Lazard Frères Gestion : "La dette française inquiète, mais la solidité des entreprises rassure"
(Zonebourse.com) - En septembre-octobre 2026, le taux d'emprunt de la France a connu une hausse très médiatisée : le taux à 10 ans français a dépassé 5%, atteignant son plus haut niveau depuis 2002. L'écart de taux (le "spread") de l'OAT 10 ans face au Bund allemand à 10 ans a par ailleurs atteint jusqu'à 174 points de base à la clôture du jeudi 22 octobre : il s'agit d'un record depuis 2011, année marquée par la crise des dettes souveraines en zone euro.
Pourtant, cette tension sur la dette publique n'a pas touché l'ensemble de l'économie nationale : les investisseurs traitent en effet l'Etat et le secteur privé de manière très différente.
Une anomalie inédite : les entreprises privées mieux notées par le marché que l'Etat
A l'inverse des précédentes crises, le marché fait actuellement une forte distinction entre les obligations souveraines françaises et les obligations des entreprises françaises, ces dernières n'ayant pas subi des hausses de taux de même ampleur. La situation en devient paradoxale : les entreprises françaises de catégorie "Investment Grade" (jugées solides financièrement) empruntent désormais légèrement moins cher que l'Etat français sur les marchés financiers (-8 points de base en moyenne au 23 octobre 2026). Lors des précédents pics de tension (2011, 2020, 2022), le "spread" des entreprises françaises s'était au contraire élargi face aux obligations souveraines.
L'analyse de Lazard Frères Gestion : les trois raisons de ce décrochage
Pour comprendre ce renversement historique des rôles, la société de gestion d'actifs du groupe Lazard met en avant trois facteurs majeurs : "En premier lieu, il démontre une absence de contagion de l'actuelle crise des finances publiques au secteur privé. La trajectoire de la dette française inquiète, mais la solidité des fondamentaux des entreprises françaises rassure, malgré une conjoncture dégradée par les pressions inflationnistes. Le phénomène confirme également que l'OAT n'est plus une valeur refuge, au point d'intégrer une prime de risque supérieure à celle des emprunteurs privés (hors segment High Yield). Enfin, on peut y voir l'anticipation, par le marché, d'une dégradation de la note d'emprunteur de la France à l'avenir. Le taux d'emprunt de l'Etat équivaut actuellement à celui des entreprises de catégorie BBB-, alors même que la France reste actuellement notée A par Fitch et S&P's, et Aa3 (équivalent à AA-) par Moody's, qui a choisi de laisser cette note inchangée le 23 octobre".
Le signal d'alarme de Fitch Ratings sur les finances publiques
Cette crainte d'une future dégradation de la France s'est confirmée quelques jours plus tard.
Le 30 octobre dernier, l'agence de notation Fitch Ratings a confirmé la note de la dette souveraine de la France à A , mais a abaissé la perspective, de stable à négative, en raison d'une détérioration de la situation budgétaire et des taux d'emprunts. "Une croissance plus faible, une nouvelle détérioration budgétaire et des rendements plus élevés ont accru la difficulté de mener la consolidation budgétaire soutenue nécessaire pour enrayer la trajectoire de dégradation de la dette de la France", a fait savoir l'agence dans un communiqué.
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source : AOF
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