Périscolaire à Paris: Hidalgo reconnaît des failles mais parle d'un "échec collectif"
"Un échec collectif": l'ex-maire PS de Paris, Anne Hidalgo, et son ancien adjoint Patrick Bloche se sont expliqués mardi devant les sénateurs sur le scandale des violences sexuelles dans le périscolaire, jugeant que l'ensemble des institutions avaient "failli" tout en reconnaissant des dysfonctionnements au sein de la Ville.
"Si nous sommes ici devant vous aujourd'hui, c'est parce que nos institutions, mairie de Paris, collectivités locales, Education nationale, police, justice (....) ont failli dans la protection de nos enfants", a estimé Anne Hidalgo devant la mission d'information du Sénat sur le traitement et la prévention des violences scolaires dans le périscolaire en France.
La mission l'a auditionnée pendant plus de deux heures, avant de questionner mercredi le nouveau maire socialiste Emmanuel Grégoire.
Anne Hidalgo, Patrick Bloche et Emmanuel Grégoire, qui fut aussi adjoint à l'Hôtel de Ville, sont visés par des investigations pénales à la suite des plaintes de plusieurs familles, notamment pour non-assistance à personne en danger.
L'ancienne maire a plaidé avoir "toujours été extrêmement impliquée" durant ses deux mandats (2014-2026), en mettant en place "des process pour réagir et resserrer en permanence les mailles du filet, lesquelles restent encore très ouvertes".
Pointant un "échec collectif", l'ex-édile a appelé les institutions à "coopérer", et insisté sur la nécessité pour les maires "d'avoir le parquet à leurs côtés".
"Un problème national"
"Les informations que nous pouvons donner sont lacunaires, soit parce que nous devons respecter le secret de l'instruction, soit parce que la brigade de protection des mineurs possède des informations qu'elle ne nous communique pas", a ensuite développé Patrick Bloche, évoquant un "sentiment compréhensible chez beaucoup de parents qu'on leur cachait des choses".
Mme Hidalgo a néanmoins reconnu qu'au sein de la Ville "il y a eu des dysfonctionnements, des chaînes d'information qui n'ont pas fonctionné".
Dès 2015, un rapport de l'Inspection générale de la Ville qu'elle avait commandé avait donné l'alerte et émis 50 recommandations, dont la moitié n'ont pas été mises en oeuvre en raison selon Mme Hidalgo d'un "non-respect" de "consignes".
"Aucun agent n'a fait de signalement" alors que depuis 2016, la Ville leur avait "appris l'obligation à recourir à l'article 40", a précisé Patrick Bloche.
Celui qui fut en charge des affaires scolaires de 2017 à 2026, ainsi que premier adjoint de 2024 à 2026, a également appelé l’Éducation nationale à "développer la culture du signalement dans les écoles".
Ni lui ni l'ex-maire n'ont reconnu le caractère "systémique" des violences qui touchent "un tiers des écoles maternelles et une école élémentaire sur six" à Paris, comme l'a souligné la sénatrice LR Agnès Evren, rapporteure de la commission d'enquête.
"C'est un problème national", ont-ils répondu, faisant valoir qu'à partir du printemps 2025, lorsque les cas se sont multipliés, la Ville avait élaboré un plan de lutte contre les violences sexuelles pour "corriger" certaines failles.
"Ca n'est pas honnête intellectuellement de dire qu'entre 2015 et 2026, rien n'a été fait", s'est défendue Anne Hidalgo, redisant son "immense regret" de n'avoir pas rencontré les familles de victimes.
"Exercice de défausse"
"L'exercice de défausse auquel nous avons assisté et l’incapacité à formuler le moindre mea culpa nourrissent l’incompréhension des familles et ce sentiment d’impunité", a déploré auprès de l'AFP Agnès Evren, qui doit rendre ses conclusions à l'automne.
"Anne Hidalgo ne peut résumer douze années de pouvoir à un vague +échec collectif+. Elle doit venir répondre dans les plus brefs délais devant la mission d'information et d'évaluation (MIE) du Conseil de Paris", a réagi dans un communiqué la conseillère LR de Paris Inès de Raguenel, qui préside cette MIE "transpartisane".
"La chaîne de responsabilité doit être établie", renchérit le groupe co-présidé par l'Insoumise Sophia Chikirou, à l'origine, comme d'autres élus d'opposition dont Rachida Dati (LR), de signalements à la justice mettant en cause la Ville.
Depuis le début de l'année 2026, 132 animateurs ont été suspendus par la Ville, dont 52 pour suspicions de violences sexuelles ou sexistes, un chiffre traduisant un caractère "systémique" selon Emmanuel Grégoire, qui a engagé en avril un plan à 20 millions d'euros contre les violences sexuelles dans le périscolaire.
Sur le volet pénal, plus de 200 enquêtes sont en cours dans les écoles primaires et les crèches de la capitale, visant des personnels de ces établissements.
Mardi, un animateur du périscolaire à Paris a été condamné à cinq ans de prison, dont un sous bracelet électronique, pour agressions sexuelles sur neuf enfants, première peine ferme prononcée par la justice depuis qu'a éclaté le scandale.
■
Copyright © 2026 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés.
Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, transmise, rediffusée, traduite, vendue, exploitée commercialement ou utilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP. l'AFP ne pourra être tenue pour responsable des délais, erreurs, omissions, qui ne peuvent être exclus ni des conséquences des actions ou transactions effectuées sur la base de ces informations.
- 0 news.votes.details.count
- 0 news.votes.details.count
- 0 news.votes.details.count
- 0 news.votes.details.count
- 0 news.votes.details.count