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Trump, la guerre "au feeling"

| AFP | 124 | 5 par 1 internautes
Le président américain Donald Trump (G) et le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio Marco Rubio, le 6 mars 2026 à Washington
Le président américain Donald Trump (G) et le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio Marco Rubio, le 6 mars 2026 à Washington ( Brendan SMIALOWSKI / AFP )

Donald Trump a lancé l'Amérique dans son plus important conflit depuis des décennies sur une "impression". Ce ne sont pas ses opposants politiques qui le disent, mais la Maison Blanche elle-même.

Tout au long de la première semaine de guerre en Iran, le président américain a privilégié l'impulsion à l'argumentation, l'émotion au raisonnement.

Les comptes officiels du gouvernement publient sur les réseaux des clips présentant l'opération militaire comme un jeu vidéo, avec des commentaires lapidaires que l'on imagine aisément scandés par une voix off sur la bande-annonce d'un film à gros budget.

"J'espère que vous êtes impressionnés", a demandé Donald Trump jeudi à un journaliste de la chaîne ABC. "Est-ce que vous aimez la performance?", a demandé l'ancien animateur de téléréalité - le mot "performance", en anglais, peut aussi signifier "spectacle".

"Cela pourrait être la première guerre jamais déclenchée sur des +vibes+", sur une vague impression hautement subjective, s'est moqué l'animateur de télévision et humoriste Jimmy Fallon.

La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a été bombardée mercredi de questions sur la raison de cette intervention militaire, dont Donald Trump a supervisé le déclenchement depuis sa résidence de Mar-a-Lago en Floride.

Présidence impériale

Elle a répondu que le président, qui pendant sa campagne avait promis de ne pas engager l'Amérique dans de nouvelles guerres, avait agi parce qu'il avait "l'impression ("the feeling", en anglais) que l'Iran allait frapper des positions américaines".

Que le milliardaire de 79 ans ait eu "les mains libres" pour frapper l'Iran "n'a rien de nouveau, puisque la +présidence impériale+ est une constante" aux Etats-Unis depuis des décennies, souligne Richard Haass, qui a occupé des postes importants pendant les deux administrations Bush.

"Ce qui est différent, c'est qu'il a conçu et exécuté ce projet sans suivre une procédure de sécurité nationale digne de ce nom", poursuit l'ancien conseiller dans une newsletter publiée vendredi.

Le Conseil de sécurité nationale, un organe qui aide le président à formuler sa stratégie diplomatique et militaire, a été fortement réduit depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.

Marco Rubio cumule les fonctions de chef de la diplomatie et de conseiller à la sécurité nationale - ce qui était jusqu'ici un rôle distinct et extrêmement stratégique à la Maison Blanche.

"Arrogance" et "amateurisme"

Sean Aday, professeur de relations publiques à l'université George Washington, déclare n'avoir "jamais vu de communication plus mauvaise d'un gouvernement américain en temps de guerre", en parlant d'une "combinaison d'incohérence, d'immoralité, d'arrogance, d'amateurisme".

"L'administration de George W. Bush a peut être inventé des choses pour justifier sa guerre malheureuse et tragique en Irak, mais ils ont passé presque un an et demi à essayer de persuader l'opinion publique qu'elle était nécessaire", rappelle l'expert à l'AFP.

Rien de tel de la part de Donald Trump, qui a été vague autant sur la raison de l'entrée en guerre que sur les objectifs poursuivis.

Le vocabulaire lui-même est incertain. Le président parle de "guerre", mais le patron de la Chambre des représentants, le conservateur Mike Johnson, a affirmé vendredi: "Nous ne sommes pas en guerre. Nous n'avons pas l'intention d'être en guerre."

Plutôt que d'organiser une conférence de presse, Donald Trump multiplie les courts entretiens téléphoniques avec des journalistes, produisant une mosaïque de commentaires parfois contradictoires.

"Midterms"

Là où des ministres martèlent que Washington n'est pas en quête d'un "changement de régime", le président américain répète qu'il s'impliquera dans le choix du prochain guide suprême iranien et désormais que les Etats-Unis participeront à la reconstruction du pays.

Il balaie aussi jusqu'ici d'un revers de main les inquiétudes sur les conséquences économiques du conflit, qui a déjà fait grimper fortement le coût de l'essence, un indicateur d'une grande importance politique aux Etats-Unis.

A quelques mois des législatives de novembre, qui pourraient coûter au parti républicain et donc à Donald Trump le contrôle du Congrès, les sondages montrent que la guerre est plutôt impopulaire.

Une enquête d'opinion publiée mercredi par la chaîne NBC révèle que 52% des électeurs sont opposés à l'intervention militaire en Iran.

Le déclenchement de la guerre en Afghanistan en 2001 avait au contraire rencontré une forte adhésion et l'opinion publique avait au départ soutenu l'offensive déclenchée en Irak en 2003.

Dans les deux cas, les opinions négatives avaient progressivement pris le dessus au fur et à mesure que le conflit durait.

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