décisions.
C'est ce que viennent de rappeler des assureurs britanniques. Amanda Blanc, directrice générale d'Aviva, et Jason Windsor, directeur général d'Aberdeen, ont en effet exhorté le nouveau gouvernement à éviter la pratique courante consistant à " faire fuiter " des rumeurs pour tester l'opinion.
Le secteur craint des réactions d'anticipation excessives à l'image de ce qui a pu arriver par le passé. " Ce que nous voulons éviter, c'est que les clients prennent des décisions qu'ils regretteront à long terme si les politiques ne sont pas modifiées ", a notamment expliqué Amanda Blanc dans l'attente du prochain budget.
Par deux fois, lors de précédents budgets, des rumeurs ont en effet évoqué une réduction des exonérations fiscales sur les retraits au sein des fonds de pension (il est possible de retirer 25% des fonds dès 55 ans dans la limite de 268 275 £). La règle n'a finalement pas changé mais les retraits effectués par précaution ont toutefois été nombreux.
De simples rumeurs ont donc suffi à infléchir la stratégie des épargnants (pas toujours dans leur intérêt) et les professionnels britanniques de l'assurance voudraient éviter que cette année les mêmes causes produisent les mêmes effets.
En France aussi
Il n'y a bien entendu pas qu'outre-Manche que ces liens entre rumeurs fiscales et stratégies d'investissement existent.
En France, la moindre annonce d'un probable durcissement fiscal ou réglementaire concernant l'immobilier suffit généralement à geler le marché, notamment locatif, pour une durée plus ou moins longue.
La paralysie suscitée peut toutefois être vue comme un moindre mal car il peut aussi arriver que la crainte fiscale précipite des décisions pas toujours judicieuses au plan stratégique.
Le cas du PFU
Le prélèvement forfaitaire unique est un bon exemple. Ces dernières années, les rumeurs d'alourdissement de cette ponction forfaitaire ont été récurrentes, incitant des dirigeants à anticiper et à accroître leurs versements de dividendes ou leurs cessions d'actions... alors même que le cadre est resté stable jusqu'en 2025. Certes, les mouvements induits n'ont en rien alourdi leur facture fiscale mais les rumeurs ont pu provoquer des décisions qui n'avaient pas de justification stratégique ou économique par ailleurs.
Bien entendu, certaines rumeurs finissent par se concrétiser et dans le cas du PFU le taux est finalement passé de 30% à 31,4% début 2026. On pourrait alors être tenté de penser que ceux qui ont vendu des actions dès les premières rumeurs en 2025 ont été clairvoyants et ont économisé un peu de fiscalité sur leur plus-value.
Il n'en est malheureusement rien car pour des questions de date de liquidation de l'impôt (et de fait générateur), les plus-values mobilières constatées en 2025 ont elle aussi été visées par l'alourdissement fiscal voté début 2026. L'anticipation s'est donc révélée ici inutile.
En résumé
Tout investissement nécessite de savoir anticiper. Toutefois, agir sur une simple rumeur fiscale ne garantit en rien une économie d'impôt à la sortie et peut même induire des décisions contre-productives sur le plan stratégique. La rumeur étant inévitable (et étant parfois même provoquée à titre de test), il est essentiel de ne jamais agir dans la précipitation et recommandé a minima de prendre conseil auprès d'experts.
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source : AOF
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