Milei sur le point de faire adopter sa réforme clef du travail, malgré la rue
A l'aube de sa troisième année de mandat, le président ultralibéral argentin Javier Milei s'apprête à voir adopter une réforme clef à ses yeux sur la législation du travail, un texte clivant et aux effets incertains sur l'emploi.
Débat et vote à l'intérieur du Sénat, manifestation au dehors. Pour la troisième fois en trois semaines, la place du Parlement à Buenos Aires a vu vendredi un massif déploiement policier, face à une mobilisation des syndicats les plus combatifs, et de partis de gauche radicale.
Mais en milieu d'après-midi, hormis de brèves tensions entre manifestants et police, des jets de bouteilles et fumigènes contre canon à eau, le gros de la mobilisation (à peine quelques milliers de personnes au plus fort du rassemblement) était dispersé, a constaté l'AFP. Un contraste marqué avec les heurts violents du 11 février et à un degré moindre du 19, déjà contre la réforme.
Sauf revirement, les sénateurs devaient en soirée ratifier la loi dite de "modernisation du travail". De "précarisation", rétorquent les syndicats.
Quelques concessions de l'exécutif, comme celles sur les contributions patronales à la couverture santé ou les indemnités pour arrêt maladie, ont fini par assurer au texte un soutien parlementaire au-delà du seul parti libertarien miléiste, La Libertad Avanza.
Inconstitutionnelle ?
La grande centrale syndicale CGT elle-même considère la partie perdue. Ses mobilisations et sa grève générale du 19 février "n'ont pas suffi" à convaincre les parlementaires de voter contre la réforme, a déploré cette semaine son cosecrétaire général Jorge Sola.
Le prochain round se jouera donc en justice. "Ce qu'il nous reste, c'est interpeller le pouvoir judiciaire pour qu'il constate l'inconstitutionnalité de cette loi", a déclaré M. Sola, en annonçant pour lundi une saisine de la justice, avec une nouvelle manifestation ce jour-là.
Entre autres points contestés, la réforme facilite les licenciements, réduit le barème d'indemnités, autorise l'extension de la journée de travail (à 12 heures), limite de facto le droit de grève en élargissant les services dits "essentiels" et autorise le fractionnement des congés.
"Ils vont disposer de notre temps avec ces vacances fragmentées, cette +banque d'heures+ (au lieu d'heures supplémentaires payées à fort taux, NDLR), c'est un désastre", a déploré auprès de l'AFP Vanessa Paszkiewicz, enseignante de 45 ans, dans le cortège des manifestants, sous des pancartes telles "Non à l'esclavage !"
Pour M. Milei, sa réforme, totem de déréglementation, vise "à en finir avec plus de 70 ans de retard dans les relations de travail". Et créer "un environnement qui facilite l'embauche", stimule l'investissement et l'emploi déclaré, dans un pays où 43% de l'emploi était informel fin 2025, encore un peu plus qu'en 2024.
Pas d'embauches prévues
Si le patronat, à l'instar du président de l'Union industrielle (UIA) Martin Rappallini, salue un texte qui combat la judiciarisation du monde du travail, "problème structurel dissuasif" selon lui, il met aussi en garde: "La création d'emplois dépend de nombreux facteurs et ne se résout pas uniquement par une loi", souligne-t-il.
De fait, un rapport de l'Institut de la statistique (Indec) sur l'humeur des entreprises suggère que la réforme n'aura guère d'effet sur l'emploi à court terme. Dans l'industrie, 80% d'entre elles disent n'avoir aucun projet d'embauche dans les trois mois à venir, et 15% prévoient même une diminution d'effectifs.
Ce qui, de loin, alarme le plus les entreprises, appuie l'enquête, c'est la demande interne insuffisante. Ce dont les indicateurs attestent depuis des mois: un pouvoir d'achat en berne et une consommation anémiée, revers de la médaille de l'austérité budgétaire façon Milei, qui lui a permis de dompter l'inflation, ramenée en deux ans de 150% à 32% en interannuel.
Annoncé mardi, le rebond de la croissance en 2025 (+4,4%), venu après la contraction de 2024 (-1,8%), ne dit pas autre chose. L'économie a été tirée par le secteur agraire (+32%), les mines, les services financiers, mais industrie (-3,9%) et commerce (-1,3%) sont sinistrés.
Près de 300.000 emplois ont été perdus, secteurs public et privé confondus, en deux ans de présidence Milei.
Du coup les Argentins eux-mêmes sont très partagés quant au bien-fondé de la réforme du travail. Selon un récent sondage, 48,6% l'approuvent, 45,2% y sont opposés.
En attendant un éventuel impact sur l'emploi, M. Milei entend bien exhiber dès dimanche, dans son discours annuel au Parlement, le trophée d'une loi travail adoptée. Ce qui, plus que tout, traduirait un rapport de force qui a évolué en sa faveur depuis sa victoire aux législatives de mi-mandat en octobre.
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