Présidentielle: Matthieu Pigasse se dit "prêt" si la gauche a besoin de lui
Banquier d'affaires, entrepreneur, patron de presse et bientôt candidat à la présidentielle? Lors d'un entretien à l'AFP, Matthieu Pigasse se dit "prêt" à être la "solution" à gauche, autour d'un projet radical.
"Il faut entendre le besoin de radicalité qui s'exprime dans la société. La social-démocratie j'en viens et cela ne suffit plus", lance celui qui a travaillé avec Dominique Strauss-Kahn et Laurent Fabius quand ils étaient à Bercy à la fin des années 1990 dans les gouvernements de Lionel Jospin.
"Il faut en finir avec la politique de l'offre", mise en place par Emmanuel Macron pendant 10 ans, ajoute-t-il en prônant "une gauche radicale de gouvernement" et un "projet crédible de transformation en profondeur".
Cela se traduirait notamment pour Matthieu Pigasse par une augmentation du Smic de 20%, ce qui porterait le salaire minimum à 1.773 euros net. Soit un niveau plus élevé que ce que propose par exemple La France insoumise.
"Il faut gérer et transformer à la fois. Comme Jospin a su le faire, avec des réformes majeures comme la CMU (couverture maladie universelle) ou les 35 heures, et un taux de croissance et une conduite des finances publiques comme jamais depuis", abonde le patron de Radio Nova, qui, avec ses médias, mène déjà une "bataille culturelle" contre l'extrême droite.
Cela suffit-il à classer celui qui est à la tête des festivals de musique Rock-en-Seine, We Love Green et les Eurockéennes de Belfort, et qui dit "admirer" le président brésilien Lula, aux côtés des Insoumis et de Jean-Luc Mélenchon?
"À la différence de LFI, je suis un Européen convaincu et je ne pense pas qu'il faille sortir du nucléaire. Et s'il faut entendre le besoin de radicalité, il faut également apaiser et rassembler", nuance-t-il.
"Pour moi, la sécurité est un vrai sujet, une valeur de gauche. Le principe moteur du libéralisme c'est l'insécurité, économique et physique. La mission de la gauche est précisément de protéger les plus vulnérables", développe-t-il, en proposant notamment de rétablir la police de proximité, créée par Lionel Jospin et supprimée par Nicolas Sarkozy.
"Rôle moteur" à jouer pour le PS
Des propositions de candidat, pour l'entrepreneur de 58 ans?
"Si la solution passe par moi j'y serai prêt. Si ça passe par quelqu'un d'autre je mettrai toute mon énergie à aider cette personne", temporise l'intéressé.
Reste à savoir si son profil d'homme d'affaires multimillionnaire, quand bien même il dit défendre le partage des richesses, peut séduire l'électorat de gauche.
"Comment réformer le système si on ne le connait pas? Moi je n'ai pas hérité. J'ai tout construit tout seul", balaie Matthieu Pigasse, légèrement agacé.
"Un homme de gauche qui n'est pas passé par l'entreprise, on dit qu'il n'est pas connecté. Et quand il vient de l'entreprise, comme moi, on dit qu'il n'est pas sincère. J'ai toujours mis mes valeurs au-dessus de mes intérêts, et mes engagements se nourrissent de mes expériences professionnelles", se défend celui qui a été choisi pour restructurer la dette vénézuélienne, après avoir déjà dirigé la restructuration des dettes de l'Argentine, de la Grèce, ou de l'Ukraine.
En attendant, il dit "travailler avec une équipe" mais reconnait n'avoir pas encore créé d'association de financement, étape préalable à toute campagne présidentielle.
Car la candidature de celui que son entourage décrit pour l'instant comme un "recours" ne va pas encore totalement de soi.
La non-qualification de Lionel Jospin au second tour de l'élection présidentielle de 2002, véritable traumatisme à gauche, "je l'ai vécue dans ma chair", assure-t-il.
"Il faut être uni pour gagner. Je ne veux pas être un candidat de plus dans un paysage fragmenté", développe-t-il.
L'union, oui, mais avec qui?
"Mélenchon est sur sa trajectoire", observe Matthieu Pigasse. Il souligne en revanche que "le Parti socialiste a un rôle moteur à jouer et il doit l'assumer", tout en regrettant la ligne trop centriste du leader de Place Publique Raphaël Glucksmann, et son refus de participer à la primaire de la gauche.
"La gauche peut gagner, encore faut-il qu'elle le veuille", affirme-t-il.
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