Le gouvernement annonce un plan pour faire prendre le tournant de l'IA au monde du travail
Former salariés et chômeurs, soutenir les apprentis qui se destinent à des métiers stratégiques, inciter les petites entreprises à s'y mettre: le ministre du Travail a présenté mardi un plan pour aider le monde du travail à prendre le tournant de l'intelligence artificielle, une priorité selon lui.
"Sans action déterminée de notre part, l'IA façonnera un monde qui ne sera pas forcément ce que nous voulons", a averti le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, en présentant le plan de 12 mesures baptisé "Impulsion IA 2027". L'IA peut "améliorer les conditions de travail" en faisant disparaître certaines tâches mais aussi "entraîner l'intensification du travail, renforcer les inégalités entre métiers et qualifications", a-t-il relevé.
En avril dernier, les auteurs d'une étude de la Coface estimaient qu'un emploi sur six (soit 5 millions d'emplois en France) serait automatisable d'ici trois ou quatre ans.
"On ne pouvait pas attendre les échéances électorales pour accélérer" sur ce thème, a renchéri le ministre de l’Économie, Roland Lescure, soulignant la nécessité d'être "créatif" face à une technologie également porteuse de "risques énormes" en termes de cybersécurité, biais algorithmiques et désinformation.
La croissance de l'IA suscite aussi des inquiétudes en raison de sa consommation d'énergie et d'eau.
Déclinaison pour l'emploi du plan "Osez l'IA" lancé à l'été 2025, "Impulsion IA 2027" est doté de 80 millions d'euros de financements nouveaux.
Alors que le ministère du Travail doit réaliser 2,5 milliards d'euros d'économies dans le budget 2027, les mesures retenues sont celles qui offrent le meilleur retour sur investissement et qui permettent de créer rapidement un cadre dont d'autres acteurs pourront s'emparer, précise-t-on dans l'entourage de M. Farandou.
Le ministère part du constat d'un retard dans l'adoption de l'IA par les entreprises françaises et d'un risque de nouvelles fractures, les petites et moyennes entreprises s'en emparant par exemple moins que les grandes.
"Maturité IA"
La moitié des mesures concerne "l'acculturation" des actifs. Une plateforme gratuite et accessible sans prérequis, Explore IA, sera lancée pour permettre de tester ses connaissances et de suivre des parcours "ludiques" sur l'IA.
Une autre plateforme sera dédiée à la formation des apprentis. Les centres de formation des apprentis seront soutenus financièrement pour former davantage aux compétences nécessaires à une accélération de l'adoption de l'IA (développeurs IA, métiers de la cybersécurité...).
Dans le projet de loi de finances 2027, un fonds national pour les Centres de formation des apprentis (CFA) doit ainsi être créé et une majoration du financement public prévue pour les formations en apprentissage jugées stratégiques.
M. Lescure a quant lui évoqué un crédit d'impôt "qui va accélérer les amortissements pour les robots", notamment pour les petites entreprises.
Les demandeurs d'emploi doivent, eux, bénéficier, via France Travail, d'un test pour mesurer leur "maturité" IA puis se voir proposer un parcours personnalisé.
La réforme du Compte personnel de formation (CPF), qui doit durcir le financement des formations jugées trop éloignées d'un projet professionnel, érigera l'IA en priorité nationale, en multipliant les cofinancements pour limiter le reste à charge des personnes désireuses de suivre une formation sur ce thème.
Pour ce faire, le ministère entend développer une certification sur l'utilisation de l'IA dans l'activité professionnelle.
Des "task forces entreprises" seront chargées de sensibiliser les petites et moyennes entreprises à l'usage de l'IA, notamment en matière de recrutement, et les branches professionnelles accompagnées pour organiser le dialogue social sur ce thème.
Un observatoire de l'impact de l'IA doit aussi être créé et de nouvelles méthodes de "dialogue social technologique" expérimentées dans une vingtaine d'entreprises et branches professionnelles, avec l'appui de l'Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail (Anact).
"Toute la partie sur le dialogue social n'apporte aucun droit nouveau aux salariés dans les entreprises", déplore Agathe le Berder, membre du bureau confédéral de la CGT.
Elle juge "scandaleuse" l'annonce de nouvelles aides aux entreprises sans contrepartie et le fait que "le CPF devrait être mobilisé pour financer les formations à l'IA". En n'évoquant pas les plans de développement des compétences des entreprises, ces annonces les déresponsabilisent, estime-elle.
Le semaine dernière, à l'issue de la conférence Travail Emploi Retraites, plusieurs organisations syndicales et patronales se sont dites prêtes à lancer une négociation interprofessionnelle sur l'IA, jugeant qu'il n'était plus temps de se prononcer pour ou contre.
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