Entretien avec Nicolas Domont, Gérant Associé chez Optigestion
Nous sommes dans un marché où le stock picking est essentiel
Boursier.com : Que pensez-vous des publications du troisième trimestre ?
N.D. : Les publications sont globalement de bonne facture, mais le marché regarde au-delà du trimestre. Avec une macroéconomie qui se dégrade, la vraie question est la capacité des entreprises à maintenir leur croissance dans les trimestres à venir. Les taux longs restent élevés et les banques centrales maintiennent des taux directeurs élevés, ce qui pèse sur la consommation. Dans ce contexte, être international fait la différence. Air Liquide affiche une croissance de 10 % et lance des rachats d'actions. Airbus maintient ses objectifs malgré un trimestre mitigé. STMicroelectronics prévoit un quatrième trimestre supérieur aux attentes, porté par les centres de données. À l'inverse, le luxe peine à retrouver le chemin de la croissance : la maroquinerie de LVMH recule de 5 % sous l'effet de la Chine, et la visibilité reste réduite. Le marché sanctionne aussi sans hésiter toute prudence sur 2027. Nous privilégions donc les valeurs françaises à dimension internationale, qui réalisent l'essentiel de leur chiffre d'affaires hors de France et restent les mieux armées pour traverser un environnement de taux élevés.
Boursier.com : Quels sont vos secteurs de prédilections aujourd'hui ?
N.D. : Nous sommes dans un marché où le stock picking est essentiel : il faut acheter les leaders de chaque secteur et sous-secteur. Nous restons fidèles à notre biais croissance, avec une croissance de qualité et visible. Notre premier axe est l'infrastructure de l'intelligence artificielle : semi-conducteurs comme ASML, câbles et électrification avec Prysmian ou Schneider Electric. La rotation récente a été brutale et offre selon nous un point d'entrée. Nous apprécions aussi la défense européenne, portée par des budgets en hausse durable, et l'aéronautique, soutenue par la pénurie d'avions. L'énergie mérite actuellement sa place, avec un Brent au-dessus de 110 dollars et des trimestres records chez Shell ou TotalEnergies. À l'inverse, nous restons prudents sur les sociétés très endettées, car dans les conditions de taux actuelles, la solidité du bilan redevient un critère central.
Boursier.com : Les banques pour des raisons liées aux endettements publics et les Télécoms en raison du positionnement de SpaceX ont souffert récemment. Faut-il revenir sur ces dossiers ?
N.D. : Sur les banques, la tension sur la dette française est réelle, avec une OAT 10 ans qui a brièvement dépassé 5 %. Mais les résultats sont solides : BNP Paribas dépasse le consensus et annonce 1,3 milliard d'euros de rachats d'actions. Nous regardons le secteur de façon sélective, en privilégiant les profils diversifiés, avec un rendez-vous clé : le vote du budget. Sur les télécoms, nous prenons la menace SpaceX au sérieux. Avec ses propres fréquences et un service mobile annoncé pour fin 2027, Starlink devient un concurrent direct et non plus un partenaire.
Boursier.com : Voyez-vous le bout du tunnel pour les constructeurs automobiles et équipementiers français ?
N.D. : La concurrence est trop forte, notamment chinoise, et les coûts de production en Europe ne sont pas tenables face à ceux de la Chine. Le pétrole au-dessus de 110 dollars et les taux élevés pèsent en plus sur la demande. Les résultats de BYD, avec des stocks en forte hausse, montrent que la pression sur les prix va durer. Il y a bien quelques lueurs individuelles, comme Renault qui maintient ses objectifs quand d'autres les abaissent, mais elles ne suffisent pas à changer notre lecture d'un secteur structurellement sous pression, constructeurs comme équipementiers.
Boursier.com : Les données accessibles dans le prospectus concernant la prochaine IPO d'Anthropic en termes d'utilisateurs, de chiffre d'affaires ou d'investissements sont-elles de nature à rassurer sur les valorisations des valeurs de l'IA ?
N.D. : Le prospectus rassure sur la demande, moins sur les valorisations. Le chiffre d'affaires atteint 16,3 milliards de dollars au premier semestre, bien au-delà des 4,6 milliards réalisés sur tout 2025, et Anthropic génère désormais environ deux dollars de revenus pour chaque dollar dépensé en calcul. C'est la preuve que les investissements massifs dans l'IA trouvent des clients payants, ce qui conforte toute la chaîne des fournisseurs d'infrastructure. Mais la perte nette du semestre dépasse 80 milliards de dollars et les engagements de calcul se chiffrent en centaines de milliards. Le marché fait désormais le tri, comme on l'a vu avec Alphabet et Microsoft : il récompense ceux qui encaissent et sanctionne ceux qui brûlent leur trésorerie. Pour nous, les gagnants restent les fournisseurs d'infrastructure, plus que les valorisations des développeurs de modèles.
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