Wall Street retombe, sur fond d'incertitude géopolitique persistante
6e jour de conflit, après les attaques sur l'Iran
Wall Street creuse ses pertes ce jeudi, avec l'incertitude géopolitique et la vive hausse des cours du brut. Le Dow Jones abandonne 1,35% à 48.082 pts, le S&P 500 perd 0,61% à 6.827 pts, et le Nasdaq recule de 0,32% à 22.735 pts, malgré des résultats plutôt solides de la "huitième magnifique" Broadcom dans le secteur technologique. Les opérateurs surveillent toujours attentivement le conflit au Moyen-Orient, les attaques entre les États-Unis, Israël et l'Iran s'étant étendues à toute la région. Ce jeudi marque le sixième jour de conflit sans signe d'apaisement immédiat. Cependant, le New York Times rapporte que les dirigeants iraniens auraient contacté Trump pour discuter d'un cessez-le-feu...
Le discours officiel est tout à fait différent, l'Iran ayant annoncé une escalade de sa riposte. Des États arabes du Golfe persique ont signalé des interceptions de missiles et de drones iraniens dans la nuit. Israël mène des vagues de frappes aériennes sur Téhéran, ciblant des infrastructures militaires et de renseignement, en représailles aux attaques contre le Hezbollah au Liban. Hier, Trump a déclaré que les États-Unis obtenaient "d'excellents résultats sur le front". La Maison Blanche a affirmé que les forces américaines avaient frappé plus de 2.000 cibles et progressaient vers un "contrôle total de l'espace aérien iranien", tandis que le régime de la République islamique aurait été "complètement anéanti".
Le Corps des gardiens de la révolution islamique iranien a annoncé une intensification des attaques de représailles dans les prochains jours. Téhéran ciblera le site nucléaire israélien de Dimona si les États-Unis cherchent à provoquer un changement de régime, a déclaré l'agence de presse semi-officielle iranienne ISNA, citée par Bloomberg. Au total, une douzaine de pays sont impliqués dans le conflit. Téhéran a mené des frappes contre des bases et des ambassades américaines à travers le Moyen-Orient, tandis qu'Israël a lancé une offensive aérienne et terrestre contre le Hezbollah, soutenu par l'Iran, au Liban. La Turquie a également été prise pour cible mercredi, une première pour un membre de l'OTAN depuis le début du conflit, comme le note Bloomberg... Pendant ce temps, Mojtaba Khamenei, proche des gardiens de la révolution, est pressenti pour succéder à son père décédé dans les frappes.
La perspective d'une guerre prolongée perturbe toujours les marchés. Le baril de brut WTI prend encore 5,6% à 78,9$ et le Brent de la mer du Nord monte de 4% ce jeudi à 84,6$. L'once d'or fin fléchit de 1,2% à 5.081$.
Le choc géopolitique du week-end accentue la fragilité des marchés actions, alors que la place américaine souffrait déjà ces derniers jours des craintes liées à la soutenabilité des dépenses des 'hyperscalers' dans l'IA et à l'impact de cette même IA sur le segment software, ou encore des appréhensions concernant le crédit privé. Les marchés avaient par ailleurs pris connaissance en fin de semaine dernière de chiffres peu reluisants de l'inflation des prix à la production. La flambée des cours du brut, si elle devait durer, raviverait d'autant plus ces craintes de résurgence de l'inflation, laissant peu de marge de manoeuvre à la Fed.
L'événement économique phare de la semaine est la publication, demain, du rapport sur l'emploi de février. Wall Street anticipe la création de 60.000 emplois non-agricoles aux États-Unis, en baisse par rapport aux 130.000 créations enregistrées en janvier. Le taux de chômage est attendu à 4,4%.
Les attaques sur l'Iran et le conflit au Moyen-Orient ont fait désormais reculer les anticipations de baisse de taux de la Fed à un quart de point d'ici la fin de l'année (probabilité de 35,2% selon FedWatch contre 30,7% pour la 'proba' d'une baisse de 50 points de base), du fait du risque de résurgence de l'inflation. La probabilité de statu quo monétaire reste logée à plus de 97% pour la prochaine réunion des 17 et 18 mars.
