La nomination de Montchalin à la Cour des comptes hérisse l'opposition
"République des copains" ou encore "verrouillage" des postes: une grande partie de l'opposition grince des dents devant la nomination imminente par Emmanuel Macron de l'actuelle ministre des Comptes publics Amélie de Montchalin à la tête de la Cour des comptes, dénonçant notamment un conflit d'intérêt.
"Comment la ministre actuelle (Amélie de Montchalin) pourrait aussi donner un avis crédible sur le prochain budget qu'elle a elle-même préparé ?", a interrogé le président de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Éric Coquerel, qui a ferraillé avec l'énarque de 40 ans pendant des mois sur la loi de finances 2026.
Cette nomination, révélée lundi par le quotidien Le Figaro et confirmée par une source au sein de l'exécutif, sera effective mercredi, lors du conseil des ministres. Amélie de Montchalin deviendra ainsi la première personnalité féminine à diriger la Cour des comptes, institution plus de deux fois centenaire.
Contrairement à d'autres postes prestigieux, cette nomination ne nécessite pas d'approbation par les commissions des Finances du Parlement.
Pur produit du macronisme, élue députée en 2017 et propulsée deux ans plus tard dans le deuxième gouvernement d'Édouard Philippe, avant une mini traversée du désert, elle s'est imposée au sein de l'équipe gouvernementale depuis fin 2024 où elle a été rappelée par François Bayrou.
Ses compétences techniques, sa répartie notamment vis-à-vis des oppositions et son ton didactique au fil de dizaines d'heures de débat avaient notamment été salués par de nombreux parlementaires, y compris de l'opposition.
Mais ce ne sont pas ses compétences budgétaires qui sont discutées mardi. Plutôt le conflit d'intérêt d'une ministre sortante chargée de statuer en toute indépendance sur le déficit public, les choix budgétaires du gouvernement, les politiques économiques, etc.
Depuis la présidence de Nicolas Sarkozy (2007-2012), pour répondre à cette inquiétude, les premiers présidents de la Cour des comptes étaient systématiquement sélectionnés dans l'opposition.
Il existe donc selon Éric Coquerel, un "danger" pour une institution "en laquelle les Français ont confiance" que sa nouvelle présidente ne puisse "garantir le minimum de neutralité et d'indépendance vis-à-vis du pouvoir en place que réclame cette fonction décisive". Il demande "solennellement" au chef de l'État de revenir sur cette nomination.
"Après huit années à accompagner le déficit public dans le fossé, elle pourra donc rendre un avis éclairé sur son propre budget", ironise de son côté le député de gauche François Ruffin (Debout!).
"Verrouillage"
Au-delà, c'est davantage une volonté prêtée à M. Macron de placer ses proches à la tête des principales institutions à l'approche de la fin de son mandat qui est mise en cause. Déjà en mars 2025, la nomination de Richard Ferrand, un des fidèles du président de la République, à la tête du Conseil constitutionnel avait été très critiquée.
Pour Marine Tondelier (Les Écologistes), cette nomination "n'obéit à aucune logique autre que le fait du prince", tandis qu'au Parti socialiste, le député Arthur Delaporte estime qu'"en fragilisant l'institution qu'est la Cour des comptes", Emmanuel Macron "fragilise plus largement la République".
A l'autre bout du spectre politique, le vice-président du Rassemblement national, Sébastien Chenu, dénonce aussi "le verrouillage par les copains de la Macronie de tous les organes" institutionnels.
"Quand le macronisme s'effondre dans le pays, il s'arc-boute sur les contre-pouvoirs", abonde LR dans un communiqué, estimant que la nomination d'Amélie de Montchalin revient à "transformer une autorité de contrôle en annexe du pouvoir".
Quant à Éric Ciotti (UDR), allié du RN, il dénonce le "passage en force sans précédent d'un Président qui place ses proches pour garder le pouvoir" après 2027.
Il questionne également la jeunesse de la ministre, alors que sa nomination est irrévocable et que l'âge limite pour quitter le poste de premier président de la Cour des comptes est de 68 ans. "Elle pourra rester pendant 28 ans alors que l'usage n'a jamais vu un président nommé avant ses 58 ans", proteste-t-il.
Au contraire, rétorque le ministre des Finances, Roland Lescure, Amélie de Montchalin va apporter rue Cambon "une énergie dont peut-être la Cour des comptes a besoin". Et "elle saura gouverner cette institution en toute indépendance", certifie-t-il.
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