Au Royaume-Uni, la fronde contre Palantir au sein du service public de santé s'intensifie
Médecins, élus et militants ont accentué jeudi la pression pour évincer Palantir du système public de santé britannique NHS, dénonçant les pratiques controversées du géant américain de l'analyse de données et les risques de dépendance envers Washington. Le gouvernement doit trancher d'ici décembre.
Les critiques se sont multipliées ces derniers mois contre le contrat de 330 millions de livres (385 millions d'euros) avec le National Health Service (NHS) remporté en 2023 par Palantir. Il prévoit la fourniture d'une plateforme destinée à faciliter le partage de données entre hôpitaux et à optimiser la gestion des rendez-vous et des ressources.
Cofondée par le milliardaire Peter Thiel, soutien de Donald Trump, Palantir ne cache pas sa collaboration avec l'armée israélienne, ni ses contrats avec la police fédérale de l'immigration (ICE) américaine.
Devant le siège londonien de l'entreprise, sous la houlette d'associations médicales et de défense des droits humains, environ deux cents manifestants ont réclamé jeudi à ce que le partenariat avec le NHS ne soit pas prolongé au-delà de mars 2027, face à une contre-manifestation de soutien à Israël.
Le gouvernement du Premier ministre Andy Burnham, silencieux depuis son arrivée au pouvoir en juillet, doit se prononcer d'ici décembre sur ce contrat, en cours de "réexamen".
"Palantir est l'une des entreprises les plus problématiques sur le plan éthique", estime à l'AFP Duncan McCann, de l'ONG Good Law Project, présent au rassemblement, évoquant par exemple les prises de positions du directeur général de Palantir, Alex Karp, en faveur de la domination américaine.
"Directives" américaines
Compte tenu des "risques pour la confiance des patients, la sécurité des données et l'indépendance du NHS", la British Medical Association (BMA), principal syndicat des médecins, a appelé ses membres à refuser la plateforme.
Le NHS assure pourtant que Palantir n'est pas propriétaire des données des patients, qui restent hébergées au Royaume-Uni et ne sont utilisées ni à des fins commerciales ni pour entraîner des intelligences artificielles.
Toujours selon le NHS, environ deux tiers des hôpitaux ont déployé la Federated Data Platform (FDP) de Palantir.
L'outil a permis de réaliser 117.000 opérations supplémentaires et contribué à réduire les listes d'attente, indique l'entreprise à l'AFP, se disant "prête à poursuivre ce travail".
Le ministère de la Santé fait valoir à l'AFP des "avantages (...) évidents", avec une "réduction du nombre de jours d'hospitalisation inutiles".
Mais pour la docteure Rhiannon Osborne, de l'organisation caritative MedAct, le logiciel "n'offre pas grand-chose de plus que les systèmes existants".
Selon un sondage YouGov publié en juillet, 65% des Britanniques soutiennent une résiliation du contrat.
L'opposition s'est amplifiée durant l'été après que la commission parlementaire chargée des technologies a alerté sur les risques de "dépendance" envers les Etats-Unis.
L'un de ses membres, le libéral-démocrate Martin Wrigley, plaide auprès de l'AFP pour une "solution souveraine", idéalement développée par une entreprise britannique.
Selon lui, le système actuel pourrait s'arrêter "du jour au lendemain" si Palantir se "plie aux directives" de l'administration Trump.
Action en justice
Les parlementaires estiment également que "la présence croissante de Palantir dans l'ensemble du secteur public constitue un point de faiblesse inacceptable".
L'entreprise a signé de multiples contrats avec l'Etat britannique, de certaines forces de police à l'autorité de surveillance des marchés financiers, mais aussi pour fournir au ministère de la Défense des outils d'aide à la planification militaire et à la prise de décision grâce à l'IA.
Le Royaume-Uni est devenu son deuxième marché mondial, avec 10% du chiffre d'affaires en 2025.
A l'inverse, en France, le renseignement intérieur a décidé cette année de remplacer les logiciels de Palantir par ceux du français ChapsVision. Selon des médias nationaux, l'Allemagne testerait également cette solution française.
A Londres, le maire Sadiq Khan a bloqué en mai un contrat de 50 millions de livres (58 millions d'euros) avec la police, invoquant une violation des règles d'attribution. Palantir a depuis engagé une action en justice.
Plusieurs organisations britanniques ont aussi abandonné l'entreprise ces derniers mois.
Dans le nord de l'Angleterre, le groupement réunissant hôpitaux et médecins de l'agglomération de Manchester a lui développé une solution technique remplissant certaines des fonctions de la plateforme FDP.
Elle est "meilleure" pour les besoins de leurs patients, et, même s'il serait difficile de reproduire une telle infrastructure à l'échelle du pays, la tâche est "réalisable", juge son responsable des données Matt Hennessey.
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