Airbus prend au sérieux la concurrence chinoise et prépare son avion de prochaine génération
"Il n'y a quasiment pas une semaine où nous ne parlons pas de la concurrence en Chine": Airbus surveille la montée en puissance de l'avionneur Comac, une pression supplémentaire pour le géant européen pour lancer d’ici à 2030 son avion commercial de nouvelle génération.
"Ils investissent massivement dans l'hydrogène vert, la production, la robotique, l'automatisation" et "ont commencé à réduire la part de composants occidentaux dans le C919", son avion moyen-courrier concurrent des Airbus A320 et Boeing 737, a déclaré mercredi Lars Wagner, directeur des avions commerciaux du géant européen, au cours d'une conférence de presse à Toulouse à l'occasion d'un évènement de deux jours consacré aux avions commerciaux.
"Nous avons aussi appris d'autres industries que, une fois que la Chine a décidé d'inscrire quelque chose dans son plan stratégique quinquennal, elle va l'exécuter", a-t-il estimé.
Il faisait référence à la voiture électrique, où la Chine a pris une longueur d’avance grâce à sa maîtrise de la production de batteries, bousculant les constructeurs européens et américains.
Alors qu'Airbus et d'autres études prévoient le doublement du nombre d'avions dans le monde à 42.000 d'ici à 2045, "il est clair qu'il reste une marge de progression pour accompagner ce type de croissance" compte tenu des volumes que livrent aujourd'hui les représentants du duopole, Airbus et Boeing, souligne-t-il.
"Il y a de la croissance pour nous deux", a-t-il poursuivi, estimant que la Chine avait les capacités industrielles nécessaires pour produire ses propres avions et "les vendre".
"Je ne dirais pas que je suis extrêmement inquiet, mais nous observons ce qui se passe, et nous voulons rester numéro un", a-t-il déclaré.
- Choix du moteur-
Cette situation pousse l'avionneur européen à accélérer dans le lancement de son futur monocouloir pour succéder à l'A320 dès 2030, avec une entrée en service prévue à la fin de la prochaine décennie.
Le patron d'Airbus Guillaume Faury a affiché cette ambition à l'occasion du salon aéronautique international de Farnborough, au Royaume-Unis, en juillet, tandis que son homologue de Boeing, Kelly Ortberg, reste plus prudent, jugeant que les compagnies aériennes attendent plutôt un 737 MAX amélioré qu'un nouvel appareil.
Le temps presse parce que l'avionneur doit choisir le moteur qui définira l'architecture du nouvel appareil et cela devra être fait "en 2028-2029", a expliqué à l'AFP une source industrielle européenne.
La technologie la plus novatrice est celle du CFM, coentreprise entre le français Safran et l'américain GE, qui propose un moteur "open fan", c'est-à-dire sans nacelle protégeant les pales, susceptible de réduire de 20 % la consommation de carburant.
Mais les essais en vol de ce moteur ne sont prévus que vers 2029 et il doit encore démontrer sa maturité, en particulier face aux risques d'ingestion de sable ou de collision avec des oiseaux, dans une architecture où les pales sont exposées.
Si Airbus veut aller vite, "la probabilité pour que ce soit un open fan serait plutôt faible", estime Florian Aknin, expert du cabinet de conseil Roland Berger interrogé par l'AFP.
"Si vous sous-entendez que je vais retarder le lancement du prochain monocouloir, ce n'est pas le cas", a insisté Lars Wagner.
Le moteur open fan de CFM "promet de nombreux avantages, mais il présente aussi quelques défis", a-t-il ajouté en soulignant qu'Airbus étudiait également les architectures des moteurs conventionnels améliorées.
Le successeur de l'A320 "sera un avion qui changera la donne. Cela signifie qu’il doit intégrer des technologies et de l'innovation pour tester compétitif dans 30, 40, 50 ans", a-t-il conclu.
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