Entretien avec Annie Geoffroy, PDG de Riber
Nos technologies peuvent répondre à certains besoins liés au développement de l'intelligence artificielle et des data centers
Boursier.com : Comment expliquez-vous l'évolution du chiffre d'affaires et du carnet de commandes au S1 2026 ?
A.G. : Le chiffre d'affaires s'est établi à 12,7 MEUR au premier semestre 2026, en progression de 19% par rapport à la même période de l'année précédente. Cette croissance a notamment été portée par la forte dynamique des services et accessoires, qui ont réalisé un chiffre d'affaires de 5,1 MEUR, en hausse de 71%. Cette performance reflète notamment la montée en puissance des revenus issus de notre parc installé, qui compte aujourd'hui plus de 800 machines dans le monde. L'activité systèmes est restée stable à 7,7 MEUR, avec trois systèmes livrés, comme au premier semestre 2025. Le carnet de commandes systèmes s'établissait à 16,5 MEUR à fin juin 2026, contre 22,5 MEUR un an auparavant. Cette évolution s'explique notamment par deux refus de licences d'exportation vers l'Asie, qui ont empêché la concrétisation de commandes représentant 8 MEUR. Il faut également tenir compte de l'évolution du nombre et de la valeur des systèmes commandés. Le carnet de commandes à fin juin 2025 portait sur neuf systèmes, contre quatre à fin juin 2026. En parallèle, la valeur moyenne d'un système est passée de 2,5 MEUR à plus de 4 MEUR. Cette hausse reflète la complexité croissante de nos équipements, qui nécessitent des phases d'étude plus longues et des budgets d'investissement plus importants. Cela peut conduire certains clients à étaler leurs décisions et allonger leurs cycles de prise de commande. Par ailleurs, le carnet de commandes à fin juin ne prend pas en compte la commande annoncée en juillet 2026 pour un système de production destiné à un client européen, dont la livraison est prévue en 2027. Nous disposons d'un portefeuille d'opportunités commerciales bien fourni et travaillons parallèlement à réduire nos délais de production et à anticiper certains approvisionnements.
Boursier.com : Êtes-vous impacté par des restrictions à l'exportation ?
A.G. : Nos équipements sont des biens à double usage et sont donc soumis, pour certaines destinations, à l'obtention de licences d'exportation. Au premier semestre 2026, deux demandes de licences vers l'Asie ont été refusées, ce qui nous a empêchés de finaliser ces commandes, représentant 8 MEUR. Ces refus doivent toutefois être analysés au cas par cas. Les licences sont nominatives et dépendent notamment des clients concernés et de l'analyse réalisée par les autorités compétentes. Il n'est donc pas possible d'extrapoler ces décisions à l'ensemble de notre activité en Asie. Nous restons vigilants sur ce sujet et poursuivons notre prospection sur différentes zones géographiques, afin de diversifier nos débouchés. Nous identifions notamment des opportunités au Japon, où certains acteurs engagent actuellement des programmes de renouvellement de leurs équipements. Plus largement, les enjeux de souveraineté et les restrictions applicables à certains produits peuvent allonger les délais d'instruction et de décision, notamment pour les opérations vers la Chine. Nous intégrons ces contraintes dans notre développement commercial et adaptons notre approche en fonction des marchés.
Boursier.com : Votre technologie est-elle adaptée aux besoins des data centers et de l'IA en général ?
A.G. : Oui. Nos technologies peuvent répondre à certains besoins liés au développement de l'intelligence artificielle et des data centers, notamment dans le domaine des communications électro-optiques. L'augmentation des volumes de données à traiter et à transférer crée des besoins croissants en composants toujours plus performants. C'est précisément sur le marché de la photonique intégrée sur silicium que nous souhaitons positionner notre nouvelle plateforme ROSIE. Elle s'appuie sur notre savoir-faire historique dans l'épitaxie par jets moléculaires (MBE), tout en étant conçue pour être compatible avec les lignes de fabrication sur wafers silicium de 300 mm. Elle nous permet ainsi d'adresser de nouvelles applications, au-delà de nos marchés historiques. Nous ciblons notamment la production d'oxydes fonctionnels sur wafers silicium, qui ouvrent la voie à de nouveaux composants électro-optiques pour les télécommunications et les centres de données, ainsi qu'à certaines architectures quantiques. Nous sommes toutefois sur un marché émergent, qui nécessite encore des travaux de qualification. Le deuxième système ROSIE, expédié en juillet 2026 à un acteur américain majeur de l'informatique quantique, constitue une nouvelle étape dans cette démarche. En parallèle, le projet POEME, mené avec NQCP (Novo Nordisk Foundation Quantum Computing Programme), doit permettre de développer et de qualifier nos procédés de dépôts. Les premiers retours du marché confirment l'intérêt pour cette technologie, avec plusieurs laboratoires et industriels ayant d'ores et déjà formulés des pré-réservations de wafers.
Boursier.com : À quel horizon peut-on envisager un décollage des ventes ?
A.G. : Il faut distinguer nos deux activités. Sur les systèmes MBE historiques, nous faisons face à des cycles de décision plus longs. Les équipements sont de plus en plus complexes et nécessitent des phases d'étude approfondies, tandis que les clients doivent engager des investissements plus importants. Cela peut retarder la prise de commande, même si nous disposons d'un portefeuille d'opportunités commerciales bien fourni. Nous travaillons également à réduire nos délais de production et à anticiper certains approvisionnements, afin de pouvoir répondre plus rapidement aux commandes lorsqu'elles se concrétisent. Pour ROSIE, le calendrier est nécessairement plus progressif. Il faut d'abord qualifier les procédés et démontrer la capacité de nos équipements à répondre aux besoins des industriels. La prochaine étape sera ROSIE II, dont l'assemblage a démarré et dont l'achèvement est prévu en 2027. Avec son cluster, ses deux chambres et ses instruments de mesure intégrés, cette machine doit permettre de poursuivre la montée en maturité technologique de la plateforme, d'accélérer sa qualification dans des conditions d'utilisation industrielle et de préparer son déploiement commercial. Il est encore trop tôt pour donner un calendrier précis d'accélération des ventes de ROSIE. Notre priorité est de réussir cette étape d'industrialisation pour préparer un développement commercial à plus grande échelle.
Boursier.com : Avez-vous besoin de lever de l'argent ?
A.G. : À fin juin 2026, notre trésorerie s'élevait à un peu plus de 5 MEUR, contre 7,5 MEUR à fin 2025. Notre modèle reste relativement peu intensif en investissements industriels, mais nous poursuivons un effort important en recherche et développement afin de soutenir l'innovation et l'évolution de nos technologies. Pour accompagner l'industrialisation de ROSIE II, nous avons sécurisé 6 MEUR de financement, dont 3 MEUR auprès de Bpifrance et 3 MEUR auprès de nos partenaires bancaires. Ce financement couvre notamment les études réalisées par RIBER dans le cadre du développement de ROSIE II, ainsi que le coût de production de la machine. Ce financement nous permet de soutenir cette étape stratégique de notre développement. À ce stade, nous n'avons pas de projet de levée de fonds.
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