Le gouvernement appelle TotalEnergies à redistribuer ses éventuels "profits exceptionnels"
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a appelé TotalEnergies à "redistribuer d'une manière ou d'une autre" ses éventuels profits "exceptionnels" liés à la guerre au Moyen-Orient, ce à quoi la multinationale répond qu'elle contribue déjà grâce à son plafonnement des prix des carburants, qu'elle compte poursuivre.
TotalEnergies a annoncé mercredi de juteux bénéfices de 5,8 milliards de dollars au premier trimestre (4,96 milliards d'euros), une hausse de 51% sur un an.
Ces profits qui rappellent ceux de début 2022, dans la foulée de l'invasion de l'Ukraine par la Russie ont obligé le gouvernement à clarifier sa position sur le sujet, alors qu'est relancé le débat sur la taxation des superprofits pétroliers.
"S'il y a des résultats exceptionnels, ça pose la question d'une redistribution", a déclaré le Premier ministre Sébastien Lecornu au Sénat. "Il faut bien que TotalEnergies se positionne d'une manière ou d'une autre sur une manière de redistribuer (...)", a ajouté le chef du gouvernement.
Ce a quoi le groupe a répondu qu'il contribuait déjà en faveur du pouvoir d'achat. "C'est comme cela que nous redistribuons nos profits", a indiqué le groupe dans une déclaration à l'AFP, en soulignant avoir mis en place "sans attendre qu'on nous le demande une politique de plafonnement des carburants dont les Français bénéficient" depuis février 2023. "Nous comptons poursuivre ce plafonnement", a ajouté l'entreprise, sans préciser jusqu'à quand elle le prolongeait au-delà du 30 avril.
Dividendes en hausse
Début avril, le Premier ministre disait ne pas avoir "d'objection de principe", à l'idée d'une taxation des superprofits pétroliers, en référence à l'initiative prise par cinq pays européens (Espagne, Autriche, Allemagne, Italie et Portugal).
"On ne s'interdit rien", a affirmé mercredi la porte-parole du gouvernement Maud Bregeon, tout en appelant à ne pas "tomber dans le +Total Bashing+".
Forte de ces performances, la quatrième compagnie pétrolière occidentale en terme de chiffre d'affaires a gratifié ses actionnaires d'un dividende en hausse de 5,9% par rapport aux autres trimestres.
C'est la "plus forte croissance de dividende parmi les majors pétrolières", s'est félicité le groupe, déclenchant des réactions ulcérées de la gauche et des associations.
"Tout pour les actionnaires", a fustigé François Ruffin (Debout!), ex-Insoumis, tandis que Greenpeace France a évoqué une "logique cynique" au moment où "les ménages paient le prix fort à la pompe". Les socialistes ont eux annoncé leur intention de déposer une proposition de loi dès mercredi afin de taxer "les superprofits des profiteurs de crise".
Mercredi matin, une trentaine de militants de plusieurs ONG dont 350.org et Extinction Rébellion ont déployé une banderole clamant "TotalEnergies profite, on paie la facture", près d'une station-service de la compagnie dans le nord-est parisien, selon leur communiqué.
La veille, c'est la compagnie britannique BP qui avait annoncé un bénéfice net trimestriel en forte hausse.
Perte largement compensée
Malgré la guerre qui a mis à l'arrêt une partie de ses sites dans le Golfe, le groupe est parvenu à stabiliser sa production d'hydrocarbures grâce à la croissance de ses nouveaux projets au Brésil et en Libye.
Si bien que "le prix du pétrole plus élevé observé depuis le début de la crise compense largement la perte de production au Moyen-Orient", a indiqué Patrick Pouyanné, en s'adressant aux analystes.
La guerre au Moyen-Orient a entraîné en réaction le blocage par Téhéran du détroit d'Ormuz, corridor stratégique où transitent habituellement environ 20% du pétrole et du gaz mondiaux, ce qui a provoqué une chute brutale de l'approvisionnement et une flambée des prix.
Dans ce contexte, le groupe a récolté les fruits de sa politique de diversification, profitant d'une hausse de 12% de sa production de gaz naturel liquéfié (GNL), surtout en Australie et en Malaisie.
Ses unités de raffinage ont aussi tourné à plein régime, "capturant ainsi les marges exceptionnelles au mois de mars", quand les cours des produits raffinés s'envolaient.
Au-delà de leur forte hausse, les cours du gaz et du pétrole ont en outre été très volatils, le pétrole tutoyant même les 120 dollars le baril courant mars, ce qu'ont su exploiter les "traders" de TotalEnergies dans le négoce (achat-vente) d'hydrocarbures.
Début avril, le Financial Times avait révélé que TotalEnergies avait généré plus d'un milliard de dollars de gains en achetant au Moyen-Orient la quasi-totalité des cargaisons de pétrole encore exportables, car non tributaires du détroit d'Ormuz.
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