"Tensions" en France: inquiet pour la consommation, Carrefour réduit légèrement ses objectifs 2026
Malgré des ventes en hausse au troisième trimestre, Carrefour a annoncé mardi abaisser légèrement ses objectifs financiers pour 2026, invoquant "la dégradation de la situation sociale et sécuritaire" en France, son premier marché, et ses répercussions sur la consommation, déjà "fragilisée".
Le distributeur a réalisé un chiffre d'affaires de près de 22,7 milliards d'euros au troisième trimestre (en progression de 3,9 % sur un an, carburant inclus), porté par une "dynamique de consommation (...) restée solide" en Europe "malgré le rebond de l'inflation générale sous l'effet de la hausse des coûts de l'énergie", selon son communiqué.
Mais à "ce bon troisième trimestre succède aujourd'hui la dégradation de la situation sociale et sécuritaire en France qui nous fait basculer dans une nouvelle période", a expliqué le directeur financier du groupe, Matthieu Malige, lors d'un point presse téléphonique.
"Les événements survenus ces derniers jours ont touché un nombre important de nos magasins situés en zone urbaine", a-t-il rappelé, évoquant une cinquantaine de points de vente concernés par les violences et pillages du week-end.
Selon le gouvernement, environ 3.000 commerces ont été dégradés ou pillés en France en marge des manifestations de samedi contre "la vie chère" puis dimanche.
Marchandise volée, détruite, dégâts sur les locaux et les équipements, recours renforcé à des agents de sécurité extérieurs... Cela représente des "coûts directs" de "plusieurs dizaines de millions d'euros", auxquels s'ajoute la perte de chiffre d'affaires subie par "beaucoup plus" d'autres magasins ayant "fermé quelques heures par anticipation, y compris dimanche" et lundi.
À l'approche d'une "période de fin d'année" cruciale pour le secteur, "cette situation pèse de manière significative sur la consommation" et "l'exploitation de nos magasins", a fait valoir M. Malige, anticipant une "dynamique" dégradée "de manière durable" sur ces deux points.
"Dans les semaines qui viennent", le deuxième distributeur de France s'attend à de nouvelles fermetures de magasins liées à des couvre-feux, et plus largement "une nouvelle conjoncture" faite "de très fortes incertitudes" pour les consommateurs.
"Sans précédent"
La situation est "sans précédent", a résumé le PDG de Carrefour, Alexandre Bompard, lors d'une conférence pour les analystes, estimant qu'elle impacterait le résultat opérationnel courant du groupe pour un montant compris entre 80 millions et 200 millions d'euros.
En conséquence, Carrefour a ajusté ses projections financières pour 2026, visant notamment une progression plus modérée que prévu de sa marge opérationnelle (entre 0 et +0,15 point, contre +0,25 point auparavant).
Le distributeur table aussi sur un résultat net ajusté par action stable ou en légère croissance par rapport à 2025, renonçant à une croissance "dans le haut de la fourchette à un chiffre", et un flux de trésorerie disponible "en léger repli" plutôt qu'en "légère croissance", selon le communiqué.
Il entend également réduire ses investissements en France d'ici la fin de l'année de 100 millions d'euros, à 1,6 milliard.
Malgré la guerre au Moyen-Orient, la consommation "tenait plutôt bien depuis le début de l'année", a rappelé M. Malige, évoquant de "premiers signes de dégradation à partir de la mi-septembre, dans un contexte de hausse des prix de l'énergie, des carburants et puis des mobilisations lycéennes".
Le groupe entend toutefois poursuivre son plan stratégique à horizon 2030, dévoilé en février, fort de la croissance enregistrée dans ses trois "pays cœurs".
En France, ses ventes ont augmenté de 2,2 % au troisième trimestre (carburant inclus et à changes courants), portées par ses investissements dans les baisses de prix et la croissance des anciens magasins Cora et Match, rachetés en 2024.
À l'offensive dans le commerce de proximité, Carrefour vient d'annoncer un accord avec le groupe belge Colruyt pour le rachat de Codifrance, spécialiste français de l'affiliation et de la distribution alimentaire des supérettes, qui approvisionne notamment des CocciMarket et Coccinelle.
Au Brésil, où Atacadao a "gagné de nouvelles parts de marché", selon M. Malige, les ventes ont progressé de 9,4 %. En Espagne, le chiffre d'affaires a crû de 2,3 %, notamment grâce aux magasins de proximité.
Le groupe a également réalisé début octobre une opération de cession-bail portant sur 35 magasins en France et en Espagne, pour environ 290 millions d'euros
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