Wall Street limite la casse après... de mauvais chiffres de l'emploi
Alors que les tensions sur l'obligataire et la géopolitique pèsent
La cote américaine s'affiche en ordre dispersé avant bourse ce mercredi, alors que le dossier iranien préoccupe toujours autant et que les tensions se confirment sur le marché des obligations d'État. Les indices se sont tout de même un peu ressaisis depuis quelques instants à la lecture de chiffres sans relief de l'emploi, qui ont fait reculer les anticipations de hausse des taux. Le Dow Jones gagne 0,2% en pré-séance, alors que le S&P 500 s'affiche stable. Le Nasdaq 100 abandonne 0,3%. Le rendement du 'T-Bond' (bon du Trésor US) à 10 ans reste proche des 4,8%, alors que celui du '30 ans' atteint 5,26%, sur ses plus hauts niveaux en 19 ans.
Ces obligations d'État offrant des rendements inhabituellement élevés provoquent évidemment des arbitrages des investisseurs au détriment des secteurs les plus en vogue ces derniers mois sur les marchés actions, en particulier le segment des semi-conducteurs et de l'IA au sens large, incitant les investisseurs institutionnels à réduire leurs expositions aux actions technologiques. De plus, la hausse des rendements à long terme se traduit directement par une augmentation des dépenses d'investissement et des coûts de refinancement de la dette pour les entreprises, ce qui pourrait affecter les marges des groupes les plus endettés. Pour couronner le tout, le Secrétaire au Commerce Howard Lutnick a indiqué ce jour que des tarifs douaniers sur les semi-conducteurs étaient en considération.
Les investisseurs ont été refroidis en fin de semaine dernière par l'intervention de Kevin Warsh, nouveau patron de la Fed, dans le cadre du sommet de Jackson Hole. Le successeur de Jerome Powell a adopté un ton très ferme, affirmant que la priorité de la Fed devait demeurer la stabilité des prix. Warsh a indiqué que les données sur l'inflation estivale s'étaient améliorées, mais que les tendances sous-jacentes n'avaient pas sensiblement évolué. La Fed doit être convaincue que l'inflation revient vers son objectif des 2%, faute de quoi "il nous reste du travail à faire", a indiqué le timonier de la Fed. Il a réaffirmé que l'objectif d'inflation PCE de 2% était "ferme et immuable". Parallèlement, l'économie reste résiliente : la consommation des ménages est dynamique, le marché du travail est stable et l'investissement des entreprises progresse rapidement. Warsh a également déclaré qu'il était difficile de qualifier les conditions financières de restrictives...
Le leader de la Fed laisse entendre que des hausses de taux sont envisagées si l'inflation ne fléchit pas. Il note que pour l'heure, l'inflation ne ralentit pas de manière significative. Une hausse des taux reste l'anticipation des marchés, qui tablent sur une ou deux augmentations d'un quart de point d'ici la fin de l'année, mais la probabilité d'un durcissement de 25 points de base dès septembre est fortement montée suite aux commentaires de Warsh. Elle reperd un peu de terrain vers les 64% ce jour suite aux mauvais chiffres de l'emploi privé.
Lors de la réunion de juillet, une large majorité des membres votants de la Fed s'était prononcée en faveur d'une politique monétaire attentiste, décidant d'un statu quo monétaire, mais trois voix dissidentes (Beth Hammack, Neel Kashkari et Lorie Logan) s'étaient élevées, prônant une hausse des taux. La banque centrale américaine avait finalement laissé les taux inchangés sur les 'fed funds' entre 3,50 et 3,75%.
Sur le front économique à Wall Street, les créations de postes dans le privé aux USA pour le mois d'août 2026 sont ressorties au nombre de 38.000 selon le rapport d'ADP publié ce jour, contre un consensus FactSet de 46.500 et une lecture de 46.000 en données révisées, pour le mois de juillet. Les employeurs du secteur privé ont enregistré leur plus faible rythme de création d'emplois depuis janvier. Les secteurs de la production, des services professionnels et de l'information ont supprimé des postes. L'éducation et la santé, la construction, ainsi que les loisirs et l'hôtellerie ont, quant à eux, affiché des embauches solides.
"La rémunération est un bon indicateur de la volatilité actuelle du marché de l'emploi. Pour comprendre les tendances en matière d'embauche, il est essentiel d'analyser en profondeur les secteurs où la croissance salariale s'accélère, ceux où elle ralentit et les profils des travailleurs concernés. La croissance salariale, autrefois prévisible, est désormais bouleversée par la complexité des évolutions démographiques, l'inflation persistante et l'impact de l'IA sur l'emploi", a ajouté Nela Richardson, cheffe économiste d'ADP.
