Dette, voile et abaya : Le Pen et Mélenchon tissent le fil de la campagne
L'une veut interdire le voile, l'autre autoriser l'abaya à l'école et "foutre au feu" une partie de la dette, obligeant leurs concurrents à se positionner. Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon monopolisent l'attention en ce début de campagne, donnant toujours plus de consistance à l'hypothèse de leur duel final.
Il y a un mois déjà, en pleine torpeur aoûtienne, ressurgit une vidéo (récente) de Jean-Luc Mélenchon suggérant de "foutre au feu" la partie de la dette française détenue par la BCE. Concert de critiques, contre-attaque et soutiens : quinze jours de polémique garantie.
A peine le temps de souffler et le bras droit mariniste Jean-Philippe Tanguy promet des "amendes" pour les femmes voilées dans la rue. Indignations, justifications, c'est reparti pour une semaine. Jusqu'à ce que la lieutenante Insoumise Mathilde Panot jure de revenir sur l'interdiction de l'abaya à l'école. Et il reste encore sept mois avant le premier tour...
Leurs rivaux n'auront droit à aucun répit ce week-end : le candidat Insoumis sera en meeting samedi à la Fête de l'Huma et Marine Le Pen fera sa traditionnelle rentrée politique dimanche dans son fief d'Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais).
Les deux camps saturent le débat et ne cachent pas leur satisfaction. "C'est des sujets de chez nous ou de chez eux qui occupent le commentaire médiatique", observe auprès de l'AFP le bras droit de Jean-Luc Mélenchon, Manuel Bompard.
Raison de plus pour "continuer à faire ce qu'on fait (...), il faut laisser les ondes de choc se propager", théorise le coordinateur de LFI. Si, en plus, cela fait prospérer les "polémiques internes du Rassemblement national", c'est encore mieux.
En effet, sur l'aide à l'Ukraine - le vice-président du RN Louis Aliot a dit vouloir "couper le robinet" - comme sur le voile, Jordan Bardella a dû tempérer les positions de proches de Marine Le Pen. Pas de quoi décourager l'entourage de la quadruple candidate, où l'on estime que "ce débat sur le voile, c'est jackpot".
Ne serait-ce que parce que le patriarche Insoumis lui-même a reconnu avoir "changé d'avis" sur la question ces dernières années.
Le "strike" et la prophétie
Vue du RN, l'affaire se résume ainsi : d'un côté "Mélenchon obligé d'avouer qu'il s'est trompé", de l'autre "des mecs qui disent que rien n'est possible" et au milieu "Marine qui tient bon". Bref, "sur la forme, c'est un strike".
"Allez les fachos, continuez, vous nous rendez service" en abordant ces thèmes, a lancé le candidat Insoumis vendredi lors d'un débat à la Fête de l'Humanité, se disant convaincu que "le peuple français n'est pas raciste et ne veut pas enlever le voile" des femmes musulmanes qui le portent.
Les meilleurs ennemis en redemandent. Quand on évoque les difficultés de LFI à récolter les 500 parrainages pour son leader, Louis Aliot juge que "ce n'est pas normal (qu'il) ne les ait pas, alors qu'il a un parti politique représenté à l'Assemblée".
"Nous n'avons pas besoin de leurs encouragements", proteste Manuel Bompard. Mais c'est bien son mentor que l'on a vu plaisanter avec la cheffe de file de l'extrême droite - les deux en étant à leur quatrième candidature à la présidentielle - et lui serrer la main avant leur premier grand débat devant le Medef, alors que les Insoumis ignorent consciencieusement les élus RN au Parlement.
Une semaine plus tard, lors d'une conférence devant ses militants, il exhortait ces derniers à épargner leur pire antagoniste : "pas d'injures, pas de sexisme, pas d'insultes" contre "Mme Le Pen"; au contraire il faut "prendre des précautions supplémentaires, du fait qu'elle est une femme".
"On est loin de +la mère Le Pen+ hurlé par (le député LFI) Louis Boyard dans l'hémicycle", relève un proche de la patronne du RN. Même ce farouche opposant le reconnait : comme d'habitude, à l'approche de la présidentielle, "Mélenchon s'est assagi" et "il fait une bonne campagne".
Assez pour se hisser à la deuxième place des derniers sondages, dans certains scénarios. Un encouragement à poursuivre dans une voie qui a déjà vu des militants Insoumis reprendre en meeting à Saint-Denis le slogan nationaliste "On est chez nous", pour mieux se l'approprier et vanter la "Nouvelle France" chère à LFI.
En miroir, la porte-parole mariniste Laure Lavalette reprend à son compte la prophétie mélenchoniste : "à la fin, il ne restera que nous et LFI".
Au vu des mêmes sondages, la meilleure chance de victoire du RN.
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