Pour la présidentielle, la France face au "bulldozer" de l'influence américaine MAGA
Lors de la campagne présidentielle, la France va être confrontée au "bulldozer" idéologique de la sphère MAGA, qui mène depuis plusieurs années un travail d'influence décomplexé en Europe pour "faire glisser les lignes du débat" en faveur de la droite dure, souligne la journaliste Melissa Bell.
La correspondante de CNN en France détaille dans son livre "Sous influence américaine" (First éditions), publié jeudi, cette entreprise menée par l'administration Trump - dont le slogan est "Make America Great Again (MAGA) - qui se révèle "plus difficile à contrer" pour les démocraties européennes que les ingérences russes.
Dans le cadre de l'élection des 18 avril et 2 mai, les ingérences peuvent prendre "plusieurs formes", détaille-t-elle dans un entretien à l'AFP.
L'une est "affichée, assumée par l'administration américaine", comme lors des législatives d'avril en Hongrie où le secrétaire d'État Marco Rubio et le vice-président J.D. Vance avaient fait le déplacement à quelques semaines du vote pour proposer des investissements américains ou se tenir aux côtés du Premier ministre sortant Viktor Orban, qui a instauré un Etat revendiqué "illibéral" durant 16 ans.
"On risque de voir ce type d'ingérences en France, c'est une évidence", estime Melissa Bell.
La France est "essentielle" à leurs yeux à cause de sa position centrale en Europe, Washington s'opposant à une "Union européenne forte", tout comme les grandes entreprises américaines de la tech et des réseaux sociaux opposées aux réglementations européennes.
"Même si le Rassemblement national a voulu prendre ses distances, Marine Le Pen sera sans doute la candidate préférée de MAGA", estime la journaliste, rappelant le soutien de Donald Trump à cette figure du parti français d'extrême droite après sa condamnation en première instance en avril pour détournement de fonds publics du parlement européen.
Sa peine, modifiée en appel en juillet, lui a permis de se présenter à la présidentielle, et elle est largement en tête des sondages pour le premier tour.
"Déni collectif"
La France est déjà confrontée à des opérations d'ingérences pilotées par Moscou, via des attaques dites "hybrides", des cyberattaques et des opérations de désinformation en ligne qui sont traquées par les renseignements et des services spécialisés (Viginum).
"L'ingérence russe est plus sournoise, plus cachée mais ça fait un moment qu'on en parle et on commence à avoir les moyens de la contrer ou en tout cas d'en avoir conscience, d'éduquer les électeurs sur ce qu'ils peuvent lire en ligne, sur la façon dont les bots russes essaient d'influer le débat", ajoute Melissa Bell.
Le travail d'influence américain est, lui, plus "difficile à contrer, parce qu'on a du mal à la voir", souligne-t-elle.
"Washington n'est plus un allié de l'Europe. Ils ont beau le répéter, le hurler, c'est très difficile pour les Européens de l'entendre. Il y a un certain déni collectif. Pourtant, c'est un bulldozer qui s'avance vers (la France et l'Europe) avec toute la puissance de l'administration américaine et des algorithmes", comme celui du réseau X détenu par Elon Musk, soutien de Donald Trump.
"Changer les idées"
Une influence, moins frontale, se mène aussi à travers des centre de recherche et groupes de réflexion.
"Une des grandes idées de la droite américaine, et de MAGA particulièrement, est que le débat se gagne d'abord culturellement", détaille Melissa Bell: "Avant de gagner dans les urnes, il faut changer les idées".
"Depuis de nombreuses années, et surtout à partir des années 2010", la "droite dure américaine a commencé à faire glisser les lignes du débat en Europe, en normalisant des idées auparavant considérées comme radicales", ajoute-t-elle, citant l'exemple de l'avortement, qui "n'était pas tellement un thème de débat avant les années 2010 en Europe, il l'est devenu".
En revendiquant une "scientificité qui leur confère prestige et crédibilité", "ces +think tanks+ vont prendre une idée (...) en faire un rapport et vont le présenter dans un paysage médiatique qui a aussi pas mal changé en France, où l'on fait beaucoup d'opinion, et beaucoup d'opinion de droite".
Mais au "final, nos votes nous appartiennent", conclut la journaliste, citant à nouveau l'exemple hongrois où Viktor Orban a été battu malgré le soutien américain.
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