Thélyson Orélien dément avoir utilisé l'IA mais reconnaît des plagiats
L'écrivain canado-haïtien Thélyson Orélien est sorti de son silence mardi en affirmant qu'"aucune phrase" de son roman n'avait "été créée" par l'IA, comme il en est accusé depuis trois semaines, tout en présentant ses "excuses" pour des plagiats dont il reconnaît la responsabilité.
Dans un texte transmis à l'AFP, intitulé "Ce roman que j'ai écrit", l'auteur de 38 ans réagit pour la première fois en détail aux accusations lancées le 21 septembre par le compte sur X "Balance ton Claude", de recours massif à l'intelligence artificielle générative pour écrire "C'était ça ou mourir" (Grasset), l'un des best-sellers de la rentrée littéraire en France.
"On dit que +C’était ça ou mourir+ a été rédigé par une intelligence artificielle. C'est une calomnie et une hérésie. J’ai eu recours çà et là à des outils pour des recherches, s’agissant notamment des idiomes étrangers. Mais aucune phrase de ce livre n’a été créée par une machine", écrit Thélyson Orélien.
"Ce roman, je l’ai écrit moi-même. Il vient de mes blessures et de celles des autres migrants. Cette blessure de l’exil dont on ne guérit pas. Ce roman en est le fruit, c’est le fruit de mon travail, c'est ma création", ajoute-t-il.
L'auteur indique avoir commencé à l'écrire "à l'automne 2017, sur un coin de table" au Québec, où il vit depuis 2010 après avoir quitté Haïti. "J’ai terminé un premier jet de ce texte en 2019", précise-t-il, sans apporter d'éléments pouvant le prouver.
Dans son texte, Thélyson Orélien reconnaît par ailleurs avoir "commis des erreurs inacceptables" en plagiant des textes d'auteurs reconnus après son arrivée au Canada.
"J’avais un peu plus de 20 ans, j’étais sans doute un peu trop pressé, sans vraiment mesurer ce que j’avais encore à apprendre. Je voulais écrire, je lisais beaucoup (...) Mais admirer n’autorise pas à prendre, à m'attribuer des textes qui ne sont pas les miens", explique-t-il. "Je le regrette profondément et présente mes excuses sans réserve".
L'éditeur canadien Les éditions du Boréal avaient annoncé le 25 septembre la suspension de la tournée promotionnelle du roman après des révélations du quotidien La Presse indiquant qu'une des chroniques de Thélyson Orélien publiée en 2013 était dans sa "quasi-totalité" une "traduction légèrement remaniée" d'un article diffusé quelques jours plus tôt par le journal philippin The Philippine Star.
L'auteur a ensuite dû interrompre sa tournée promotionnelle en France le 27 septembre, regagnant le Québec où il est depuis resté silencieux.
"lynchage"
Cette affaire a provoqué une onde de choc dans le monde de l'édition, provoquant un débat sur la place de l'IA dans la création. Plusieurs initiatives visant à certifier les livres comme étant écrits par des humains ont été annoncées le week-end dernier à la plus grande foire du livre au monde, à Francfort.
"C'était ça ou mourir" a été écarté de la sélection du prix Goncourt, une décision "dictée par la volonté de préserver l'intégrité du prix Goncourt et celle de l'Académie, dont le rôle central consiste à promouvoir et couronner la littérature écrite par des femmes et des hommes". Le prix Renaudot l'a en revanche conservé parmi les neuf romans de sa deuxième sélection.
L'essayiste Samuel Fitoussi, co-créateur du compte "Balance ton Claude", a expliqué avoir porté ses accusations contre le romancier parce qu'il "redoute qu'après plusieurs millénaires de civilisation fondée sur l'écrit, l'IA provoque la disparition de la lecture et de l'écriture".
Il a indiqué avoir utilisé pour l'analyse d'extraits du roman le logiciel américain de détection Pangram, considéré comme l'un des plus fiables.
"La critique est toujours légitime, mais les menaces, le lynchage médiatique et le harcèlement raciste que je subis depuis des semaines sont insoutenables", écrit Thélyson Orélien dans son texte.
Malgré l'affaire, les ventes de son roman ont continué à progresser, dépassant les 65.000 exemplaires.
■
Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote
- 0 vote