Hier, les investisseurs suivaient le rapport sur l'emploi privé d'ADP pour février (63.000 créations de postes, plus qu'attendu), l'indice PMI composite final de février (51,9 avec un indice des services de 51,7) et l'ISM des services du même mois (56,1), ainsi que le Livre Beige économique de la Fed qui a signalé une croissance faible à modérée dans la plupart des districts sur la période récente.
Les employeurs américains ont annoncé 48.307 suppressions d'emplois en février 2026, soit une baisse de 55% par rapport aux 108.435 suppressions enregistrées en janvier de cette année. Cela marque par ailleurs un recul de 72% par rapport aux 172.017 suppressions annoncées au cours du même mois l'an dernier, selon un rapport publié ce jeudi par le cabinet international de reclassement et de coaching de dirigeants Challenger, Gray & Christmas.
Jusqu'en février, les employeurs ont annoncé 156.742 suppressions d'emplois cette année, soit le total le plus bas enregistré en janvier et février depuis 2022, année où 34.309 suppressions avaient été recensées au cours des deux premiers mois. Il s'agit cependant du cinquième total le plus élevé enregistré pour janvier-février depuis 2009.
"Le repli de février offre un répit bienvenu après les importantes suppressions d'emplois annoncées en début d'année. Avec l'implication des États-Unis dans le conflit iranien qui s'intensifie, la fin du premier trimestre pourrait entraîner de nouvelles vagues de licenciements, les entreprises se serrant la ceinture face à l'incertitude et à la hausse des coûts", prévient toutefois Andy Challenger, expert en milieu de travail et directeur des revenus chez Challenger, Gray & Christmas.
Les inscriptions au chômage sont restées stables la semaine passée aux États-Unis. Le Département américain au Travail a fait état pour la semaine close au 28 février d'inscriptions au chômage au nombre de 213.000, inchangées par rapport au niveau de la semaine antérieure. Le consensus était positionné à 215.000.
La productivité non-agricole préliminaire du 4e trimestre 2025 a augmenté sur un rythme de 2,8% selon le rapport du jour, contre environ 2% de consensus et 5,2% pour la lecture finale du trimestre antérieur. Les coûts unitaires du travail ont progressé au rythme de 2,8%, contre 2% de consensus et -1,8% un trimestre avant.
Les prix à l'import de janvier 2026 se sont appréciés de 0,2% d'un mois sur l'autre, soit une hausse légèrement supérieure aux attentes, mais ils baissent de 0,1% sur un an. Les prix à l'export s'apprécient de 0,6% par rapport au mois antérieur et de 2,6% sur un an.
Enfin, demain, outre le rapport gouvernemental sur l'emploi, les marchés suivront les chiffres des ventes de détail de janvier.
Du côté des entreprises, la saison des résultats se poursuit. Broadcom a publié hier soir, tandis que Costco Wholesale, Marvell Technology, Ciena, Kroger, JD.com ou Burlington Stores, seront de la partie ce jeudi.
Les valeurs
Broadcom (+3,8%), le géant américain des composants et sous-systèmes analogiques, à signaux mixtes et optoélectroniques, qui profite de l'engouement autour de l'intelligence artificielle, grimpe à Wall Street. Le groupe a réalisé un premier trimestre fiscal 2026 record, affichant des revenus de 19,3 milliards de dollars en augmentation de 29%, avec surtout une flambée de 106% des revenus liés à l'IA. Le bénéfice net a grimpé de 34% à 7,35 milliards de dollars en GAAP et augmenté de 30% à 10,19 milliards de dollars sur une base ajustée. L'Ebitda ajusté s'est apprécié de 30% à 13,13 milliards.
