Pétrole, ETF actifs, cybersécurité... : les prédictions d'Althéis pour le second semestre 2026
(Zonebourse.com) - A l'occasion d'un déjeuner presse organisé hier matin auquel a assisté Zonebourse, Althéis, société de gestion du groupe Yomoni, a partagé ses perspectives macroéconomiques et ses stratégies d'allocation pour le deuxième semestre 2026. Devant les journalistes, Olivier Malteste, chef économiste et directeur des investissements de la structure, et Clément Boyet, expert actifs non cotés, ont détaillé les grands axes qui guideront les marchés ces prochains mois.
Marché pétrolier : une prime de risque désormais permanente
Olivier Malteste est revenu d'abord sur la situation du marché pétrolier : "en termes de croissance, deux éléments devraient maintenir les cours du pétrole à un niveau supérieur à celui observé avant le conflit au Moyen-Orient. Le premier est l'apparition d'une véritable prime de risque. Pour la première fois, le marché a pris conscience que le détroit d'Ormuz pouvait être bloqué. C'était un scénario qui paraissait jusqu'ici inimaginable. Désormais, cette possibilité va forcément être intégrée dans les anticipations des investisseurs. Même si la circulation est rétablie, le marché sait désormais qu'un nouveau blocage reste possible. Le second facteur concerne le réapprovisionnement des stocks stratégiques. Les différents États devront reconstituer leurs réserves, ce qui soutiendra mécaniquement la demande".
Si l'or noir a ensuite reflué aussi rapidement, c'est que le marché commence peut-être à anticiper un ralentissement économique plus marqué qu'attendu. Une croissance plus faible implique une demande de pétrole moins importante.
Par ailleurs, si les négociations de paix en cours permettent à l'Iran d'augmenter sa production et ses exportations, l'offre globale pourrait s'avérer supérieure aux anticipations actuelles. Autant d'éléments qui seront surveillés de près au cours du semestre.
Trois grandes tendances pour le marché des ETF
Olivier Malteste s'est penché ensuite sur les trois prévisions du marché des ETF.
1- La montée en puissance des ETF actifs
"Nous observons le retour de grands gestionnaires internationaux sur le marché européen via ce type de véhicule. Ils l'avaient quitté, faute de taille critique suffisante et reviennent aujourd'hui précisément par le biais des ETF actifs. Nous pensons également que certaines maisons de gestion historiquement critiques à l'égard de la gestion passive pourraient prochainement lancer leurs propres produits", relève t-il.
L'analyste insiste cependant sur le fait qu'un ETF actif reste un ETF : "il doit conserver un portefeuille suffisamment proche de son indice de référence afin de permettre aux teneurs de marché d'assurer une cotation efficace".
2 - La diversification des méthodes d'allocation
"La seconde grande tendance que nous anticipons concerne la différenciation par l'allocation", fait savoir Olivier Malteste. Depuis plusieurs années, les investisseurs s'interrogent sur la concentration des grands indices, notamment sur le poids très prépondérant des valeurs technologiques américaines.
C'est dans ce contexte que l'on a vu apparaître différents types d'ETF :
- des ETF excluant les dix plus grosses capitalisations ;
- des ETF équipondérés ;des ETF davantage orientés vers certaines zones géographiques ;
- et plus récemment, des ETF pondérés selon le poids économique des pays.
Amundi, par exemple, a lancé cette année des ETF mondiaux dont la pondération repose sur le PIB des différentes économies plutôt que sur leur capitalisation boursière. L'idée est simple : au lieu de donner davantage de poids aux marchés les plus valorisés, on pondère les pays selon leur importance économique réelle.
Cette approche conduit naturellement à :
- surpondérer l'Europe ;
- surpondérer la Chine ;
- et, à l'inverse, à réduire le poids des États-Unis et des grandes valeurs technologiques.
"Nous pensons que cette recherche de nouvelles méthodes d'allocation va continuer à se développer", observe Olivier Malteste. "Nous avons également noté un phénomène intéressant avec l'introduction très rapide de certaines sociétés, comme SpaceX, dans plusieurs indices. Certains émetteurs pourraient proposer des produits excluant volontairement les IPO les plus récentes afin de laisser davantage de liberté aux investisseurs dans leurs choix d'allocation. Même si cela ne concerne pas tous les indices ni tous les ETF, certains émetteurs pourraient proposer des produits excluant volontairement les introductions en Bourse les plus récentes afin de laisser davantage de liberté aux investisseurs dans leurs choix d'allocation".
3 - Le retour de la thématique ESG
La troisième prévision concerne l'ESG. "Nous pensons que les flux pourraient progressivement revenir sur cette thématique, notamment autour de la notion de souveraineté", affirme le directeur des investissements d'Altheis.
"Le blocage potentiel du détroit d'Ormuz rappelle à quel point nos approvisionnements énergétiques restent dépendants d'infrastructures situées à l'autre bout du monde". Cette prise de conscience pourrait redonner de l'intérêt aux investissements liés :
- à l'indépendance énergétique ;
- aux énergies renouvelables ;
- et à la production locale d'électricité.
