Wall Street : des attaques impensables contre Jerome Powell ?
D'anciens dirigeants de la Fed et du Trésor s'inquiètent pour l'indépendance de la banque centrale
Les dernières attaques visant le président de la Fed, Jerome Powell, ont suscité l'émoi parmi ses pairs. Ainsi, plusieurs anciens dirigeants de la Réserve fédérale, secrétaires au Trésor et économistes ont réagi, suite aux menaces de poursuites pénales proférées par le ministère de la Justice. L'enquête pénale annoncée visant le président de la Fed constitue "une tentative sans précédent d'instrumentaliser les poursuites judiciaires pour saper l'indépendance de la banque centrale", selon un communiqué signé par les anciens présidents de la Fed, Janet Yellen, Ben Bernanke et Alan Greenspan, ainsi que par quatre anciens secrétaires au Trésor ayant servi sous des présidents républicains aussi bien que démocrates. "Voilà comment la politique monétaire est élaborée dans les pays émergents aux institutions fragiles, avec des conséquences très négatives sur l'inflation et, plus largement, sur le fonctionnement de leurs économies", selon ce même communiqué.
"Cela n'a pas sa place aux États-Unis, dont la plus grande force réside dans l'État de droit, fondement de notre réussite économique", ont ajouté les signataires.
Janet Yellen a déclaré pour sa part à CNBC que l'enquête compromettait l'indépendance de la banque centrale et que, selon elle, les marchés financiers devraient être davantage préoccupés par une situation qu'elle a qualifiée d'extrêmement inquiétante. Wall Street avait réagi initialement en baisse hier sur ces attaques, mais a finalement clôturé sur un niveau record, le S&P 500 se rapprochant même des 7.000 points.
Le président de la Réserve fédérale, Jerome Powell, a révélé dimanche que le ministère américain de la Justice avait notifié à la banque centrale des citations à comparaître devant un grand jury, menaçant de poursuites pénales en lien avec son témoignage devant le Sénat américain à propos des rénovations du siège de la banque centrale. Powell a laissé entendre que cette action était moins liée à son témoignage qu'à un désaccord sur les taux d'intérêt. Dans une déclaration, il a souligné qu'il s'agissait d'une action sans précédent qui devait être replacée dans le contexte plus large des menaces et des pressions constantes exercées par l'administration.
"La menace de poursuites pénales est une conséquence directe du fait que la Fed fixe les taux d'intérêt en se basant sur sa meilleure évaluation de ce qui est le mieux servi par le public, plutôt que de suivre les préférences du Président", selon Powell. "Il s'agit de savoir si la Fed sera en mesure de continuer à fixer les taux d'intérêt en fonction des données probantes et de la conjoncture économique, ou si, au contraire, la politique monétaire sera dictée par des pressions politiques ou des intimidations", a ajouté le dirigeant, sortant ainsi de sa réserve habituelle. Le président de la Fed a défendu par ailleurs son bilan, soulignant qu'il avait travaillé à la Fed sous des administrations démocrates et républicaines et qu'il avait toujours fondé ses décisions exclusivement sur le double objectif de la banque centrale, à savoir le plein emploi et la stabilité des prix. "Cette nouvelle menace ne concerne pas mon audition en juin dernier, ni les rénovations des bâtiments de la Réserve fédérale", a indiqué Powell, jugeant qu'il s'agissait là de prétextes.
Trump a déclaré à NBC qu'il n'était pas au courant des agissements du ministère de la Justice, mais a renouvelé ses attaques contre Jerome Powell et sa politique monétaire jugée trop dure.
Ces assignations à comparaître du ministère de la Justice marquent une escalade significative dans le bras de fer qui oppose depuis un an l'administration et la Fed de Powell. Selon l'outil CME FedWatch, la probabilité d'un statu quo monétaire lors de la prochaine réunion de la Fed le 28 janvier se situe à 95%. La 'proba' la plus élevée pour la fin de l'année 2026 (32,6%) se situe dans une fourchette de 3 à 3,25% sur les taux, ce qui traduirait une baisse de taux d'un demi-point.
Le nom du successeur de Jerome Powell à la tête de la Fed pourrait bien être dévoilé dans les prochains jours par Donald Trump. Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor, qui s'exprimait la semaine dernière devant l'Economic Club du Minnesota, a laissé entendre que Trump devrait annoncer sa décision d'ici quelques jours - en tout état de cause en janvier - concernant la succession de Powell. Ainsi, la décision serait révélée avant ou après le Forum économique mondial de Davos, en Suisse, programmé du 19 au 23 janvier.
"Nous en sommes toujours à quatre candidats", a déclaré le secrétaire au Trésor. Les candidats retenus sont, rappelons-le, le président du Conseil économique national américain Kevin Hassett, l'ancien membre du conseil des gouverneurs Kevin Warsh, le directeur des investissements 'fixed income' de BlackRock, Rick Rieder, et le gouverneur Christopher Waller. Le mandat de Jerome Powell prend fin en mai 2026. Son successeur sera à n'en pas douter partisan d'une politique monétaire nettement plus souple, dans la lignée des prises de position de Trump. Selon Fox Business Network, qui cite des sources de l'administration, Trump doit s'entretenir avec Rick Rieder de BlackRock ce jeudi à propos du poste de patron de la Fed.
Raphael Bostic, Thomas Barkin et John Williams de la Fed, prenaient la parole hier. Bostic, patron de la Fed d'Atlanta, a indiqué que l'inflation était encore nettement supérieure à l'objectif des 2% et qu'il s'agirait donc pour la banque centrale de ne pas perdre de vue cette partie de son double mandat. Barkin, qui dirige la Fed de Richmond, a noté que les entreprises comptaient sur les gains de productivité pour optimiser leurs coûts. Williams, patron de la Fed de New York, a souligné que la Fed n'était pas pressée de baisser ses taux et que la politique monétaire lui semblait bien positionnée. Il ne voit donc pas de raison de réduire les taux à court terme.
Ce mardi, Thomas Barkin et Alberto Musalem prendront la parole, mais ce sont surtout les chiffres de l'inflation de décembre qui retiendront l'attention (consensus +0,3% d'un mois sur l'autre et +2,6% sur un an pour l'IPC, ou bien +0,3% et +2,7% hors alimentaire et énergie). Les investisseurs suivront également demain les chiffres des ventes de logements neufs, ainsi que la balance budgétaire américaine.
Les informations et conseils rédigés par la rédaction de Boursier.com sont réalisés à partir des meilleures sources, même si la société Boursier.com ne peut en garantir l'exhaustivité ni la fiabilité. Ces contenus n'ont aucune valeur contractuelle et ne constituent en aucun cas une offre de vente ou une sollicitation d'achat de valeurs mobilières ou d'instruments financiers. La responsabilité de la société Boursier.com et/ou de ses dirigeants et salariés ne saurait être engagée en cas d'erreur, d'omission ou d'investissement inopportun.
- 0 news.votes.details.count
- 0 news.votes.details.count
- 0 news.votes.details.count
- 0 news.votes.details.count
- 0 news.votes.details.count