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Le masculinisme, ce "poison" qui infiltre la société, affirme le Sénat

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Une idéologie haineuse vis-à-vis des femmes, prônant la suprématie des hommes: un rapport sénatorial appelle mercredi à combattre le
Une idéologie haineuse vis-à-vis des femmes, prônant la suprématie des hommes: un rapport sénatorial appelle mercredi à combattre le "poison" du masculinisme qui se diffuse de manière insidieuse dans la société, notamment via les réseaux sociaux ( STEPHANE DE SAKUTIN / AFP/Archives )

Une idéologie haineuse vis-à-vis des femmes, prônant la suprématie des hommes: un rapport sénatorial appelle mercredi à combattre le "poison" du masculinisme qui se diffuse de manière insidieuse dans la société, notamment via les réseaux sociaux.

En s'attaquant "au principe d'égalité" entre les sexes et en affichant une "misogynie violente et décomplexée", les mouvements masculinistes représentent "un risque réel pour notre démocratie et notre cohésion sociale", alerte une synthèse de ce premier rapport parlementaire. La Délégation aux droits des femmes a présenté ses conclusions sur le sujet mercredi lors d'une conférence de presse.

Education, numérique, santé, sécurité... Le rapport recommande d'élaborer une stratégie interministérielle pour contrer le phénomène.

"Le masculinisme est une offensive majeure contre les droits des femmes qui se déploie par des moyens de communication inédits", souligne auprès de l'AFP la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, co-rapporteure avec les sénatrices Béatrice Gosselin (Les Républicains) et Olivia Richard (Union centriste).

Apparu en réaction au féminisme, le masculinisme défend la suprématie masculine et accuse les femmes d'être à l'origine d'une dégradation des conditions de vie des hommes.

Ce "discours victimaire a une fonction sociale car il permet de désigner un ennemi commun pour assurer la cohésion du groupe dominant", a précisé Olivia Richard devant la presse, se référant aux travaux des chercheurs Christine Bard et Francis Dupuis-Déri.

Très divers, les mouvements masculinistes ont "longtemps été structurés autour de communautés identifiables", telles que les célibataires involontaires ("incels"), qui jugent les femmes responsables de leur célibat. Mais ils "ont progressivement évolué vers un écosystème plus large et plus diffus", notamment en se fondant dans "la culture internet ordinaire", explique la synthèse du rapport.

Propagation en ligne

Mèmes, vidéos courtes... Les mouvements masculinistes ont adopté les codes qui fonctionnent sur internet pour faire "circuler" leurs idées au-delà de leurs communautés.

Pour Béatrice Gosselin, "le masculinisme avance masqué". Ces "points d'entrée" s'apparentent à d'inoffensifs contenus d'aide au développement personnel, à la séduction, au sport, et à la nutrition, a-t-elle précisé mercredi.

Les plateformes numériques constituent à présent la "principale caisse de résonance" des masculinistes. Car leurs algorithmes favorisent les contenus clivants qui suscitent de nombreuses réactions et leurs mécanismes de recommandation "orientent progressivement les utilisateurs vers des contenus toujours plus radicaux" diffusés à grande échelle.

Sur TikTok et YouTube Shorts, un jeune homme se voit proposer des contenus masculinistes au bout de 23 minutes, selon une étude de l'université de Dublin, citée par le rapport.

Les rapporteures s'inquiètent notamment du fait que le masculinisme se présente comme une réponse au mal-être que peuvent ressentir certains hommes. "Des jeunes, parfois en pleine crise d'adolescence, qui se cherchent, se retrouvent embarqués dans des propos qui les amènent de fil en aiguille à développer un ressentiment envers les femmes", observe auprès de l'AFP Béatrice Gosselin.

Pour éviter cet "engrenage" et identifier ces méthodes d'endoctrinement proches de dérives sectaires, elle a souligné mercredi l'importance de développer l'éducation aux médias numériques.

Pour contrer le rôle des plateformes dans la "banalisation" de ces idées, le rapport, qui formule 24 recommandations, appelle à "réguler et assainir" l'espace numérique et à garantir que les séances d'éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle (Evars) soient dispensées à l'école.

Risque de radicalisation

"L'accumulation de contenus, de références et de représentations" masculinistes "modifie progressivement les perceptions des rapports entre les femmes et les hommes", pointe la synthèse. Les rapporteures s'inquiètent ainsi d'une "imprégnation culturelle à bas bruit" de la société.

Ce phénomène s'accompagne d'un risque de radicalisation de certains individus, "pouvant mener à la violence".

Le masculinisme doit être reconnu comme un "enjeu de sécurité publique", avait déjà plaidé en début d'année le Haut Conseil à l'Egalité (HCE), un organisme rattaché à Matignon, recommandant d'intégrer le "terrorisme misogyne" dans les doctrines de sécurité.

En France, la menace terroriste masculiniste est suivie de près par les services du renseignement intérieur (DGSI), qui ont dans leur viseur "une dizaine d'individus susceptibles de radicalisation violente", selon le rapport sénatorial. Tous ont moins de 21 ans.

En juillet 2025, le Parquet national antiterroriste avait mis en examen un lycéen de 18 ans soupçonné de vouloir attaquer des femmes avec des couteaux, une première concernant une personne se revendiquant "incel". Selon Laurence Rossignol, il s'agit de la mouvance la plus "à risque en termes de passage à l'acte".

"Comme on l'a fait précédemment pour la radicalisation islamiste, il faut décoder les signaux faibles (de radicalisation masculiniste), mettre en alerte les familles et produire du contre-discours, ce qui est extrêmement difficile", analyse-t-elle.

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