Explosion de la rue de Trévise : le procès de la Ville de Paris s'est ouvert
Le procès de l'explosion accidentelle au gaz d'un immeuble de la rue de Trévise, à Paris, qui avait fait quatre morts et 200 blessés, s'est ouvert mardi dans une salle quasi-comble du tribunal correctionnel de la capitale.
"Il faut que le procès nous donne la vérité. Moi je veux savoir qu'est-ce qui s'est passé le 12 janvier 2019", a exhorté quelques minutes avant le début de l'audience l'une des victimes, Angela Grignano, gagnée par l'émotion.
Cette Italienne était venue en France pour devenir danseuse, l'explosion lui a partiellement arraché la jambe gauche. Pour elle, le procès doit "mettre fin à ce qui s'est passé" et lui permettre de "recommencer à vivre vraiment".
Le drame avait fait également 400 sinistrés.
La Ville de Paris et le syndic de l'immeuble, qui plaident la relaxe en tant que personnes morales, sont poursuivis notamment pour homicides et blessures involontaires. Face à elles, quelque 200 parties civiles. Le procès doit durer sept semaines.
Me Samia Maktouf, avocate d'une centaine de victimes, compte sur ce procès pour mettre au clair les responsabilités de chacun: "Pourquoi rien n'a été fait, pourquoi les recherches n'ont pas été engagées pour trouver l'origine de cette fuite de gaz et empêcher ces morts et ces vies bouleversées ?", a-t-elle interrogé avant l'ouverture des débats.
Elle regrette que les mis en cause ne soient que des "personnes morales" alors que, selon elle, "il y a forcément une personne physique qui devrait rendre compte de ce qu'elle a fait ou de ce qu'elle n'a pas fait".
Le 12 janvier 2019, à 8H59, la violente explosion avait éventré un immeuble et endommagé une quinzaine d'autres dans cette rue du IXe arrondissement de Paris, à deux pas des Grands Boulevards.
Les voitures calcinées, vitrines déchiquetées et fenêtres soufflées avaient achevé de défigurer tout un pâté de maisons cossu.
Parmi les quatre tués, deux pompiers qui appartenaient à une équipe intervenue sur place une dizaine de minutes plus tôt en raison d'une forte odeur de gaz.
"Faire payer le lampiste"
Au premier jour de cette audience, la présidente du tribunal a longuement évoqué le problème de l'affaissement du trottoir, à l'origine de la fuite de gaz responsable de l’explosion.
Situé devant le porche de l’immeuble, ce trottoir avait fait l'objet de plusieurs reprises dès 2015. Or, c'est cet affaissement qui avait entraîné la "rupture brutale" d'une canalisation de gaz à l'origine de l'explosion.
De son côté, le syndic de copropriété a tardé "à faire procéder à la réparation du collecteur d’eaux usées de l'immeuble", alors qu'il avait été informé "dès le 25 novembre 2015" d'une fuite, selon l'accusation.
"Il n'y avait pas de péril imminent qui justifiait une procédure d'urgence. Je ne comprends pas pourquoi je suis devant le tribunal, accusé. J'ai l'impression qu'on veut faire payer le lampiste", s'est défendu lundi à la barre le président du syndic.
La Ville de Paris, représentée par sa secrétaire générale, Marie Daudé, a pour sa part réaffirmé que "ses services ont agi avec diligence et professionnalisme et aucun manquement de leur part n'est à l’origine de l’accident".
Cette première journée a également été marquée par une remise en cause, tant par les prévenus que par l'accusation, de la constitution de partie civile de GRDF, alors que la responsabilité du gazier a été mise en évidence dans le volet civil du dossier: une présence sur le banc des victimes "moralement indécente", pour Me Maktouf.
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