Tensions au PS: Vallaud claque la porte de la direction, Faure en minorité
Les tensions couvaient depuis plusieurs mois: le premier secrétaire du PS Olivier Faure se retrouve en minorité et plus isolé que jamais, après la décision vendredi du chef des députés socialistes Boris Vallaud de quitter la direction du parti.
Le député des Landes, arrivé troisième au dernier congrès du PS il y a un an, avait choisi de se rallier à Olivier Faure, lui permettant de garder la tête du parti, face au maire de Rouen, Nicolas Mayer-Rossignol.
Mais il claque désormais officiellement la porte après plusieurs mois de tensions autour de la stratégie du parti pour la présidentielle.
Les deux hommes sont en désaccord notamment sur la question de la primaire de la gauche, souhaitée par Olivier Faure mais refusée par Boris Vallaud.
Le patron des députés socialistes mais aussi l'ensemble de son courant claquent la porte: 24 membres dont 21 secrétaires nationaux, soit environ un tiers de la direction, précise-t-on dans l'entourage de l'élu des Landes.
L'annonce de ce départ a été faite dans une lettre adressée vendredi à Olivier Faure par le mandataire de son courant, le sénateur Alexandre Ouizille, courrier que l'AFP a obtenu en exclusivité.
Faure en difficulté -
Cela n'empêche pas le premier secrétaire de rester à la tête du parti. Mais il n'est plus majoritaire et va se trouver en difficulté dans les instances pour faire adopter ses propositions.
Dans son courrier, Alexandre Ouizille dénonce une "collégialité bâclée", une "brutalisation du fonctionnement" des instances du parti "avec le refus du fait majoritaire", et une "stratégie d’isolement et d’enlisement".
Il rappelle au premier secrétaire que l'accord conclu au moment du congrès "impliquait par nature autant que par nécessité - puisque ton texte d’orientation n’a pas de majorité dans nos instances à lui seul - notre association étroite aux discussions stratégiques, dialogue et recherche permanente de compromis".
Mais "force est de constater que cela n'a que trop rarement trouvé de réalité et n'en a plus aucune aujourd’hui", accuse-t-il au nom de Boris Vallaud. "Le plus souvent désormais tu décides seul. Le plus souvent en dehors des instances, de plus en plus rarement réunies".
Il évoque ainsi leurs nombreuses tentatives pour obtenir au sein du bureau national du PS une délibération sur un vote des militants avant l'été afin de choisir leur candidat et la stratégie pour la présidentielle, ce que refuse la direction.
Cette dernière a promis de son côté un vote sur le projet du parti d'ici juin.
- "fuite en avant"
Le courrier, long de cinq pages, accuse Olivier Faure d'avoir "préféré la fuite en avant au débat et au vote", et de "tenir à distance" ceux qui avaient fait le choix de (le) soutenir.
Boris Vallaud, à qui l'entourage d'Olivier Faure prête des ambitions présidentielles, était déjà passé à l'offensive juste après les élections municipales, déplorant "l'ambiguïté" de la direction, qui avait accepté des accords locaux dans certaines municipalités avec La France insoumise.
Il a ensuite mené la fronde, avec le courant de Nicolas Mayer-Rossignol, contre le souhait d'Olivier Faure d'une primaire avec notamment les Ecologistes pour désigner un candidat commun de la gauche à la présidentielle.
Le premier secrétaire a encore participé mardi dernier à un meeting pour défendre ce processus qu'il juge le plus démocratique.
Le chef des députés socialistes, qui reproche au patron du PS de n'avoir pas réussi, en huit ans, à faire du parti "l'alternative au macronisme", estime, lui, que la primaire serait un échec pour la gauche.
Il plaide pour une désignation interne d'un candidat socialiste pour 2027, et une coalition plus large que la primaire, notamment avec le leader de Place publique Raphaël Glucksmann et l'ex-candidat écologiste à la présidentielle Yannick Jadot.
Les trois hommes ont d'ailleurs lancé l'initiative d'"un projet commun", étape préalable avant de choisir qui sera le candidat. Dans cette optique, le député des Landes a aussi publié un livre sur "la démarchandisation" de la société, thème qu'il présente comme un sujet de reconquête pour la gauche.
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