Oddo BHF : "La Fed de Warsh a montré son indépendance vis-à-vis de la Maison-Blanche"
(Zonebourse.com) - "Depuis qu'il préside la Fed, Kevin Warsh a banni toute forme de forward guidance, même la plus minimaliste, car selon lui ce n'est pas à la Fed de dire (ou simplement suggérer) au marché ce qu'il doit penser. Au lieu de quoi, on a l'impression que c'est le marché qui a dicté hier à la Fed ce qu'elle devait faire", a réagi ce jeudi Bruno Cavalier, chef économiste chez Oddo BHF.
L'analyste poursuit : "le FOMC était unanime pour relever les taux directeurs de 25 points de base, une première depuis 2023. Il est très probable qu'une seconde hausse suivra à la fin 2026, après quoi le FOMC penche pour en rester là en 2027. Le marché attend encore au moins trois hausses. La Fed de Warsh a montré son indépendance vis-à-vis de la Maison-Blanche, mais sa crédibilité anti-inflationniste reste encore sujette à caution."
Un consensus inattendu face à l'inflation
La décision du FOMC de monter les taux de 25 points de base était devenue inévitable après la parution du CPI (indice des prix à la consommation) la semaine passée. Le seul élément de surprise réside dans l'unanimité du vote.
Il n'y a pas si longtemps, certains membres du FOMC prônaient encore la patience (Williams, Waller) et d'autres auraient pu s'abstenir pour ne pas déplaire à Donald Trump (Bowman). Une décision a plus de poids si elle est unanime, surtout quand la politique change de direction. La Fed avait baissé ses taux directeurs de 75 points de base en 2024, puis d'autant en 2025. Avec le recul, ces deux dernières baisses de taux n'étaient sans doute pas nécessaires, rendant la politique trop accommodante. La hausse d'hier corrige une partie de cet assouplissement, selon Warsh, ce qui sous-entend que le travail n'est pas fini.
IA, énergie et projections : les justifications du durcissement
"Pour motiver la décision, le président de la Fed a souligné comme à Jackson Hole que l'économie s'était renforcée sous l'effet de l'IA et que l'inflation tendancielle était redressée. Il a ajouté un troisième motif, à savoir l'aggravation du risque géopolitique au cours de l'été et ses effets sur les prix de l'énergie. Kevin Warsh s'est à nouveau refusé au jeu des projections économiques mais ses 18 autres collègues indiquent sans ambiguïté de quel côté ils penchent", souligne Bruno Cavalier.
D'ici la fin 2026, douze membres pensent qu'il faudra durcir une autre fois la politique monétaire et quatre optent pour deux hausses. En 2027, seule une minorité envisage un début d'assouplissement, tandis que les autres préfèrent ne rien changer en attendant que l'inflation se rapproche de sa cible (3,7% en 2026, 2,3% en 2027, 2,1% en 2028)",
Vers une révision durable du taux neutre
"A l'horizon de long terme, qui représente une situation normative, le taux directeur a été encore revu à la hausse. Au total, en trois ans, la Fed a revu son estimation médiane du taux neutre de 75 points de base. L'avenir dira s'il faut y voir l'anticipation d'une économie plus productive ou structurellement plus inflationniste", conclut l'économiste.
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source : AOF
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