Sous les polémiques, Ruffin droit dans sa bulle
Il venait d'affirmer sa détermination à aller jusqu'au bout de sa candidature à la présidentielle et patatras. Fort d'un soutien militant certain, François Ruffin s'est pris les pieds dans le tapis dans une série de polémiques autour de sa BD "Picardie Splendor", aussitôt exploitée par ses anciens "amis" de LFI.
Le 25 avril, c'est devant 2.000 personnes à Lyon qu'il entame sa campagne présidentielle. L'idée est originale: quatre ouvriers ou chômeurs lui font passer un entretien d'embauche pour l'Élysée.
Et payante: il revendique plus de 122.000 soutiens sur son site "Nous président!" et assure avoir le soutien financier de plusieurs milliers de donateurs.
A Lyon, il se posait en défenseur des "travailleurs essentiels". Il élargit ce thème dix jours plus tard, en publiant "Picardie Splendor", une idée inédite, les candidats privilégiant d'habitude la forme plus classique d'un livre alliant autobiographie et programme.
Sous le trait de 11 dessinateurs et avec l'aide d'un scénariste, le député de la Somme raconte des épisodes marquants de sa vie au contact de caristes de Geodis, d'auxiliaires de vie normandes, de femmes voilées chassées d'une terrasse à Amiens ou encore d'un jeune bachelier qui ne trouve pas d'emploi.
"Stéréotypes racistes"
Mais plusieurs séquences de cet ouvrage ont soulevé l'indignation, en particulier de militants de La France insoumise qui ont dénoncé des "stéréotypes racistes et néocoloniaux".
Ex-membre de la famille insoumise, François Ruffin l'a quittée juste après la "purge" de 2024, en ne mâchant pas ses mots contre Jean-Luc Mélenchon et sa grille de lecture "quasi-raciale".
Son entourage le reconnaît, il a peu de désaccord de fond avec le programme de LFI. Mais sa personnalité, moins clivante que celle du tribun insoumis, séduit un électorat de gauche que pourrait revendiquer ce dernier. "Dès qu'il y aura une aile de Ruffin qui va dépasser, les Insoumis +boum+ ils vont tirer", souffle-t-on.
"Les Insoumis prennent tellement de place, les autres à gauche, Ruffin compris, cavalent derrière", analyse la spécialiste de communication politique Emilie Zapalski. "Eux ont une stratégie à long terme, avec du contenu, et travaillent en équipe bien ordonnée", précise-t-elle, jugeant la sphère socio-démocrate également sur la touche de ce point de vue.
"Électron libre"
En cause en particulier, une séquence de la BD dans laquelle le "député-reporter" intervient dans un train lors d'une altercation entre une femme noire et deux policiers, scène dans laquelle un homme maghrébin s'échauffe lorsque les agents tutoient la femme ou lui envoient son reçu à la figure, puis remercie François Ruffin d'avoir ramené le calme.
Problème: outre le fait que contrairement à d'autres séquences, dans celle-ci le député n'offre pas d'analyse des faits - une non-condamnation du "racisme ordinaire" que ne lui pardonnent pas les Insoumis -, un autre protagoniste de la scène est sorti de l'ombre mercredi présentant une version différente des événements.
Ce jeune homme blanc et non maghrébin est intervenu dans le train au même titre que le député et surtout, a-t-il assuré dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, s'il s'est bien énervé, il ne l'a pas remercié en baissant la tête comme représenté dans la BD.
François Ruffin s'est déjà justifié à trois reprises en moins de 48 heures de cette séquence qu'il reconnaît comme un "passages raté". En marge d'une visite de soutien mercredi à des salariés d'Eurolyse à Amiens, il a assuré que "bomber le torse et me tenir droit (n'étaient) pas vraiment dans mes habitudes".
"Et ça n'était pas son attitude non plus (à l'autre passager, NDLR) de courber l'échine", a-t-il complété.
Mais ajouté à ses récents propos critiquant le principe d'une immigration de travail, notamment chez les médecins, le mal est fait.
"Une scène a été inventée et une personne a été racisée pour mettre en scène Francois Ruffin dans la posture du grand sauveur de l'humanité", a moqué le coordinateur de LFI Manuel Bompard sur X, parmi les multiples critiques face à bien peu de soutiens.
C'est "un électron libre", "on le voit seul, il ne constitue pas une équipe", observe Emilie Zapalski pour qui le candidat "se perd" à vouloir être "tellement original, tellement différent".
Le principal intéressé, lui, philosophe sur les méandres d'une campagne présidentielle, loin de ressembler à "un lit de pétales de roses" et une BD "humaniste" faite pour "réconcilier".
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