Produire son énergie sur son propre territoire - grâce à l'éolien, au solaire ou à l'hydraulique - réduit mécaniquement la dépendance vis-à-vis de zones géopolitiquement instables. À cela s'ajoute un autre phénomène : les besoins gigantesques en électricité liés au développement de l'intelligence artificielle.
Toutes ces évolutions pourraient remettre la transition énergétique au centre de la table, non plus uniquement pour des critères environnementaux, mais comme un enjeu stratégique de souveraineté industrielle et énergétique. "Nous pensons donc que cette thématique pourrait redevenir un moteur majeur des investissements", conclut Olivier Malteste.
Les grandes convictions d'investissement
C'est ensuite au tour de Clément Boyet de prendre la parole. Sur les perspectives du second semestre 2026, il a identifié trois grandes thématiques d'investissement. "Elles sont toutes, d'une manière ou d'une autre, liées au développement de l'intelligence artificielle, mais concernent des secteurs parfois moins visibles que les grands gagnants habituels, comme les fabricants de semi-conducteurs", explique-t-il à l'auditoire.
1 - La cybersécurité : un catalyseur sous-estimé
"Notre première conviction concerne la cybersécurité. C'est un secteur qui a souffert en Bourse l'année dernière et qui reste relativement en retard depuis le début de cette année. Pourtant, les fondamentaux demeurent extrêmement solides. Pour 2026, nous attendons encore des croissances de chiffre d'affaires comprises entre 15 et 20% pour la plupart des grands acteurs du secteur. À nos yeux, l'intelligence artificielle constitue avant tout un catalyseur positif pour la cybersécurité. Lors de l'arrivée des nouveaux modèles d'IA générative, beaucoup d'investisseurs ont considéré que ces technologies allaient rendre les entreprises de cybersécurité moins utiles. Nous pensons exactement l'inverse".
2 - Data centers et infrastructures énergétiques
Clément Boyet se penche ensuite sur sa deuxième conviction : les data centers et, plus largement, toute l'infrastructure énergétique nécessaire au développement de l'intelligence artificielle. Aujourd'hui, les data centers représentent une part croissante de la consommation mondiale d'électricité.
Selon les estimations actuelles, ils représenteraient environ 10% de la croissance de la demande mondiale d'électricité, près de 20% dans les pays développés et jusqu'à 50% de la demande additionnelle d'électricité aux États-Unis d'ici 2030. Ces chiffres donnent une idée de l'ampleur des investissements qui seront nécessaires.
Selon lui, plusieurs problématiques majeures se posent : "la première est le raccordement au réseau électrique. Les délais deviennent de plus en plus longs et les grands opérateurs cherchent désormais à sécuriser leurs capacités d'approvisionnement plusieurs années à l'avance. C'est la raison pour laquelle nous observons depuis plusieurs mois des partenariats entre les grands hyperscalers et les producteurs d'électricité. L'objectif est double : sécuriser les volumes d'énergie et garantir un accès prioritaire au réseau".
Au-delà de l'électricité elle-même, tout un écosystème bénéficie également de cette dynamique : systèmes de refroidissement ; générateurs électriques ; équipements d'alimentation de secours ; infrastructures électriques spécialisées.
"Ces secteurs restent encore relativement peu suivis par les investisseurs alors qu'ils constituent un maillon indispensable des futurs data centers. Un centre de données fonctionne 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Il ne peut pas se permettre la moindre interruption. C'est pourquoi tous ces équipements deviennent essentiels. Pour nous, il s'agit d'une véritable thématique d'investissement sur plusieurs années", note Clément Boyet.
Les marchés de prédiction : l'émergence d'une nouvelle classe d'actifs
Pour lui, un autre sujet pourrait devenir un véritable catalyseur dans les prochains mois : les marchés de prédiction : "On en parle encore relativement peu, mais les volumes progressent très rapidement. À titre d'exemple, les volumes mensuels sont passés d'environ 200 millions de dollars en juin 2024 à plus de 25 milliards de dollars en mai 2026. La croissance est spectaculaire. Ce qui est intéressant, c'est que ces volumes attirent désormais les grands teneurs de marché (market makers). Les marchés de prédiction fonctionnent différemment des paris sportifs traditionnels. On ne mise pas simplement sur un résultat. On achète ou on vend une probabilité".
Par exemple, il est possible d'acheter la probabilité qu'un candidat remporte une élection ou, au contraire, de vendre cette probabilité. Autrement dit, il est possible de prendre des positions haussières ou baissières sur un événement.
Pour cet expert, cette caractéristique intéresse désormais certains investisseurs institutionnels : "les hedge funds commencent à utiliser ces marchés pour couvrir certains risques ; arbitrer les écarts de prix ou simplement comme nouvelle source d'information. Avec l'arrivée des arbitrages apparaissent naturellement les market makers, qui apportent davantage de liquidité. Nous observons notamment l'intérêt porté à des plateformes comme Polymarket ou Kalshi, qui constituent aujourd'hui les principaux acteurs du secteur".
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source : AOF
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