17 octobre : au lendemain des violences, le gouvernement sous très forte pression
Appels à la "démission" du ministre de l'Intérieur, critiques sur la stratégie de maintien de l'ordre: l'exécutif était sous forte pression dimanche au lendemain des violences en marge des manifestations du 17 octobre. En retrait jusqu'ici, Emmanuel Macron va s'adresser aux Français à 20H00.
Les maires de plusieurs villes particulièrement touchées ont été les premiers à lancer la charge, pour certains dès samedi soir, les élus à Paris, Lyon et Marseille dénonçant un manque de moyens pour le maintien de l'ordre, et exigeant d'être reçus par Sébastien Lecornu.
Ils le seront, a indiqué dans la matinée Matignon, sans avancer de date à ce stade. France urbaine, qui regroupe des métropoles et grandes villes, a aussi demandé un entretien, exigeant "des moyens exceptionnels d'ordre public (...) sans délai pour sécuriser la population et l’espace public".
L'Association des maires de France appelle de son côté au rassemblement devant les mairies lundi.
Pour tenter de calmer le jeu, Sébastien Lecornu a assuré dans un courrier que la mairie de Limoges serait reconstruite, avec le concours de l'Etat. Une réponse au maire Guillaume Guérin (LR), qui, devant les décombres de l'hôtel de ville incendié, a lui aussi lourdement fustigé la stratégie de maintien de l'ordre déployée samedi.
Selon l'Intérieur, quelque 2.000 personnes ont été interpellées et 600 policiers, gendarmes et sapeurs-pompiers blessés. La Fédération du commerce et de la distribution (FCD), a elle estimé à 1.500 le nombre de commerces directement touchés, chiffrant à "plusieurs centaines de millions" d'euros la facture.
"Démission"
Plusieurs candidats à la présidentielle ont vivement mis en cause le gouvernement.
Un "désastre absolu", pour la patronne des Ecologistes Marine Tondelier : le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez n'a "pas d'autre issue" que la "démission".
Le Rassemblement national a aussi mis sur la table la démission de l'ex-préfet de police de Paris, qui s'exprimera au 20H de TF1. "C'est un incapable" qui "a perdu le contrôle", a tancé le vice-président du RN Sébastien Chenu, au "Grand jury" (RTL/M6/Ouest-France/Public Sénat).
Le candidat LR Bruno Retailleau a aussi déploré "une sous-estimation certaine" du mouvement, soulignant que "le contrôle était vraiment perdu".
L'ex-ministre de l'Intérieur a appelé à un "changement total", en affichant ostensiblement les blindés et canons à eau des forces de l'ordre, en allant "au contact des casseurs" et en instaurant "des peines incompressibles privatives de liberté pour les auteurs de violences et de pillages".
Patron de l'UDR, allié du RN, le maire de Nice Eric Ciotti a lui appelé à ce que le "parquet national anti-terroriste" soit chargé d'enquêter sur les responsables des dégradations, et à la "dissolution des mouvements antifa et d'ultra gauche".
A l'opposé du spectre politique, le député insoumis Eric Coquerel a déploré les blessures civiles, notamment à Saint-Etienne, où un jeune de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade.
"Regrettant" les dégradations, il a attribué la "responsabilité première" de l'escalade au gouvernement, qui "sous-estime ce que sa politique crée dans le pays". Et d'insister sur le fait que le 17 octobre avait été aussi une journée "historique", réunissant des "centaines de milliers" de manifestants "pacifiques".
Fabien Roussel, candidat du Parti communiste à l'Elysée, a appelé l'exécutif à "convoquer rapidement une conférence sociale avec les organisations syndicales et patronales, en y associant les organisations de jeunesse".
Macron attendu
La responsabilité de Jean-Luc Mélenchon, accusé d'attiser la colère, a été de nouveau mise en avant par ses adversaires.
Dès samedi soir, le Premier ministre Sébastien Lecornu s'était engagé dans une virulente passe d'armes avec le leader de LFI.
"On ne peut pas appeler à cesser les violences tout en fournissant des excuses à ceux qui les commettent. C'est VOTRE responsabilité politique", avait-il tancé, appelant l'insoumis à "choisir" entre la République et les casseurs.
Et le leader de la gauche radicale de répliquer, accusant le locataire de Matignon d'avoir "joué avec le feu, en comptant sur le pourrissement" de la situation.
Le camp gouvernemental est globalement allé dans le sens du Premier ministre. "LFI et Jean-Luc Mélenchon sont un danger pour notre pays", a répété dimanche Laurent Marcangeli, chef des députés Horizons proche d'Edouard Philippe.
Mais pour le sénateur Loïc Kervran, aussi membre d'Horizons, "la fin de ce quinquennat est une lente agonie" qui prend aussi sa source dans la "décision absurde de dissolution en 2024".
Très attendu, le chef de l'Etat "s'adressera solennellement" aux Français à 20H00 dimanche, après avoir réuni les ministres concernés à l'Elysée à 17H30 et avant de s'envoler pour un déplacement de plusieurs jours dans le Golfe.
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