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Royaume-Uni: les travaillistes de Keir Starmer menacés de perdre leur bastion gallois

| AFP | 254 | Aucun vote sur cette news
Des militants du parti Reform à Merthyr Tydfil, au Pays de Galles, le 24 avril 2026, pendant la campagne électorale
Des militants du parti Reform à Merthyr Tydfil, au Pays de Galles, le 24 avril 2026, pendant la campagne électorale ( Darren Staples / AFP )

Les électeurs du Pays de Galles devraient mettre fin jeudi à plus d'un siècle de domination du parti travailliste (Labour), concurrencé par des formations extrêmes qui attisent le mécontentement face à la vie chère et au supposé déclin du Royaume-Uni.

Dans cet ancien bastion industriel de trois millions d’habitants, une défaite travailliste constituerait un cinglant camouflet pour le Premier ministre britannique Keir Starmer, au pouvoir depuis juillet 2024. Et alimenterait inévitablement les appels à sa démission.

"Je suis très triste de ne pas voter travailliste cette fois-ci", confie Ross Mumford, chauffeur-livreur de 59 ans, qui avait jusqu'ici toujours soutenu le parti de centre-gauche, comme son père et son grand-père.

"Ça faisait partie de la famille, mais cette année, c'est fini", dit-il à l’AFP devant le parlement gallois, le Senedd, situé en bordure de la baie de Cardiff.

Avec ses racines ouvrières et son esprit de corps, l'histoire du Pays de Galles est intimement liée à celle du Parti travailliste, fondé en 1900.

Des militants du Labour dans la banlieue de Llanrumney, près de Cardiff, au Pays de Galles, le 23 avril 2026
Des militants du Labour dans la banlieue de Llanrumney, près de Cardiff, au Pays de Galles, le 23 avril 2026 ( Darren Staples / AFP )

Le premier dirigeant du parti fut le syndicaliste Keir Hardie, député d'une circonscription industrielle proche de Cardiff. Et le Gallois Aneurin Bevan fut l'architecte en 1948 du National Health Service, l'incontournable service national de santé.

Depuis la loi sur la décentralisation du Royaume-Uni de 1999, qui dota le Pays de Galles et l'Ecosse de leur propre parlement, les travaillistes dirigent le gouvernement gallois, dont les compétences incluent la santé, l'éducation et les transports.

Rejet de l'électorat populaire

Les récents sondages sur les élections du 7 mai pronostiquent un Labour largement distancé tant par les indépendantistes de gauche de Plaid Cymru (le Parti du Pays de Galles, en langue galloise) que par le parti de droite anti-immigration Reform UK. La montée de ces deux partis, actuellement au coude-à-coude, reflète le rejet des partis traditionnels à l'oeuvre au Royaume-Uni comme dans d'autres pays européens.

Un passant à Merthyr Tyfdil, au Pays de Galles, le 24 avril 2026
Un passant à Merthyr Tyfdil, au Pays de Galles, le 24 avril 2026 ( Darren Staples / AFP )

Parmi les raisons de ce rejet avancées par Ross Mumford : Keir Starmer a "menti effrontément" sur l'affaire Peter Mandelson, personnalité historique du Labour qui fut brièvement ambassadeur à Washington malgré son amitié avec le pédocriminel américain Jeffrey Epstein.

M. Mumford s'apprête à voter jeudi pour Reform: "Donnons-leur une chance, qu'avons-nous à perdre?" lance-t-il, refrain récurrent chez les déçus des travaillistes.

Hope Porter, 35 ans, autre ex-soutien travailliste, pense elle voter jeudi pour les Verts, dont le leader Zack Polanski prône un virage à gauche et dénonce la politique d'Israël à Gaza.

Les travaillistes sont désormais "des conservateurs habillés en rouge. Ils ne sont plus du côté des classes populaires", juge cette artiste rencontrée devant le Senedd.

Assise près d’une statue d'un ancien député travailliste, Sue Jenkins, 83 ans, est l'une des rares personnes rencontrées par l'AFP à rester fidèle au Labour.

Starmer "pourrait mieux faire", mais il a su tenir tête au président américain Donald Trump en refusant de soutenir sa guerre contre l'Iran, dit-elle. "Si les travaillistes ne gagnent pas, je serai très contrariée", dit-elle.

De quoi redonner espoir au candidat travailliste Huw Thomas, qui souligne que "rien n'est joué". Aucun parti ne semblant capable d'obtenir seul une majorité, des scénarios de coalition sont possibles.

Des affiches du Plaid Cymru et du Labour Party à Cardiff, au pays de Galles, le 23 avril 2026
Des affiches du Plaid Cymru et du Labour Party à Cardiff, au pays de Galles, le 23 avril 2026 ( Darren Staples / AFP )

"L’idée selon laquelle c’en serait fini du Parti travailliste au pays de Galles, je ne crois pas que ce soit acquis", dit-il.

- Espoirs de victoire indépendantiste

À Merthyr Tydfil, la ville dont Keir Hardie fut député, une demi-douzaine de bénévoles de Reform UK tractent sur la place principale aux sons des coups de klaxon encourageants de nombreux automobilistes - même si une passante leur lance aussi un "Racistes!" inattendu.

Robert Clarke, l'un des bénévoles, dit aimer les promesses de Nigel Farage de revenir sur les objectifs de neutralité carbone - il n’est "pas (un, ndlr) grand fan" des éoliennes apparues sur les collines verdoyantes du pays de Galles - et de réduire l'immigration irrégulière.

"Si nous ne changeons pas la direction que prend (le Royaume-Uni, ndlr), je crains que mes petits-enfants n’aient plus de pays", dit-il.

Dans cette ville autrefois connue pour ses mines de charbon et ses forges, les gens "perdent espoir" face au chômage et à la pauvreté, résume le candidat de Reform, David Hughes.

Le Parlement gallois, à Cardiff, le 24 avril 2026
Le Parlement gallois, à Cardiff, le 24 avril 2026 ( Darren Staples / AFP )

A l'opposé de l'échiquier politique, les indépendantistes de Plaid Cymru croient eux aussi à la victoire.

"Nous récupérons clairement des électeurs désabusés", explique leur candidate Heledd Fychan, pour qui beaucoup de gens se sentent "trahis" par la décision du gouvernement en 2024 de supprimer les aides au chauffage pour les retraités.

Si une déroute travailliste se confirme jeudi, les médias britanniques prédisent que les détracteurs de Starmer au sein du Labour entameront les manoeuvres pour le remplacer à la tête du gouvernement.

"Une défaite poserait d’énormes problèmes au parti", résume plus prudemment Laura McAllister, politologue à l’université de Cardiff.

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