Mieux encore, Hock Tan, le directeur général de Broadcom, estime que les ventes de puces d'IA du groupe pourraient bien dépasser les 100 milliards de dollars dès l'année prochaine ! "Nous avons sécurisé la chaîne d'approvisionnement pour y parvenir", a affirmé le dirigeant hier soir en marge de la présentation des comptes. Tan a également évoqué les progrès réalisés avec Meta Platforms (Facebook) et a réfuté les récentes informations selon lesquelles Meta pourrait abandonner sa collaboration prévue sur des accélérateurs personnalisés, affirmant que la feuille de route était toujours d'actualité.
Sur son 1er trimestre fiscal clos début février, les ventes ont donc dépassé légèrement les attentes à 19,3 milliards, pour un bénéfice ajusté par action de 2,05$ lui aussi meilleur qu'attendu. Les revenus IA ont plus que doublé à 8,4 milliards de dollars. Les revenus des puces d'IA sont anticipés à 10,7 milliards de dollars au 2e trimestre. Les revenus totaux du 2e trimestre sont attendus à 22 milliards environ, pour un Ebitda ajusté d'environ 68% des revenus. Un nouveau programme de rachat d'actions de 10 milliards de dollars a été autorisé.
Nvidia (-0,5%). Le DG et fondateur, Jensen Huang, a laissé entendre que les investissements de plusieurs milliards de dollars du géant de l'intelligence artificielle dans les startups OpenAI ou Anthropic pourraient être les derniers pour un certain temps, car il anticipe l'entrée en bourse de ces startups. Lors d'une conférence sectorielle mercredi, Huang, cité notamment par Bloomberg, a indiqué que les derniers investissements étaient finalisés, précisant que Nvidia investirait 30 milliards de dollars dans OpenAI et laissant planer le doute sur l'investissement total initialement pressenti de 100 milliards de dollars, qui ne serait probablement plus d'actualité du fait de l'IPO attendue.
Huang, cité par Reuters, a aussi déclaré lors de la conférence Morgan Stanley Technology, Media & Telecom que l'investissement de 10 milliards dans Anthropic serait probablement le dernier, la startup de Dario Amodei étant également susceptible d'entrer en bourse cette année. Anthropic, qui traverse un conflit avec le Pentagone, est connu pour son IA Claude, qui aurait joué un rôle conséquent dans les dernières offensives militaires de Donald Trump, mais dont le président américain entend désormais se débarrasser au plus vite.
Dans un autre registre, Nvidia aurait cessé la production de ses puces d'IA de deuxième génération, les puces H200, destinées au marché chinois, a rapporté le Financial Times ce jeudi. Le groupe de Jensen Huang aurait réaffecté les capacités de production de son sous-traitant TSMC initialement dédiées à la fabrication des puces H200 à la production de son matériel de nouvelle génération Vera Rubin, selon le Financial Times, qui cite deux sources proches du dossier. La semaine dernière, Nvidia avait annoncé avoir reçu des autorisations du gouvernement américain pour expédier de petites quantités de ses puces H200 à des clients en Chine.
La startup d'IA de Sam Altman, OpenAI, aurait franchi la barre des 25 milliards de dollars de chiffre d'affaires annualisé à la fin du mois dernier, selon un article publié hier par 'The Information', citant une source proche du dossier. Cela représente une hausse de 17% par rapport aux 21,4 milliards de dollars de la fin de l'année dernière. OpenAI se développe par ailleurs sur le marché des entreprises en s'associant à quatre des plus grands cabinets de conseil au monde. L'entreprise mise sur une approche plus personnalisée pour aider ses clients à passer des projets pilotes au déploiement à grande échelle de solutions d'IA.
Okta (+8,6%), l'éditeur américain de logiciels de gestion des identités et accès, a dépassé les attentes hier soir pour son 4e trimestre. Le groupe de San Francisco a réalisé un bénéfice ajusté par action de 90 cents sur la période, pour des revenus de 761 millions de dollars (+11%). Sur l'exercice, il a dégagé un bénéfice de 235 millions et des revenus de 2,92 milliards de dollars. Sur le trimestre entamé, le bénéfice ajusté par action est attendu entre 84 et 86 cents, pour des revenus allant de 749 à 753 millions en hausse d'environ 9%. Sur l'exercice, le bpa ajusté est attendu entre 3,74 et 3,82$, alors que les revenus sont anticipés entre 3,17 et 3,19 milliards (+9% environ).
