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Un barrage face aux algorithmes: le succès des applications de "déconnexion"

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De nombreuses applications de limitation du temps d’écran attirent des utilisateurs, qui tentent de s'éloigner des réseaux sociaux et de leurs algorithmes
De nombreuses applications de limitation du temps d’écran attirent des utilisateurs, qui tentent de s'éloigner des réseaux sociaux et de leurs algorithmes ( SEBASTIEN BOZON / AFP/Archives )

Chronométrer, bloquer, patienter: avec la promesse d'un usage plus modéré du smartphone, de nombreuses applications de limitation du temps d’écran attirent des utilisateurs, qui tentent de s'éloigner des réseaux sociaux et de leurs algorithmes.

A portée de main, le smartphone d’Hélène et toutes ses applications sont devenus encombrants pour la Rouennaise de 23 ans (qui n'a pas souhaité donner son nom de famille).

"Parfois, sans même que je me rende compte de ce que je faisais, j'ouvrais Instagram. Sauf que c'était un piège un peu sans fin, puisque une fois que je l'avais ouvert, (…) ça pouvait durer une heure", se souvient-elle auprès de l’AFP.

"Pour le bien de ma scolarité, il a fallu que j'essaie de mettre un terme à tout ça", poursuit l'étudiante en droit, qui s'est tournée vers des applications de limitation du temps d'écran.

Connectés aux autres applications du téléphone, comme les jeux ou les réseaux sociaux, ces outils permettent aux utilisateurs des pauses numériques, ou une discipline régulière.

Après avoir émergé, pour la plupart d’entre eux, il y a quelques années, ils se sont démultipliés dans les magasins d'applications.

"Il y a un peu une prise de conscience collective qui est en train de s'opérer", souligne auprès de l'AFP Laureline Couturier, cofondatrice de l'application Jomo.

Lancée en 2022, celle-ci propose de restreindre l'usage d'autres applications et des sites, en bloquant l'accès à certains horaires, en exigeant d'attendre avant l'ouverture, ou encore en imposant une limite de temps sur la journée.

Autofinancée par ses deux fondateurs, elle revendique désormais 300.000 téléchargements dans 149 pays, et est devenue rentable.

"Chaque application amène un peu sa solution, détaille Laureline Couturier. Certaines vont copier, d'autres vont faire des variantes, etc. Mais de manière assez générale, chacun arrive avec un concept qui est très différent."

A Hong Kong, Jenny Wat, assistante chercheuse de 25 ans, programme ses "déconnexions" des autres applications avec Focus Flight, qui simule un trajet en avion, en affichant à l'écran le parcours du vol ou la vue du hublot.

Le tout accompagné d'un bruit de fond aérien.

"Ça aide vraiment à créer une atmosphère pour travailler", salue-t-elle. "Je télétravaille depuis peu et je trouve qu'à la maison il y a beaucoup de distractions, donc je voulais une application pour m'aider à me concentrer au lieu de scroller", explique-t-elle.

- "Utilisation intentionnelle" –

Retrouver la concentration, c’est aussi la promesse d'Opal, autre tête d'affiche du secteur qui revendique 10 millions d'utilisateurs.

D'après son fondateur, Kenneth Schlenker, l’application vient combler les manquements des possibilités de limitations de temps déjà intégrées aux applications ou aux smartphones.

Pour les grandes entreprises de la tech, "l'objectif principal c'est d'exploiter les vulnérabilités psychologiques des utilisateurs", estime M. Schlenker auprès de l'AFP. "Google et Apple n'ont pas intérêt fondamentalement à faire en sorte que les gens passent moins de temps à interagir avec leurs appareils", relève-t-il.

Opal veut pouvoir faire "bénéficier de tout ce qu'apporte la technologie (…) sans souffrir des conséquences négatives", selon son dirigeant.

Mais même si l'on veut prendre ses distances avec des plateformes très chronophages, les quitter totalement reste pour beaucoup difficilement envisageable.

"Je n'ai jamais eu envie de complètement supprimer les réseaux sociaux", témoigne Austin, 33 ans.

Orthoprothésiste à Paris, il utilise depuis plusieurs années deux applications pour encadrer son temps passé en ligne. "C'est vraiment pour avoir une relation plus définie, plus contrôlée entre moi et les réseaux sociaux", explique-t-il.

Chez Jomo, Laureline Couturier plaide également pour cette "utilisation intentionnelle". "Le téléphone, qu'on le veuille ou non, il sera toujours présent dans les décennies à venir", ajoute-t-elle.

Hélène n'a quant à elle plus besoin des applications pour limiter son temps d'écran, après avoir supprimé Instagram de son téléphone pour ne consulter son compte que sur ordinateur. "De là à dire que j'ai complètement arrêté... j'ai quand même mon téléphone à moins d'un mètre de moi 20 heures sur 24."

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