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Le Turkménistan, géant gazier, de plus en plus dépendant des exportations vers la Chine

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et le vice-premier ministre chinois Ding Xuexiang lors d'une cérémonie marquant le lancement de la quatrième phase de développement du champ gazier de Galkynysh, dans le désert du Karakoum, à l'est d'Achgabat, le 17 avril 2026 au Turkménistan
et le vice-premier ministre chinois Ding Xuexiang lors d'une cérémonie marquant le lancement de la quatrième phase de développement du champ gazier de Galkynysh, dans le désert du Karakoum, à l'est d'Achgabat, le 17 avril 2026 au Turkménistan ( STRINGER / AFP )

Dans les étendues désertiques du Turkménistan, des ingénieurs chinois s'affairent sur l'immense champ gazier de Galkynysh. Malgré la volonté turkmène de diversifier les exportations vers l'Europe et le sous-continent indien, ce projet renforce la dépendance de ce pays d'Asie centrale à l'égard de Pékin.

"Notre pays considère la Chine comme un partenaire stratégique, notamment dans le secteur pétro-gazier", s'est félicité le dirigeant Gourbangouly Berdymoukhamedov lors de l'inauguration mi-avril d'une nouvelle phase de développement du gisement de Galkynysh, à laquelle a assisté une équipe de l'AFP.

Menés par l'entreprise étatique China National Petroleum Corporation (CNPC), les travaux doivent augmenter la production et le stockage à Galkynysh, pour à terme doper les exportations du Turkménistan, détenteur des quatrièmes réserves mondiales de gaz, principalement vers le marché chinois.

Exploité depuis 2013 dans la région de Mary (sud-est), Galkynysh est le deuxième plus grand gisement de gaz au monde, selon le cabinet britannique Gaffney, Cline and Associates, derrière celui de South-Pars, entre l'Iran et le Qatar.

Pour Achkhabad, ce partenariat énergétique avec la Chine est capital pour une économie basée sur le gaz.

Des journalistes devant un écran diffusant la cérémonie de lancement de la quatrième phase de développement du champ gazier de Galkynysh, dans le désert du Karakoum, à l'est d'Achgabat, le 17 avril 2026 au Turkménistan
Des journalistes devant un écran diffusant la cérémonie de lancement de la quatrième phase de développement du champ gazier de Galkynysh, dans le désert du Karakoum, à l'est d'Achgabat, le 17 avril 2026 au Turkménistan ( STRINGER / AFP )

Environ 90% des exportations de gaz sont destinées à Pékin, selon plusieurs estimations. Le gouvernement turkmène, l'un des plus secrets au monde, ne publie pas de chiffre.

Le Turkménistan "dispose d’une base de ressources considérables, mais son infrastructure d’exportation reste fortement orientée vers la Chine", résume pour l'AFP Abzal Narymbetov, expert kazakh du secteur énergétique en Asie centrale.

"Grâce à ses réserves, le pays a acquis le statut de géant gazier sans pour autant disposer de la même liberté pour les monétiser", explique-t-il, en raison du manque d'infrastructures.

"Vulnérabilité stratégique"

Ex-république soviétique, le Turkménistan a exporté exclusivement entre 1991 et 2009 son gaz vers la Russie, jusqu'à une crise diplomatique avec Moscou et la réorientation vers le marché chinois, avec l'inauguration cette année-là du gazoduc "Asie centrale-Chine".

Ce gazoduc a acheminé depuis 2009 "environ 460 milliards de mètres cubes de gaz naturel vers la Chine au 1er mars 2026", a récemment déclaré Gourbangouly Berdymoukhamedov, qui souhaite augmenter les livraisons annuelles à 40 puis 65 milliards de mètres cubes.

cérémonie de lancement de la quatrième phase de développement du champ gazier de Galkynysh, dans le désert du Karakoum, à l'est d'Achgabat, le 17 avril 2026 au Turkménistan
cérémonie de lancement de la quatrième phase de développement du champ gazier de Galkynysh, dans le désert du Karakoum, à l'est d'Achgabat, le 17 avril 2026 au Turkménistan ( STRINGER / AFP )

Malgré cette dépendance accrue à la Chine, les autorités turkmènes misent sur le champ de Galkynysh pour alimenter à terme deux autres gazoducs.

"Outre la destination chinoise, Galkynysh est également envisagé comme base d'approvisionnement en matières premières pour le futur gazoduc TAPI (Turkménistan-Afghanistan-Pakistan-Inde) et le gazoduc existant Est-Ouest", interne au Turkménistan, qui doit "acheminer le gaz vers la mer Caspienne et au-delà" vers l'Europe, explique à l'AFP un employé expérimenté de l'entreprise étatique Turkmengaz.

Selon cet employé s'exprimant sous couvert d'anonymat - s'adresser aux médias étant interdit aux fonctionnaires turkmènes - Galkynysh "s'inscrit dans le cadre des plans stratégiques du pays pour accroître les approvisionnements en gaz turkmène sur les marchés mondiaux et diversifier les voies d'exportation".

Les autorités turkmènes tentent ainsi de résorber une situation de "vulnérabilité stratégique", selon l'analyste Abzal Narymbetov. Car "malgré la forte dépendance d'Achkhabad au marché chinois, celle de Pékin au gaz turkmène est nettement moindre", créant un déséquilibre.

Nouveaux gazoducs

Mais Pékin reste pour l'heure l'unique débouché viable.

"Chaque nouvelle phase du projet de Galkynysh tend à renforcer la dépendance à la Chine plutôt qu'à la diversifier réellement", estime l'expert Narymbetov, en raison de l'"incapacité d'Achkhabad à transformer ses réserves en un système d'exportation véritablement diversifié".

Cérémonie de lancement de la quatrième phase de développement du champ gazier de Galkynysh, dans le désert du Karakoum, à l'est d'Achgabat, le 17 avril 2026 au Turkménistan
Cérémonie de lancement de la quatrième phase de développement du champ gazier de Galkynysh, dans le désert du Karakoum, à l'est d'Achgabat, le 17 avril 2026 au Turkménistan ( STRINGER / AFP )

Le futur gazoduc TAPI, qui selon le dirigeant turkmène Berdymoukhamedov "offre un accès prometteur aux marchés émergents en Asie-Pacifique et au Moyen-Orient", fait face à des défis sécuritaires en Afghanistan.

Et l'hypothétique gazoduc transcaspien pour fournir l'Europe patine.

"Qui s'engagera fermement à long terme pour l'achat de gaz ? Qui financera l'expansion des infrastructures ?" note l'expert Narymbetov, malgré l'intérêt de l'Europe à réduire sa dépendance au gaz russe.

Interrogée par l'AFP, l'ambassade de l'Union européenne au Turkménistan a déclaré "laisser la décision au Turkménistan et aux parties intéressées par un investissement financier".

Au niveau national, ce partenariat avec Pékin maintient à flot l'économie et le régime présente Galkynysh comme une source de prospérité pour la population.

"De grandes entreprises étrangères travaillent à Galkynysh, cela crée de nombreux emplois. Après l'obtention de mon diplôme, j'aimerais y travailler pour maîtriser les technologies de pointe utilisées", dit à l'AFP Aga, un étudiant de 22 ans à l'université du pétrole et du gaz d'Achkhabad.

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