Présidentielle: Édouard Philippe au défi de l'enthousiasme
Accusé par Gabriel Attal de préparer du "sang" et des "larmes", Édouard Philippe assure ne promettre qu'"un peu de sueur" pour remettre "de l'ordre dans les comptes". Reste à esquisser un "projet fédérateur" pour espérer susciter l'adhésion, à six mois de l'élection.
Jeudi soir, l'ancien Premier ministre est l'invité de "L'Heure de vérité", l'émission politique ressuscitée par France Télévisions pour la présidentielle. En direct et en public, il répondra pendant près de deux heures à un feu roulant de questions sur différents thèmes. Il explicitera notamment la réforme des retraites --passage progressif à 45 annuités, report de l'âge légal de départ à 65 ans et volet capitalisation-- qu'il a dévoilée la semaine dernière.
Un rendez-vous en prime time qui suscite quelque appréhension dans les rangs d'Horizons. "C'est une séquence importante. Ce sont des émissions où si tu te vautres, tu peux traîner cela comme un sparadrap", juge un membre de l'équipe de campagne. "Il joue sa peau", considère même un cadre du parti, plus inquiet.
À six mois du premier tour, l'équation est stable dans le bloc central: Édouard Philippe devance toujours assez largement son concurrent Gabriel Attal dans les sondages.
Mais au-delà du camp sortant, la tâche s'annonce ardue: les enquêtes varient, certaines le donnant au second tour face à Marine Le Pen, d'autres dans un mouchoir de poche voir même devancé par Jean-Luc Mélenchon pour la qualification. Et toutes les études donnent Marine Le Pen victorieuse au second tour.
Longtemps critiqué pour sa campagne discrète, le maire du Havre s'est démultiplié ces derniers mois, alignant les propositions. Mais "quand on parle des arrêts maladie, de l'assurance-chômage, de l'éducation, de l'immigration, tous ces sujets qu'il a traités depuis le mois de juillet, il n'y a rien qui percole, parce qu'il n'y a pas de dynamique", s'inquiète un soutien.
Cette source regrette que "le sillon n'a pas été tracé depuis le meeting du 5 juillet", lors duquel le candidat a tenté de donner du sens aux efforts qu'il entend solliciter des Français, en expliquant que "l'intérêt de nos enfants" serait "la boussole du nouveau quinquennat".
-"Trouver une accroche"-
"L'enjeu pour Édouard, c'est de montrer ses atouts naturels: que c'est le candidat qui a le plus la stature de l'homme d’État". Et "l'autre enjeu, c'est de faire prendre conscience aux Français que les efforts demandés ne sont pas des efforts vains", résume un des dirigeants de la campagne.
La route vers l’Élysée est des plus escarpées pour le premier chef de gouvernement d'Emmanuel Macron (2017-2020), représentant d'un camp sortant en grande difficulté après dix ans au pouvoir, même si le maire du Havre s'est singulièrement démarqué du président, appelant même à sa démission anticipée en octobre 2025.
La donne se complique pour un candidat qui, selon les mots d'un proche, "veut faire une marque de fabrique de ne pas être démagogue", qui préfère les explications complexes aux formules à l'emporte-pièce et n'entend pas dissimuler aux Français les efforts à fournir pour redresser les comptes.
Et l'équation devient d'une complexité certaine lorsqu'il faut mener une campagne présidentielle dans un contexte politique et social explosif, entre le mouvement des lycéens, les crises internationales, le prix du carburant, les aléas climatiques...
L'ensemble a de quoi inquiéter dans le bloc central, dont les différentes composantes ne se bousculent pas pour rallier le maire du Havre, malgré les difficultés sondagières de Gabriel Attal. "Il y a un attentisme, une espèce d’apathie généralisée", décrit un cadre centriste.
"Édouard a gagné cette bataille interne" face à Gabriel Attal. "Son sujet, c’est pas du tout ça. C’est de trouver un projet fédérateur", explique un proche du candidat Horizons.
"On voit bien que c'est un gars raisonnable, un gars honnête, un gars compétent... Très bien. Mais c'est quoi, le projet? Il parle d'école, beaucoup. Très bien. Mais pas sûr que ça parle à tout le monde", poursuit cette source, qui souhaite le voir "trouver une accroche" pour que sa démarche soit comprise des Français.
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