Dans le détail en août, les petites entreprises de 1-19 personnes ont créé 20.000 postes et les entreprises de 500 personnes et plus ont généré 34.000 emplois, tandis que les entreprises de 20 à 49 personnes ont détruit 17.000 postes.
Les commandes industrielles du mois de juillet et le Livre Beige économique de la Fed sont encore attendus ce jour.
La balance du commerce international des biens et services de juillet, la dernière étude Challenger sur les annonces de licenciements, les inscriptions hebdomadaires au chômage, les chiffres révisés de la productivité non-agricole du 2e trimestre, l'indice PMI composite final d'août et l'ISM des services du même mois, seront connus demain. Le gouverneur de la Fed Christopher Waller prend par ailleurs la parole le même jour.
Enfin, vendredi, les investisseurs suivront de près le rapport gouvernemental américain sur la situation de l'emploi pour le mois d'août (consensus FactSet 65.000 créations de postes, 53.000 dans le privé, 4,2% de taux de chômage).
Les cours du brut se tassent un peu sous les 90$ sur le baril WTI et vers les 94$ pour le Brent de la mer du Nord. Washington et Téhéran ont repris leurs échanges de frappes pour la première fois depuis environ un mois, le Commandement central américain (CENTCOM) ayant visé des lance-roquettes qui s'apprêtaient à déployer des mines dans le détroit d'Ormuz. En représailles, le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) a attaqué des bases aériennes américaines en Jordanie. Trump a promis avant-hier de frapper fort l'Iran après les tirs de missiles iraniens contre deux bases aériennes américaines en Jordanie.
Le moral des marchés reste en berne ce jour suite à une seconde vague de frappes militaires américaines visant des cibles liées au Corps des gardiens de la révolution islamique iranien dans le golfe Persique. Cette intervention a provoqué des tirs de missiles en représailles de la part de l'Iran contre des bases militaires américaines situées dans les pays du Golfe voisins, contraignant le trafic commercial dans le détroit d'Ormuz à la portion congrue. Trump a par ailleurs menacé de frappes cinétiques plus sévères, envisageant de viser le terminal pétrolier iranien de l'île de Kharg en cas de nouvelles représailles de Téhéran.
"Je n'essaie pas de forcer l'Iran à s'asseoir à la table des négociations, contrairement à ce qu'a rapporté ABC Fake News. Je me fiche éperdument qu'ils signent un accord qui, à leurs yeux, ne vaut rien. Je préfère largement notre position actuelle : nous contrôlons presque totalement le détroit d'Ormuz et leur économie est en plein effondrement. Ils ne font que retarder l'inévitable. Quand le peuple iranien va-t-il se soulever et se battre ?", a aussi lancé Trump sur Truth Social.
Dans l'actualité des entreprises à Wall Street, Palo Alto Networks et Dell Technologies publiaient leurs comptes hier soir. Brown-Forman, NetApp, Hewlett Packard Enterprise, Snowflake et surtout Broadcom, annoncent leurs résultats trimestriels demain. UiPath, Docusign, Lululemon, Guidewire, Samsara, Zscaler, Copart et Ciena, dévoileront leurs derniers résultats jeudi.
Les valeurs
Dell Technologies a créé la bonne surprise hier soir en dévoilant des résultats trimestriels largement supérieurs aux attentes. Le groupe américain, qui a négocié avec brio le virage de l'IA, a vu son chiffre d'affaires bondir de 57,8% au 2e trimestre, à 46,97 milliards de dollars, au-dessus du consensus LSEG à 44,92 milliards de dollars, pour un bénéfice ajusté par action de 7,04$, contre 4,92$ attendus.
Les revenus de la division Infrastructures Solutions Group ont progressé de 89% à 31,78 milliards de dollars, dont 16,40 milliards de dollars pour les serveurs IA, et dont les ventes annuelles sont attendues en forte hausse. La division PC et clients professionnels n'est pas en reste, à 15,03 milliards de dollars, un chiffre en hausse de 20%.
Dell annonce un objectif de 49 milliards de dollars de chiffre d'affaires pour un bénéfice ajusté par action de 6,50 dollars au 3e trimestre. Sur l'ensemble de l'exercice, les perspectives sont réhaussées avec un objectif de 192 milliards de dollars de revenus et 25,5 dollars de bénéfice ajusté par action - des cibles également supérieures aux attentes du marché - contre 167 à 172 milliards de dollars de revenus et 17,9 dollar de bénéfice ajusté par action attendus précédemment.
Les ventes de serveurs IA sont attendues désormais à 74 milliards de dollars sur l'ensemble de l'exercice, contre 60 milliards de dollars annoncés en mai. Dell profite d'un carnet de commandes solide, incluant notamment un contrat de cinq ans d'un montant de 9,7 milliards de dollars avec le Pentagone.
