Tempête dans la "relation spéciale" Washington-Londres, en pleine guerre au Moyen-Orient
Le président Donald Trump a multiplié les attaques mardi contre le Premier ministre Keir Starmer qu'il accuse notamment de soutenir trop mollement son grand allié dans la guerre au Moyen-Orient, au risque de torpiller la relation privilégiée entre Londres et Washington.
"Ce n'est pas à Winston Churchill que nous avons affaire", a cinglé Donald Trump mardi dans le Bureau ovale de la Maison Blanche, se disant "mécontent de Londres".
Au coeur de l'ire présidentielle, la base militaire conjointe de Diego Garcia, hautement stratégique, située dans l'archipel des Chagos, dans l'océan Indien. Londres a dans un premier temps refusé que les Etats-Unis l'utilisent dans leur guerre contre l'Iran.
"Le Royaume-Uni s'est montré très, très peu coopératif", a fulminé Donald Trump, qui a aussi martelé dans la presse britannique avoir été "très déçu" par Keir Starmer.
"C'est très triste de voir que la relation n'est manifestement plus ce qu'elle était", a-t-il déclaré au tabloïd The Sun dans une interview publiée mardi.
Le secrétaire d'Etat britannique aux relations intergouvernementales, Darren Jones, s'est efforcé de relativiser la situation. "Les relations entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni sont importantes", a-t-il affirmé sur Times Radio mardi matin: "Nous en sommes tous conscients et, sur le plan opérationnel, cela reste vrai".
Donald Trump a exprimé "son désaccord avec notre décision de ne pas participer aux frappes initiales", a souligné Keir Starmer lors d'une allocution au Parlement lundi.
Londres a finalement donné son accord pour que les Etats-Unis utilisent des bases britanniques pour frapper des sites de missiles iraniens. Outre celle de Diego Garcia, les Etats-Unis peuvent se servir de celle de Fairford, dans le sud-ouest de l'Angleterre.
Mais Keir Starmer a mis "beaucoup trop de temps", a accusé le républicain dans le Daily Telegraph.
Londres a par ailleurs annoncé mardi l'envoi d'une navire de guerre et de moyens antidrones en Méditerranée orientale pour protéger ses alliés dans la région et les bases militaires britanniques à Chypre, dont l'une a été frappée par un drone iranien.
Lundi, Keir Starmer avait répondu aux critiques de Donald Trump en affirmant avoir agi dans "l'intérêt national du Royaume-Uni".
"Éviter les foudres"
Londres "ne croit pas au changement de régime depuis les airs", avait également déclaré le travailliste, dans une critique peu habituelle de Washington.
"L'Histoire nous a appris qu'il était important (...) de nous assurer que les actions du Royaume-Uni reposent sur une base légale. C'est l'une des leçons tirées" de la guerre en Irak, a encore dit Keir Starmer.
Les deux pays, liés par 250 ans d'Histoire, ont forgé une "relation spéciale" caractérisée par des liens diplomatiques, militaires et économiques très étroits.
Le gouvernement de Keir Starmer, au pouvoir depuis juillet 2024, a pris soin de ménager ses relations avec l'administration Trump. Il s'enorgueillissait d'avoir obtenu un meilleur traitement que de nombreux pays, notamment dans les négociations sur les droits de douane.
En septembre, Donald Trump et son épouse Melania avaient été reçus par la famille royale pour une visite d'Etat.
Mais les tensions sont apparues il y a déjà plusieurs semaines, avec comme point de crispation majeur la cession par Londres à l'île Maurice de l'archipel des Chagos, où se trouve la base de Diego Garcia.
En janvier déjà, Donald Trump a qualifié cette restitution de "grande stupidité". Il a à nouveau attaqué l'accord mardi.
Le président américain critique également Keir Starmer sur la politique interne, en particulier la politique énergétique et l'immigration. "Vos prix de l'énergie sont exorbitants", a-t-il dit dans l'interview au Sun. Et encore: "Empêchez les gens qui vous détestent de venir de pays étrangers".
Pour Richard Whitman, professeur en relations internationales à l'université du Kent, "c'est ce que l'on pourrait appeler la nouvelle relation pas si spéciale que ça, où l'on ne sait pas vraiment où l'on en est".
Le gouvernement britannique avait fait jusqu'ici plutôt "du bon travail", réussissant à "éviter les foudres de l'administration Trump", souligne-t-il. Mais "la crainte désormais est de savoir si cela aura un effet de contagion sur ce que pense l'administration Trump de la position du Royaume‑Uni sur l'Ukraine, car c'est vraiment l'élément le plus important pour Londres dans cette relation à l'heure actuelle", estime Richard Whitman.
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