Des taux au plus haut depuis 2007 plombent les marchés avant la Fed
Des taux d'intérêt au plus haut depuis la crise de 2007-2008 plombaient mardi les marchés déjà sonnés par le pétrole, l'inflation et l'IA à la veille de la décision de la Fed sur ses propres taux.
"La réunion de politique monétaire de la Réserve fédérale sera vraisemblablement la première, depuis juillet 2023, où les membres du FOMC (ndlr: comité fédéral) voteront pour une hausse de 25 points de base des taux directeurs" à 3.75%-4%, rappelle Mabrouk Chetouane directeur stratégie marchés internationaux pour Natixis.
"La détérioration de la situation sur le marché obligataire complique la tâche de la Fed, et en particulier celle de son nouveau président, Kevin Warsh", relève Neil Wilson, analyste pour Saxomarkets. Suivront dans la semaine les réunions de la Banque d'Angleterre jeudi et de la Banque du Japon vendredi.
Sur le marché de la dette des Etats, les taux promettent un rendement de près de 5% à dix ans aux Etats-Unis, au plus haut depuis la crise des subprimes (prêts immobiliers) de 2007-2008.
En Europe, son équivalent allemand, référence sur le continent, se hissait à 3,53%, contre 3,51% lundi soir, au plus haut depuis 2009. Le taux à dix ans français grimpait lui à 4,50%, contre 4,47% la veille.
L'envolée des taux plombe les Bourses. "La charge d'intérêts augmente et, en contrepartie, la consommation et les investissements reculent. Il en résulte actuellement un environnement boursier très peu attractif, dans lequel aucun investisseur ne veut être le dernier à tenir l'allumette enflammée", résume Andreas Lipkow de CMC Markets.
Le pétrole grimpe encore
Les taux montent en raison des risques d'inflation amorcée par les cours du pétrole qui ont encore grimpé mardi.
Vers 16H30 GMT, le cours du baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, accélérait sa hausse (+2,53% à 108,35 dollars) tout comme le WTI américain (+4,02% à 105,47 dollars).
Les cours du pétrole augmentent en raison d'une pression sur l'offre faute d'accord au Moyen-Orient, où un second front s'est ouvert au-delà du blocage du détroit d'Ormuz.
L'Arabie saoudite a promis mardi de riposter avec "fermeté" après de nouvelles attaques des Houthis pro-iraniens du Yémen, qui poursuivent leur offensive pour consolider leur contrôle de Bab el-Mandeb, l'autre détroit stratégique de la région.
Repli sur les Bourses, léger rebond des fournisseurs de l'IA
Dans ce contexte, c'est la tendance au repli qui domine sur les marchés boursiers, douchés la veille par les appels des leaders américains de l'intelligence artificielle (IA) à ralentir la course au développement de leurs modèles, au nom de la sécurité.
L'appel des leaders d'Anthropic, OpenAI, Space X et Google DeepMind avait pénalisé les fournisseurs de l'IA (puces, semi-conducteurs) qui se reprenaient sans excès mardi (Nvidia +0,61% à Wall Street, Infineon +0,54% à Francfort).
"Maintenant que Trump a dit qu'il n'était pas question de ralentir le développement de l'IA, on voit que finalement les fournisseurs comme Nvidia et autres regagnent un peu de terrain" commente Peter Vanden Houte, économiste en chef à ING.
En Europe, les grandes Bourses ont légèrement reculé. Paris (-0,34%) a vécu une petite révolution de palais avec la chute de LVMH (-2,76%) qui a du même coup cédé à L'Oréal (-0,78%) le titre de plus forte capitalisation du CAC 40 (plus de 203 milliards d'euros).
Francfort a également reculé (-0,15%) malgré la performance de Rheinmetall (+2,98%) sur fond de tensions en mer Baltique entre l'Union européenne et la Russie.
Londres (-0,37%) n'a profité ni de l'appétit pour les valeurs liées à la défense (BAE System +3,32%) ni de la hausse du pétrole (BP +1,37% et Shell +1,63%), avec le recul des minières (Glencore -2,50%, Antofagasta -2,13%).
A Wall Street, les trois grands indices encaisaient des mouvements de vente avant l'annonce de la décision de la Fed (Nasdaq -1,25%, Dow Jones -0,90%, S&P 500 -0,44%).
"L'appétit pour le risque s'est nettement affaibli, sous l'effet conjugué de la hausse des cours du pétrole, de la hausse des rendements obligataires et d'une forte vague de ventes dans le secteur technologique", résume Florian Ielpo, de Lombard Odier.
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