Veeva (+3,9%), groupe software américain qui fournit des solutions dans le cloud à l'industrie pharmaceutique, a publié un 4e trimestre meilleur que prévu, marqué par des revenus d'abonnements de 708 millions de dollars en augmentation de 16% (+17% à 2,68 milliards de dollars sur l'exercice). Les revenus totaux ont progressé de 16% à 836 millions sur le trimestre et de 16% à 3,19 milliards sur l'exercice. Le bénéfice net du quatrième trimestre s'est élevé à 244,2 millions de dollars, contre 195,6 millions de dollars un an plus tôt. Le bénéfice net ajusté pour le quatrième trimestre a atteint 346,1 millions de dollars et 2,06$ par titre, contre 287,9 millions de dollars un an plus tôt. Pour le 1er trimestre fiscal juste entamé, le groupe prévoit des revenus de 855 à 858 millions, pour un bpa ajusté de 2,13 à 2,14$. Sur l'exercice, les revenus sont anticipés entre 3,585 et 3,6 milliards, pour un bpa ajusté de 8,85$.
Ciena (-14,2%), l'équipementier américain de réseau, décroche à Wall Street. Le groupe a pourtant publié pour son 1er trimestre fiscal des revenus de 1,43 milliard de dollars en croissance de 33% en glissement annuel avec l'IA, pour un bénéfice ajusté par action de 1,35$ plus que doublé en comparaison de l'an dernier. Le consensus était de 1,17$ de bénéfice ajusté par action pour 1,4 milliard de dollars de revenus. En termes de perspectives, Ciena vise des revenus de 1,5 milliard de dollars, plus ou moins 50 millions de dollars, pour son 2e trimestre fiscal. Le groupe relève sa guidance de revenus annuels entre 5,9 et 6,3 milliards de dollars, ce qui traduirait une croissance de 28% en milieu de fourchette. La marge opérationnelle ajustée est attendue entre 17,5 et 19,5%.
Kroger (+3%), la chaîne américaine de grande distribution, a publié pour son 4e trimestre fiscal des ventes comparables hors essence en hausse de 2,4%, un bénéfice opérationnel de 1,25 milliard de dollars et un bénéfice par action de 1,35$. Les ventes totales sur la période ont atteint 34,7 milliards de dollars, contre 34,3 milliards sur la période correspondante, un an plus tôt. Le bpa ajusté a représenté 1,28$. Le consensus était de 1,2$ de bénéfice ajusté par action pour 35 milliards de dollars de revenus. Sur l'exercice clos, les ventes à comparable hors essence ont augmenté de 2,9%, pour un profit opérationnel de 1,9 milliard de dollars et un bpa de 1,54$. Le bénéfice ajusté par action a atteint 4,85$.
JD.com (-2%), l'un des principaux fournisseurs de technologies et de services de chaîne d'approvisionnement en Chine, a annoncé pour son 4e trimestre des revenus inférieurs aux attentes à un peu plus de 352 milliards de yuans ou 51 milliards de dollars, en croissance de 1,5% seulement, pour une perte nette attribuable aux actionnaires ordinaires de 2,7 milliards de yuans et un bénéfice net ajusté de 1,1 milliard de yuans.
Morgan Stanley (-1,6%), l'une des principales banques d'affaires aux États-Unis, coupe dans ses effectifs. Selon des sources proches du dossier citées par le Wall Street Journal, l'établissement new-yorkais va supprimer environ 3% de ses effectifs, soit près de 2.500 personnes. Ces suppressions de postes concerneraient les employés des trois principales divisions de la banque : banque d'investissement et trading, gestion de patrimoine et gestion d'actifs. Selon certaines sources du WSJ, ces suppressions de postes seraient liées à une évolution des priorités de l'entreprise, des besoins en matière de localisation et des performances professionnelles.
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