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Lecornu agite le chiffon rouge d'une crise financière avant un budget de "redressement"

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Le Premier ministre Sébastien Lecornu à Sens, dans l'Yonne, le 29 août 2026
Le Premier ministre Sébastien Lecornu à Sens, dans l'Yonne, le 29 août 2026 ( ROMEO BOETZLE / AFP/Archives )

Taux d'intérêt record et tensions énergétiques: Sébastien Lecornu tire la sonnette d'alarme avant la présentation du budget pour tenter de dissuader les oppositions de le renverser, mettant en balance le risque de crise financière avec ses mesures d'économies, en particulier sur les retraites.

"Le réel nous rattrape", a alerté le Premier ministre sur X, en citant la remontée du coût de la dette, un événement passé à ses yeux "presque inaperçu".

Presque simultanément, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a indiqué dans Challenges que le gouvernement entendait "diviser quasiment par deux" le déficit de la Sécurité sociale en 2027 pour le ramener à 12-13 milliards.

Pour y parvenir, il veut économiser 5,5 milliards d'euros en freinant la "progression mécanique" des dépenses de retraites, sujet sensible dans ce budget: les pensions supérieures à 1.260 euros ne seront plus indexées intégralement sur l'inflation et le plafond de l'abattement de 10% dont bénéficient les retraités sera réduit de 4.439 à 3.000 euros.

Dette publique : depuis 2020, la France à rebours de ses voisins
Dette publique : depuis 2020, la France à rebours de ses voisins ( Thomas SAINT-CRICQ, Paz PIZARRO / AFP )

Le gouvernement doit présenter jeudi ses projets de budget de l'Etat et de la Sécurité sociale en Conseil des ministres avant leur examen par le Parlement.

Or les taux d'intérêt à 10 ans auxquels la France refinance sa dette sur les marchés ont dépassé mardi 4,8%, pour la première fois depuis la crise financière de 2008. Et l'écart avec son équivalent allemand, référence en Europe, continue de grimper, s'approchant de 1,20 point de pourcentage, du jamais vu depuis 2012.

Budget "récessif"

"Les tensions énergétiques poussent les taux à la hausse dans de nombreux pays" et en France, "l'incertitude politique à l'approche de la présidentielle ajoute à cette pression", souligne le chef du gouvernement.

Dans ce contexte, auquel s'ajoutent des finances publiques dégradées, avec un déficit qui a dérapé en 2026 à 5,4% au lieu des 5% espérés - l'objectif pour 2027 étant de 5% - et une dette publique qui s'annonce record l'an prochain, "n'ajoutons pas de l'instabilité à ces difficultés", prévient M. Lecornu à l'adresse des forces politiques.

"Davantage d'intérêts à payer, c'est moins de moyens pour les priorités du pays", prévient-il.

Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou lors d'une conférence de presse à Madrid, le 9 septembre 2026
Le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou lors d'une conférence de presse à Madrid, le 9 septembre 2026 ( Thomas COEX / AFP/Archives )

Car les débats sur le budget au Parlement s'annoncent tendus à sept mois de l'élection présidentielle, avec un risque accrû de censure de son gouvernement.

Le Premier ministre rappelle qu'il présentera jeudi "un budget de redressement" dont il avait exposé à la mi-septembre les grandes lignes en affichant un "effort" de 54 milliards d'euros.

Face à ce budget que le PS qualifie de "récessif", M. Lecornu dit qu'il restera "à la disposition de chacun pour construire les compromis nécessaires et aboutir" à son adoption.

Un vote en bonne et due forme semble quasiment exclu sur le budget à l'approche de la présidentielle. Et le gouvernement ne veut pas, en cas d'impasse, d'une loi spéciale pour reconduire temporairement les crédits de 2026, ce qui selon lui grèverait encore le déficit.

Il lui reste donc, pour l'adoption du budget, l'article 49.3 de la Constitution, qui implique de trouver un texte de compromis que le Parti socialiste ou le Rassemblement national ne censure pas, ou bien les ordonnances, un dispositif jamais utilisé jusqu'à présent.

"Se réveiller"

"La classe politique aujourd'hui doit se réveiller" pour redresser les finances publiques, a aussi prévenu mardi soir Amélie de Montchalin, première présidente de la Cour des compteset ex-ministre des Comptes publics qui avait préparé le budget 2026, adopté grâce à plusieurs concessions faites aux socialistes.

Amélie de Montchalin, première présidente de la Cour des comptes et ex-ministre des Comptes publics, lors d'une conférence de presse à Paris, le 25 mars 2026
Amélie de Montchalin, première présidente de la Cour des comptes et ex-ministre des Comptes publics, lors d'une conférence de presse à Paris, le 25 mars 2026 ( Thomas SAMSON / AFP/Archives )

Les intérêts de la dette "nous coûtent 80 milliards d'euros", a-t-elle pointé.

Les pièces du puzzle budgétaire commencent à filtrer.

Les collectivités vont devoir faire un effort de 5,4 milliards d'euros, jugé "abusif" et "disproportionné" mercredi par le président du Comité des Finances locales, Jean-François Debat.

Le ministre du Commerce Serge Papin a lui évoqué une nouvelle taxe sur les produits sucrés susceptible de rapporter 200 millions d'euros, provoquant la colère des industriels.

Son collègue à la Transition écologique Mathieu Lefèvre espère, lui, dégager 100 millions d'euros par an d'une "rationalisation" des éco-organismes, financés par les industriels pour soutenir les collectivités dans la collecte et le tri des déchets.

Jean-Pierre Farandou a lui prévenu que la prime d'activité ne serait pas indexée sur l'inflation.

L'armateur CMA CGM a annoncé qu'il allait revoir à la baisse un projet d'agrandissement de sa flotte sous pavillon français afin de s'acquitter de la surtaxe exceptionnelle sur les grandes entreprises reconduite pour une troisième année.

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