Accueil du jeune enfant : ce qui attend les maires élus en mars
Les maires élus en mars devront assumer une obligation récente : organiser l’accueil des enfants de moins de 3 ans sur leur territoire.
Une préoccupation des électeurs dans un contexte de chute de la natalité et de pénurie de professionnels, rappelle Élisabeth Laithier, présidente du comité de filière Petite enfance, instance qui réunit ministères, collectivités locales, gestionnaires de crèches, syndicats et experts du secteur.
Nommée fin février ambassadrice du Service public de la petite enfance (SPPE), elle entamera après les élections un tour de France des élus pour les sensibiliser à cette compétence obligatoire, encore mal identifiée par de nombreux candidats.
Q: Les élus vont devoir assumer une nouvelle compétence ?
R: Jusqu'à récemment, l’accueil du jeune enfant n’était pas une compétence obligatoire du maire, contrairement à l'école primaire.
Il pouvait s'en emparer s'il en avait les moyens ou l'envie, il pouvait décider d’ouvrir une crèche… ou privilégier d’autres équipements.
La loi sur le plein emploi, entrée en vigueur en janvier 2025, a changé la donne : le maire est devenu l’architecte de l’accueil du jeune enfant dans sa commune.
Il doit désormais recenser l'offre existante, les besoins des familles, veiller, à terme, à ce que toutes celles qui le souhaitent disposent d’une solution de garde.
Les derniers textes d'application sont sortis fin 2025 et les maires sortants n'ont pas tendance à s'engager en année électorale: ce sont les équipes élues en mars qui porteront ce chantier.
Les solutions sont locales. Les besoins ne sont pas les mêmes à Lille, en Ardèche ou en outremer.
À l’Ouest, les familles se tournent davantage vers les assistantes maternelles ; à l’Est et au Sud-Est, vers les crèches.
En zone rurale, il est impossible pour les parents de parcourir 40 kilomètres pour déposer un enfant : on privilégie les petites structures et les maisons d’assistantes maternelles.
La nouvelle compétence impose également d’informer et accompagner les familles et garantir la qualité de l’accueil.
Cela peut passer par l’accès des tout-petits à la culture, à l’activité physique, ou encore par des partenariats avec un hôpital voisin sur le handicap. L'élu choisira en fonction de son territoire.
Q: Les candidats aux municipales semblent-ils mettre la petite enfance en bonne place de leurs programmes ?
R: Pas toujours, peut-être ne sont-ils pas encore tout à fait au courant de leur nouveau rôle.
Pourtant la capacité d'accueillir les jeunes enfants conditionne l’installation des familles, leur activité professionnelle et la vitalité économique de la commune. C’est favoriser ensuite l’ouverture d’écoles, le développement du périscolaire, la revitalisation locale.
Les disparités sont énormes : certaines communes proposent des places d'accueil pour 85% des tout-petits, d'autres à peine 17%.
Q: Quels seront les obstacles ?
R: Le principal défi est le manque de professionnels. Dans de nombreuses crèches, des berceaux sont inutilisés faute de personnel.
Il manque en France 13.500 professionnels pour les crèches. Parmi les 240.000 assistantes maternelles en exercice, la moitié seront parties en retraite d'ici 2030. Il faudrait en recruter 15.000 par an, un objectif irréaliste.
En parallèle, 15.000 personnes, des femmes en majorité, ne peuvent pas reprendre une activité faute de mode d'accueil pour leur enfant.
Même si la natalité baisse, les besoins actuels ne sont pas couverts. Et le manque de solutions d'accueil est une des causes, parmi d'autres, de la chute de la natalité.
Une des solutions, à long terme, pourrait être un long congé de naissance, indemnisé proportionnellement au salaire. Il garantirait le retour à un poste équivalent et préserverait les droits à la retraite.
Cela semblerait une solution intéressante pour l'enfant lui-même, la construction du lien parent-enfant, la tension sur les lieux d’accueil et les finances publiques, puisque construire des crèches coûte cher. Mais ce chantier, de grande ampleur, nécessiterait du temps.
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