La menace d'un conflit social majeur plane chez Volkswagen
Les salariés du géant de l'automobile allemand Volkswagen se sont mobilisés jeudi contre les plans d'économies "brutaux" dénoncés par le syndicat IG Metall, tandis que la direction du groupe prépare une restructuration susceptible de devenir la plus importante de l'histoire de l'industrie allemande.
"Celui qui s'en prend aux salariés et à la codécision prend le risque de déclencher un conflit (social) majeur", avait déclaré Thorsten Gröger, négociateur d'IG Metall, devant les portes du site historique de l'entreprise à Wolfsburg, au moment où la direction devait discuter avec des représentants de salariés et d'actionnaires un vaste plan pour relancer le groupe aux dix marques en crise.
La direction a indiqué jeudi soir qu'elle avait présenté au conseil de surveillance, organe de contrôle du groupe, un plan comptant douze mesures.
Il prévoit notamment de réduire la capacité de production à neuf millions de véhicules par an, contre dix millions actuellement, et de diminuer jusqu'à 50% la gamme des modèles produits, a précisé dans un communiqué le groupe, sans mentionner d'éventuelles suppressions de postes ou fermetures d'usines.
Selon la presse, le groupe veut supprimer des dizaines de milliers de postes supplémentaires dans le monde et fermer quatre usines en Allemagne.
"Nous rendons le groupe Volkswagen plus rapide, plus robuste et plus compétitif", a déclaré le président du directoire de l'entreprise, Oliver Blume.
Le comité d'entreprise du groupe a de son côté dénoncé le manque d'informations communiquées par la direction aux salariés. Il exige que M. Blume s'exprime "sans ambiguïté", vendredi, sur les suppressions d'emplois.
"La manière dont la direction traite les salariés est le comble du manque de respect", a protesté la présidente du comité d'entreprise, Daniela Cavallo. Elle avait auparavant appelé la direction à présenter "un plan global pour l'avenir" du groupe.
L'éventuel détachement de la marque Volkswagen en société distincte se heurte aussi à l'opposition des salariés et du Land actionnaire de Basse-Saxe, qui y voient une menace pour les droits de codécision garantis par une loi spécifique à la gouvernance du groupe adoptée en 1960.
Volkswagen fait face à une accumulation de défis : droits de douane américains, concurrence chinoise et retard technologique dans la mobilité électrique, le numérique, la robotique et l'intelligence artificielle (IA).
"La région est morte"
Des manifestations syndicales se sont déroulées jeudi dans de nombreuses usines, comme à Zwickau, qui emploie 8.000 personnes, convertie pour fabriquer exclusivement des voitures électriques, dont les ventes se font plus faibles que prévu.
"Toute la région vit de VW. La région est morte si VW part", a témoigné Denny, 48 ans, qui travaille pour un fournisseur voisin. Il a dit ressentir la menace de la concurrence, notamment chinoise et de la demande qui se dégrade.
"Ce site ne sera pas fermé, pas contre notre volonté, nous le défendrons", a martelé Thomas Knabel, directeur d'IG Metall de l'usine devant environ 200 manifestants.
Le groupe a déjà engagé un plan prévoyant la suppression de 50.000 emplois en Allemagne d'ici à 2030, dont 35.000 au sein de la marque VW en accord avec les syndicats.
Ce programme est désormais jugé insuffisant par la direction.
M. Blume envisagerait 50.000 suppressions de postes supplémentaires dans le monde, la fermeture de trois usines Volkswagen en Allemagne et d'un site Audi, selon des informations publiées fin juin par le Manager Magazin.
Au cœur de la crise se trouve la Chine, longtemps premier marché du constructeur mais où ses ventes s'effondrent.
Modèle dépassé
Les marques chinoises gagnent du terrain grâce à des modèles électriques compétitifs en qualité et prix.
Le groupe allemand, qui écoulait, lors de ses meilleures années, quelque 11 millions de véhicules, majoritairement produits en Europe, en a livré à peine neuf millions en 2025.
"Notre modèle économique des décennies passées ne fonctionne plus", disait en mars M. Blume, en soulignant notamment une "structure de coûts élevée", alors que l'empreinte industrielle du groupe en Allemagne a longtemps été vue comme intouchable.
A Osnabrück, où l'arrêt de la production automobile est déjà programmé, des discussions sont en cours pour des partenariats avec le secteur en plein boom de la défense.
Volkswagen étudie aussi la possibilité de fabriquer en Allemagne des véhicules électriques actuellement conçus en Chine.
La pression monte d'autant plus sur M. Blume que les familles actionnaires Porsche et Piëch réclament des résultats.
Depuis son arrivée en 2022, la rentabilité de Volkswagen a reculé à un niveau inédit depuis le dieselgate et sa valeur en Bourse a fondu de plus de moitié.
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