Palo Alto Networks, le spécialiste de la cybersécurité, a fait état d'un chiffre d'affaires en progression de 34% sur un an pour le 4e trimestre de son exercice décalé 2026, à 3,41 milliards de dollars, au-dessus des attentes des analystes à 3,35 milliards de dollars. Son bénéfice ajusté par action a atteint 1,02 dollar, supérieur de 4 cents au consensus. Les revenus annualisés récurrents de ses plateformes de nouvelle génération - référence de ces résultats - ont bondi de 63% à 9,1 milliards de dollars, et devrait être multipliés par plus de deux d'ici à 2030, estime l'entreprise.
Palo Alto profite de l'effervescence technologique autour de l'intelligence artificielle, qui crée des besoins accrus en termes de cybersécurité et de protection des données. Pour se renforcer sur ce segment stratégique, le groupe a annoncé l'acquisition de Console, une plateforme native d'IA conçue pour aider les organisations à utiliser des analyses et actions basées sur l'IA dans leurs opérations.
Le groupe vise un chiffre d'affaires compris entre 14,1 et 14,2 milliards de dollars pour son exercice 2027, après avoir atteint 11,5 milliards de dollars de chiffre d'affaires sur son exercice 2026, en progression de 23 à 24%. Le bpa ajusté est anticipé entre 4,16 et 4,19$, légèrement au-dessus du consensus des analystes, tout comme la guidance de revenus.
GitLab s'enflamme à Wall Street ce mercredi. Le groupe a publié pour son 2e trimestre fiscal 2027 des revenus en forte croissance de 21%. Le chiffre d'affaires sur ce trimestre clos fin juillet 2026 a atteint 286 millions de dollars contre 236 millions un an plus tôt. Le bénéfice ajusté par action s'est établi à 24 cents, inchangé par rapport à la même période de l'exercice précédent, tandis que le résultat opérationnel ajusté a légèrement progressé pour atteindre 43 millions de dollars.
"Le deuxième trimestre a été exceptionnel, marqué par des réservations brutes record et une croissance du revenu annuel récurrent (ARR) net supérieure à 40% d'une année sur l'autre", a déclaré Bill Staples, DG de GitLab. "À mesure que l'IA stimule la création de logiciels et intensifie les activités tout au long du cycle de vie du développement, la valeur du contexte, de la sécurité, de la gouvernance et du contrôle offerts par GitLab ne cesse de croître. Nous estimons que cela représente une opportunité majeure pour GitLab, alors que les humains et les agents collaborent de plus en plus pour développer des logiciels".
Brown-Forman, géant américain des boissons alcoolisées connu pour sa marque Jack Daniel's, gagne du terrain avant bourse à Wall Street. Brown-Forman a annoncé pourtant une baisse de ses ventes trimestrielles en raison d'une demande plus faible pour la tequila et de la fin d'un accord sur le vin, bien que les bénéfices de l'entreprise aient dépassé les attentes des analystes. Le bpa a augmenté de 6% à 38 cents, alors que les revenus ont régressé de 1% à 911 millions de dollars. Pour l'exercice 2027, les ventes sont attendues stables en organique tandis que le bénéfice opérationnel pourrait décliner de 3-5%, de manière organique également.
Nvidia mène des négociations avancées pour acquérir la startup d'intelligence artificielle Hugging Face, dans le cadre d'une opération qui pourrait atteindre environ 14 milliards de dollars, selon des personnes proches du dossier citées par Bloomberg. Un accord prévoyant le rachat de Hugging Face par Nvidia pour 12,9 milliards de dollars pourrait être conclu dès cette semaine, a indiqué l'une de ces sources, ayant requis l'anonymat. La transaction pourrait inclure un volet de fidélisation de 1 milliard de dollars destiné aux employés de Hugging Face...
Aucun accord définitif n'a encore été conclu, ajoute Bloomberg, et le calendrier ou les modalités de l'opération sont susceptibles d'évoluer d'après les sources de l'agence. Ce rachat de Hugging Face constituerait selon Bloomberg l'initiative la plus importante à ce jour pour le DG et fondateur de Nvidia, Jensen Huang, dans sa volonté d'accélérer l'adoption de l'IA et d'élargir sa clientèle.
L'opération donnerait à Nvidia le contrôle de l'une des plateformes clés où les développeurs présentent et partagent des modèles d'IA. Huang s'engage à favoriser les modèles dits 'open source' afin d'éviter que la technologie de quelques grandes entreprises ne finisse par dominer le secteur de l'IA, explique l'agence. Nvidia compte déjà parmi les investisseurs de Hugging Face, aux côtés notamment de Google (Alphabet), Amazon, Intel et Salesforce.
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