Le Cambodge montre ses muscles contre les escroqueries en ligne
Le Cambodge, où se tient cette semaine une conférence internationale sur les escroqueries en ligne, montre ses muscles contre les fraudeurs en présentant ses plus belles prises : centres d'arnaque fermés, faux poste de police et des liasses de faux billets.
Une vingtaine de pays, dont la Chine et les Etats-Unis, participent mercredi et jeudi à la Conférence internationale contre les escroqueries en ligne (ICCOS) à Phnom Penh, au moment où le Cambodge fait face à une pression grandissante pour sévir contre un secteur illégal pesant des milliards de dollars.
L'Asie du Sud-Est est devenue un centre névralgique pour les réseaux mafieux qui ont recours à une armée d'escrocs en ligne - certains volontaires, d'autres travaillant sous la contrainte - pour soustraire de l'argent aux internautes sous couvert d'une relation amoureuse ou d'investissement en cryptomonnaie.
Le Cambodge, longtemps accusé d'avoir laissé prospérer ces centres d'arnaque, a lancé en 2025 une vaste campagne contre le secteur, sous la pression de son allié chinois, des Etats-Unis, de la Grande-Bretagne et d'autres pays.
"Le Cambodge ne sera jamais un refuge pour les escroqueries en ligne", a déclaré mercredi le Premier ministre Hun Manet à la conférence.
Yang Weilin, vice-ministre chinois de la Sécurité publique, a salué la coopération du Cambodge avec Pékin, soulignant qu'"aucun pays ne peut rester à l'abri ni s'attaquer seul au problème".
Cependant, "nous devons rester lucides sur au fait que le terreau de la fraude en ligne n'a pas été entièrement éradiqué", a-t-il déclaré.
Mais des analystes affirment que, loin d'avoir disparu, le secteur s'est transformé au Cambodge, avec des sites plus petits et plus discrets et expriment des doutes sur la répression menée par les autorités, malgré la fermeture de centaines de centres.
"Ils pourraient revenir dès demain", explique à l'AFP Jacob Sims, expert de la criminalité transnationale. S'il est "indéniable" que le gouvernement a agi, dit-il, "les réseaux de protection des élites, les bâtiments eux-mêmes, les institutions financières et les entreprises restent tous parfaitement en place".
"Faux commissariat"
Les autorités cambodgiennes ont présenté lundi aux médias l'une de leurs prises : un centre d'arnaque sur 120 hectares près de la frontière vietnamienne, qui aurait employé l'an dernier quelque 20.000 fraudeurs.
Dans une pièce, des journalistes de l'AFP ont vu des rangées de cabines d'appel insonorisées et des faux billets de 100 dollars éparpillés sur le sol.
Un faux commissariat singapourien servait de décor à des escrocs passant des appels vidéo en se faisant passer pour des policiers.
Le centre était cogéré par Chen Zhi, du conglomérat cambodgien Prince Group, et Li Xiong, du groupe Huione, tous deux extradés vers la Chine cette année, selon les autorités.
Hay Makara, un responsable de la commission cambodgienne anti-escroqueries, précise que 663 sites ont été fermés à ce jour, dont 86 grands complexes, et 300 millions de dollars sur des comptes liés à ces arnaques gelés.
"A l'heure actuelle, il n'y a plus de complexes d'escroqueries", a-t-il assuré aux journalistes, concédant toutefois que "les criminels s'adaptent (...) et travaillent depuis des maisons, des chambres louées, des hôtels, voire dans des voitures".
"Le strict minimum"
Les groupes mafieux ont d'abord visé les internautes parlant chinois avant de s'attaquer à des victimes parlant d'autres langues.
Les Etats-Unis estiment que sur la seule année 2025, des groupes criminels d'Asie du Sud-Est ont gagné 18,2 milliards de dollars grâce à des arnaques en ligne visant des Américains.
Le secteur est également florissant dans la Birmanie en guerre civile ou au Laos.
Les autorités cambodgiennes ont indiqué le mois dernier avoir arrêté près de 30.000 suspects, dont 15 hauts responsables et membres des forces de l'ordre.
Mais pour Lindsey Kennedy, spécialiste du crime organisé, aucun effort n'a été fait pour enquêter correctement sur les sites fermés, ni pour interroger les personnes impliquées.
"Ils ont fait le strict minimum", affirme-t-elle à l'AFP, n'observant "aucun intérêt à rassembler des preuves pour empêcher ces groupes de s'implanter à l'étranger, ou à démanteler réellement les réseaux".
Plusieurs gouvernements cherchent à sanctionner ces réseaux. Les Etats-Unis ont annoncé lundi de nouvelles restrictions de visas contre 32 personnes non nommées, la majorité étant liées au Prince Group, sanctionné par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la Corée du Sud.
En visite à Phnom Penh en juillet, le directeur du FBI Kash Patel a désigné les escroqueries en ligne comme une "priorité absolue", appelant à traduire en justice les responsables et à davantage de partage d'informations.
La Chine, de son côté, "maintient constamment la pression", de manière plus discrète, note Mme Kennedy. "Il n'y a pas de sanctions annoncées. On en entend vraiment parler seulement quand quelqu'un est arrêté".
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